03/07/2009 21:39:46
Les dirigeants africains décident de ne pas coopérer avec la CPI sur le Soudan
Les dirigeants africains ont décidé vendredi à Syrte (Libye) de ne "plus coopérer" avec la Cour pénale internationale (CPI), vilipendée par leur hôte Mouammar Kadhafi, pour arrêter le Soudanais Omar el-Béchir qui est accusé de crimes contre l'humanité.
AFP
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Le président soudanais est sous le coup depuis mars d'un mandat d'arrêt de la CPI, pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour (ouest du Soudan).

Dans une résolution adoptée à la fin d'un sommet de trois jours, l'Union africaine a reproché notamment au conseil de sécurité de l'ONU de ne pas avoir répondu à se demande de suspendre les poursuites contre Omar el-Béchir.

En conséquence, il a été décidé que les Etats membres de l'UA "ne coopéreront pas" avec la CPI "dans l'arrestation et le transfert" de l'accusé, au nom de son immunité présidentielle.

Cette décision a été prise alors que 30 Etats africains ont ratifié les statuts de la Cour.

Le sommet de Syrte a estimé que le mandat d'arrêt de la CPI "sape les efforts déployés en vue de faciliter un règlement rapide du conflit au Soudan".

Adversaire déterminé de la CPI, le "Guide" libyen, qui est aussi le président en exercice de l'UA, avait accusé en mars la CPI d'être un instrument des Occidentaux pour "établir un nouveau terrorisme mondial".

Le président Béchir était présent au début du sommet de Syrte mercredi, mais a quitté la ville avant la décision de vendredi.

Il s'est rendu dans plusieurs pays africains depuis que la Cour a émis le mandat d'arrêt contre lui, mais il n'est allé jusque-là dans aucun des Etats de l'UA en ayant ratifié les statuts.

Pour Reed Brody, porte-parole de l'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch (HRW), présent à Syrte, l'Union africaine "s'est rangée du côté d'un dictateur accusé de crimes de guerre plutôt que du côté de ses victimes africaines".

Il a estimé que la résolution avait été "imposée par la Libye et le Soudan sans consensus réel".

Durant la dernière journée de leur sommet, les chefs d'Etat africains ont aussi longuement passé en revue la série de conflits et de crises qui minent leur continent, en accordant une attention particulière à la Somalie.

Tard dans la nuit de jeudi à vendredi, les dirigeants africains avaient réussi à mettre fin à un débat institutionnel houleux qui durait depuis plusieurs mois.

Ils ont finalement décidé de remplacer l'actuelle Commission de l'UA par une "Autorité" disposant d'un rôle de "coordination" en matière de "politique de défense commune".

Il s'agit, selon les diplomates, d'une timide avancée vers les "Etats-Unis d'Afrique" dont Mouammar Kadhafi a fait son grand projet.

Un délégué d'un pays d'Afrique de l'Est reconnaissait vendredi "ne pas y voir encore tout à fait clair" sur la portée réelle des changements intervenus.

Pour le ministre béninois des Affaires étrangères Jean-Marie Ehouzou, "les Etats sont prêts à laisser tomber une partie de leur souveraineté au profit de cette Autorité".

Mais certains pays, comme le Nigeria et plusieurs Etats d'Afrique australe, ont clairement fait savoir qu'ils n'étaient pas prêts à aller jusque-là, estimant qu'une coopération économique accrue devait précéder l'intégration politique.

Un délégué d'un de ces pays parlait même d'une "embuscade" tendue par Mouammar Kadhafi pour forcer leur assentiment.

Un autre assurait que des concessions avaient été faites car "il est difficile pour des pays fragiles et instables" de s'opposer à l'influent chef libyen. Il notait aussi que, parmi les Etats réticents, seuls les plus importants ou les plus éloignés géographiquement de la Libye avaient publiquement fait connaître leur désaccord.

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