28/12/2010 19:42:17
Internet: Comment un canadien s'est enrichi sur le dos du Cameroun
Kevin Ham aurait récolté 135 milliards de FCFA en insérant un joker (Wildcard) dans les serveurs de CAMTEL, en communion avec certaines autorités
Le Journal du Cameroun
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Entente avec les autorités camerounaises ?
La SEC, (Securities and exchange commission), l'organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers est actuellement à pied d'œuvre aux Etats-Unis. Cet organisme tient à en savoir plus sur la licéité des 300 millions de dollars engrangés par le docteur Kevin Ham(Photo) au Cameroun sur la gestion du nom du domaine .cm. On reproche le magnat du négoce des noms de domaine d'avoir violé le Foreign corrupt practices act. L'affaire remonte en 2006.

Quand le gouvernement camerounais sous les auspices du Premier ministre de l'époque, Chief Ephraïm Inoni, cherche une solution pour la gestion du nom du domaine Internet .Cm. C'est alors qu'apparaît l'Américain Kevin Ham, l'un des domainers les plus prolifiques du web avec des revenus annuels estimés à 70 millions de dollars (plus de 35 milliards Fcfa), et une véritable star du négoce des noms de domaines selon les magazines spécialisés américains. Le domainer apprend-on, est reçu par Ephraïm Inoni, en présence des autres acteurs en charge de la gestion de ce patrimoine national que représente le nom du domaine. A savoir le ministre des Postes et télécommunications (MINPOSTEL) et le DG de CAMTEL. Nos sources sont muettes quand au menu complet des échanges entre les quatre hommes, encore moins les conclusions : Kevin Ham a fait une transaction qui, lorsqu'un nom de domaine n'existe pas, au lieu d'afficher erreur, l'utilisateur est plutôt renvoyé à un site de publicité. Ces publicités génèrent des fonds qui profitent à cet homme spécialisés dans le négoce des noms de domaines, explique un avocat au barreau du Cameroun spécialisé dans la lutte contre la cybercriminalité sous le sceau de l'anonymat.


Cette affaire inédite est explicitée dans Business 2.0, un magazine américain spécialisé. Dans l'une de ses parutions de 2007, le magazine raconte que Kevin Ham s'est entendu avec l'ancien Premier ministre, Ephraïm Inoni, pour insérer une Wildcard sur les serveurs de CAMTEL afin que tous ceux qui font des erreurs de frappe, faute appelée typosquatting en langage technique (Bonaberi.cm au lieu de Bonaberi.com) soient redirigés vers son site de publicité agoga.com. Cette thèse est défendue par le gourou d'Internet en personne dans Business 2.0.

A chaque clic sur un lien publicitaire, soutient-il, Yahoo lui versait une somme d'argent et il reversait en retour un pourcentage précis au gouvernement camerounais. Mais, d'après nos sources, le gouvernement camerounais, le trésor public notamment, n'a plus finalement profité de ce pourcentage. A qui a profité ces transactions ? A l'Etat ? Aux individus ? Est-ce que l'argent est entré dans les caisses du trésor public ?, s'interroge, perplexe, l'avocat susdit. En tout cas, cette opération, apprend-on, a généré 135 milliards Fcfa (300 millions de dollars) à Kevin Ham, avant que la supercherie ne soit découverte en 2009. Après bien entendu des dénonciations tous azimuts, ainsi que les pressions du monde de l'Internet. Jusqu'ici personne ne sait exactement qui a retiré cette Wildcard des serveurs de CAMTEL. Nous avons adressé une demande d'informations au Directeur général de cette entreprise depuis le 7 septembre 2010, qui, visiblement, a été sécurisée dans les tiroirs. Aucun retour. Aucun signe jusqu'à ce jour.


Silence à CAMTEL, démenti à l'ANTIC
Des démarches similaires ont été entreprises quelques jours plutôt auprès du MINPOSTEL. Cette affaire est une bombe ! , a reconnu un haut cadre de la maison, en nous orientant auprès de l'Agence nationale des technologies d'information et de la communication (ANTIC). Le dossier a été confié à l'ANTIC, a-t-il ajouté. Rien de plus. Notre insistance ne changera rien du tout. A l'ANTIC également c'est un silence radio. Globalement, c'est une affaire assez scandaleuse. Une affaire qui gêne. C'est pour cette raison qu'on veut la camoufler. Mais, dans un article publié en mars 2010 dans le bloc de notre confrère du Jour Beaugas-Orain Djoyum et intitulé Internet : pourquoi le .cm est dans la tourmente, l'ANTIC a donné sa position sur cette affaire. Kevin Ham n'a jamais rien signé avec qui que ce soit au Cameroun et il n'y a aucune wildcard sur les serveurs du Cameroun.

L'article de Business 2.0 est une pure invention, répond un technicien de l'ANTIC cité par notre confrère. Depuis mars qu'il a ébruité cette affaire, il n'y a eu aucune réaction officielle du gouvernement. Pourtant, celle-ci éclabousse trois personnalités et c'est même une affaire de gros sous. Si au Cameroun on fait tout pour la camoufler, ce n'est pas le cas aux Etats-Unis où la transaction fait un tabac, notamment dans la SEC, l'organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers. Tout ceci, indique notre avocat, parce que la société américaine dirigée par Kevin Ham aurait violé une règle fondamentale aux USA. Il s'agit du Foreign corrupt practices act (FCPA) qui interdit le paiement de pourboires à toute société américaine, quelque soit son lieu géographique. La SEC, apprend-on, est à pied d'œuvre pour en savoir plus sur ces transactions. C'est donc une affaire à suivre.

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