21/12/2010 04:21:17
Côte d'Ivoire : Guillaume Soro se paye sa promo sur papier glacé
Dans le monde merveilleux du publi-reportage, le même Guillaume Soro a « un destin tout tracé ». Bienvenue dans le groupe Jeune Afrique !
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

Dans la réalité de l'Abidjan postélectoral, le vainqueur présumé Alassane Dramane Ouattara vit reclus à l'hôtel du Golf en compagnie de son Premier ministre, Guillaume Soro, protégés par les casques bleus de l'Onu.

Dans le monde merveilleux du publi-reportage, le même Guillaume Soro a « un destin tout tracé ». Bienvenue dans le groupe Jeune Afrique !

Encarté dans le dernier numéro de La Revue (ex-« L'Intelligent »), publiée par Jeune Afrique, figure un « supplément promotionnel» luxueux de 36 pages, portant en énorme la mention « Exclusif », et consacré à « Guillaume Soro, mission accomplie ».

L'édito non-signé du supplément est rédigé dans la retenue : « Pro-actif, jovial, brillant orateur, il a pris de l'assurance, il s'est forgé une carapace de leader d'homme d'Etat. Il a su positiver quand il le fallait, sanctionner quand c'était nécessaire et brandir le carton jaune quand il ne pouvait pas faire plus. »

L'éditorial conclut : « Il peut prendre maintenant un peu de vacances, mais, à l'age de 38 ans, son destin est tout tracé. »

On ignore si les vacances auxquelles il est fait référence étaient prévues à l'hôtel du Golf, devenu le point de ralliement du camp Ouattara après le deuxième tour de l'élection, et la proclamation de deux présidents, l'un au Golf, l'autre à la présidence. C'est là en tout cas que s'est réfugié Guillaume Soro après avoir lâché Laurent Gbagbo, en faveur duquel il avait sans doute voté au premier tour, nous révèle le même Jeune Afrique.

 
Des pages au luxe indécent

Ce qui est certain, c'est que l'ancien chef rebelle devenu homme d'Etat Guillaume Soro n'a pas perdu son temps, et qu'outre toutes les qualités que lui prête le supplément de Jeune Afrique, il a également accumulé les moyens de financer sa promotion de la manière la plus exhorbitante, en s'achetant les pages d'un magazine. Des pages dont l'indécent luxe contraste avec la crise dans laquelle est en train de glisser le pays.

Le groupe Jeune Afrique est familier de ce type de promotion payée par des Etats ou des hommes (dans le même numéro de La Revue, figure également un cahier spécial consacré au « Tchad, un pays en mouvement »). Un modèle économique contestable pour une presse qui vend ses pages au plus offrant.

Pierre Haski , Rue89

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE