10/01/2011 04:54:26
Le "droit de cuissage" mis nu dans un livre
A travers l'ouvrage paru aux éditions Clé,  Jean-Emmanuel Pondi analyse le phénomène en milieu universitaire et propose des issues de secours aux étudiantes victimes.
Le Messager
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Là où beaucoup de ses pairs ont préféré garder silence, il a parlé. Et assurément, il a mis le doigt là où ça fait mal. Car Jean-Emmanuel Pondi a décidé de lever un pan de voile sur un phénomène dont la récurrence troublante dans les Universités et grandes écoles de formations de notre pays n'émouvait presque personne : le harcèlement sexuel subi par les étudiantes. Cette  « unité de valeur hors programme » qu'un lexique propre aux « cop's » dans les campus et autres cités universitaires, qualifie de «validation interjambes» ou encore de «notes sexuellement transmissibles (Nst)».  L'ouvrage intitulé «Harcèlement sexuel et déontologie en milieu universitaire» qui vient de paraître en français et en anglais est donc ce qu'on pourrait appeler un pavé dans la mare. Sans détour, le secrétaire général de l'Université de Yaoundé I, en sa qualité d'acteur du système, ausculte, passe au peigne fin et présente les causes et les conséquences de ce sujet longtemps resté tabou. La première de couverture est déjà suffisamment éloquente. Une main d'homme posée sur de jolies jambes croisées d'une fille qui tient entre ses mains des documents. Le décor est planté.

Pour démontrer la profondeur du problème, l'auteur s'appuie sur neuf témoignages qui sont des histoires réelles et pathétiques des victimes de harcèlement sexuel dans les universités du Cameroun. Dans le chapitre 1, Josépha, Cathérine M, Marie Odette S., Ernestine K. Flavie N., Danielle O.  Perpétue N., Georgette B et Elise Mballa Meka, (la seule a avoir parlé à visage découvert), racontent comment pour poursuivre leurs études supérieures, elles se sont vues introduites et piégées dans l'enfer de la psychose, « à cause des agissements d'une minorité d'enseignants dont les attitudes finissent à la longue, par ternir l'aura de la très grande majorité d'enseignants d'universités ». Le chapitre 3 revient sur les causes du phénomène à l'égard des étudiantes. Ici, Jean-Emmanuel Pondi explique clairement que plusieurs facteurs socio-économiques et culturels exposent les étudiantes au harcèlement sexuel. Entre autres, la faiblesse du ratio de l'encadrement académique c'est-à-dire le barème enseignants- apprenants; les spécificités de l'évolution démographique observées à l'Université; l'insécurité financière de la masse estudiantine ; l'activisme coupable de certaines étudiantes et le recours à la vie facile de dépendance. Plus grave : la quasi-démission d'un nombre important de parents de leurs responsabilités pédagogiques et morales...

Prostitution

Pour l'auteur, ils sont bien rares ces parents d'étudiantes victimes de harcèlement sexuel qui se rendent au campus dénoncer ces forfaits et réclamer que justice soit faite à la victime à proportion du préjudice commis. Ceux-ci créent alors par leur absence un besoin, voire une soif d'attention parentale non assouvie qui affecte leur progéniture. Certains parents, écrit l'auteur, ont même l'effronterie de dire à leur fille, étudiante sans sourciller, qui leur demande avec raison de quoi assurer sa ration alimentaire à la cité universitaire : « tu es une grande fille maintenant. Tu n'as qu'à te débrouiller ». Une réponse qui n'est pas loin d'une incitation à embrasser la prostitution.

Gros regret cependant, au Cameroun, il n'existe pas de loi spécifique sur le harcèlement sexuel. Conséquence, ce manque de protection juridique pour les victimes sonne comme un facteur de perpétuation du phénomène. Et l'auteur d y proposer quelques issues de secours.Notamment, la cellule d'écoute et de conseil du Centre médico-social de l'Université de Yaoundé I; l'Association de lutte contre les violences faites aux femmes (Alvf); la commission diocésaine justice et paix de l'archidiocèse de Yaoundé; l'Association camerounaise des femmes juristes (Acafej). Des organisations nationales entièrement ouvertes aux sollicitations de celles-ci. Au rang des propositions, l'auteur suggère l'élaboration d'une charte d'éthique et de déontologie universitaire pour « veiller au respect scrupuleux des droits et devoirs de chaque membre de la communauté universitaire », conclut-il. Au final, cet ouvrage loin de dénoncer simplement, interpelle la communauté universitaire du Cameroun, de l'Afrique et bien au-delà a immergé dans la sagesse et non dans le bafouement de la dignité humaine.

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