06/01/2011 03:38:27
Crise ivoirienne: L'ambassadeur des Etats-Unis "menace" Biya
Alors que face au corps diplomatique, Paul Biya souhaite un apaisement au pays de Laurent Gbagbo, le diplomate américain a rendu public une réaction sur la crise ivoirienne qui tient lieu de mise en garde aux tenants du pouvoir au Cameroun dans l'organisation des prochaines élections présidentielles. 

Le Messager
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Robert P. Jackson est-il à l'origine de la non présence, hier, d'Eugène Biti Allou au Palais de l'Unité, à l'occasion de la cérémonie des vœux du corps diplomatique adressés au chef de l'Etat ? Aux sortir de cette cérémonie, cette question lancinante semblait instamment habiter la plupart des diplomates africains accrédités au Cameroun.  Joint au téléphone en début d'après-midi de ce 5 janvier 2011, M. Richard Johannfen, conseiller pour les affaires publiques à l'ambassade des Etats-Unis à Yaoundé répond : « Il faut vous adresser à la présidence de la République du Cameroun. Nous ne sommes pas au courant de ce que l'ambassadeur de Côte d'Ivoire à Yaoundé n'a pas été invité. Ce que le gouvernement des Etats-Unis sait est que, le président de la Côte d'Ivoire s'appelle Alassane Dramane Ouattara. Nous savons aussi que au lendemain de sa brillante élection, le président Ouattara a rappelé tous les ambassadeurs de côte d'Ivoire en poste à l'étranger. Maintenant, au niveau de l'ambassade des Etats-Unis au Cameroun, nous ne savons pas s'il y a encore un ambassadeur de Côte d'Ivoire en poste au Cameroun. Il faut le demander à la présidence de la République du Cameroun. La position du gouvernement des Etats-Unis est claire comme je vous l'ai dit : le président de la Côte d'Ivoire s'appelle Alassane Ouattara ».

En tout cas, dans les coulisses des milieux diplomatiques de Yaoundé, une telle attitude ne prête vraiment pas à équivoque : de part un principe par eux adopté, pour Robert P. Jackson et ses collaborateurs, Eugène Biti Allou ne représente plus la Côte d'Ivoire au Cameroun. Une position qu'il aurait fait savoir aux autres diplomates accrédités au Cameroun, notamment au doyen du corps diplomatique, l'ambassadeur du Gabon, Michel Mandougou. C'est ce dernier qui a pris la parole au nom de tous ses pairs, hier face à Paul Biya au Palais de l'Unité. Tout comme on peut aisément imaginer que Robert P. Jackson a dû signifier la position de son pays sur la crise ivoirienne aux  autorités camerounaises.

Pour être plus explicite, le diplomate, a tenu à s'exprimer publiquement sur la situation de crise actuelle en Côte d'Ivoire, afin de rendre encore plus retentissante la position du Pays de l'Oncle Sam sur les processus électoraux en Afrique. Dans un texte rendu public la veille de la cérémonie de présentation de vœux au président de la  République par le corps diplomatique accrédité au Cameroun, et intitulé « N'est il pas temps pour tout le monde de dire : « Nous voulons que nos dirigeants respectent nos choix ! » ? », Robert P. Jackson prend part au débat sur la crise ivoirienne. « Etant donné que j'ai eu le plaisir de servir en Côte d'Ivoire pendant plusieurs années, j'ai une profonde amitié pour le peuple ivoirien. Je constate donc avec tristesse les tensions actuelles, l'escalade de la violence politique et les nombreuses atteintes aux droits de l'homme orchestrées par l'ancien président Laurent Gbagbo et ses partisans », écrit l'ambassadeur américain. Robert P. Jackson continue son propos en donnant d'abord un bref aperçu de l'engagement politique des Etats-Unis en Côte d'Ivoire, et ensuite, les derniers principes de la politique américaine au Cameroun.

Le Cameroun comme la Côte d'Ivoire ?

Pour ce qui est de l'engagement politique des Etats-Unis en Côte d'Ivoire, à travers la crise qui secoue le pays de feu Félix Houphouët Boigny depuis 10 ans, ce que dit M. Jackson dans son texte est en fait du déjà entendu. A savoir que la récente élection présidentielle en Côte d'Ivoire se distingue de celle de 2000, par le fait que « deux des plus importants candidats (Ouattara et Bédié notamment Ndlr) ont été empêché de se présenter ». Une situation qui, selon l'ambassadeur des Etats-Unis au Cameroun, « dériva sur dix ans de troubles politiques et de stagnation économique ». Pour le diplomate américain, « les élections de 2010 ont été perçues pour la Côte d'ivoire comme une opportunité de sortir des années de crise et pour son peuple d'embrasser la démocratie tant recherchée et réclamée. Cette opportunité ne doit pas être désavouée par un effort évident de manipuler les résultats des élections en annulant les résultats de certaines circonscriptions et privant ainsi de leurs droits des centaines de milliers d'ivoiriens. La fraude électorale ne fera jamais parti du processus de démocratisation », clame de manière sentencière Robert P. Jackson.

Après avoir rappelé que le président Obama a félicité Alassane Ouattara pour sa victoire aux élections en Côte d'Ivoire, Robert P. Jackson se veut pratiquement menaçant vis-à-vis des dirigeants africains, « qui agissent pour contrecarrer le processus démocratique et la volonté de l'électorat ». Et de poursuivre de manière plus explicite : « Nous soutenons le Cameroun de la même manière que nous soutenons la Côte d'Ivoire : en tant que partenaires et amis pour un avenir meilleur (...) Le désir des Etats-Unis en Côte d'Ivoire, au Cameroun et dans tout autre pays est celui d'y voir un processus électoral libre, équitable et transparent. Au moment où  le Cameroun prépare ses propres élections en 2011, les Camerounais s'attendent à ce que les résultats soient respectés par tous les candidats qui participeront aux élections ».

Un message absolument sibyllin, adressé, on peut l'imaginer, certainement à Paul Biya, au moment où, le président du Cameroun, s'exprimant hier devant le corps diplomatique sur la situation actuelle en Cote d'Ivoire, a prôné « l'apaisement et le dialogue », là où les Etats-Unis et leurs alliés de la Cedeao et du camp « ouattariste » annoncent la force de la guerre, pour chasser Laurent Gbagbo du pouvoir.

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