17/01/2011 15:31:08
Jean-Claude Duvalier alias Bébé Doc rentre en Ha´ti
(Port-au-Prince) Liliane Pierre-Paul est sous le choc. Son bourreau, Jean-Claude Duvalier, surnommé Bébé Doc, est rentré en Haïti, hier, après 25 ans d'exil.
Cyberpresse
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«Je suis venu pour aider», a laconiquement déclaré Jean-Claude Duvalier, maintenant âgé de 59 ans, à son retour en sol haïtien. PHOTO: LEE CELANO, REUTERS

«C'est l'échec du mouvement démocratique haïtien. Je me demande s'il n'y a pas eu une manipulation sciemment orchestrée par certains pays occidentaux comme la France et les États-Unis avec l'accord du président René Préval. Ou bien si c'est plutôt une diversion du président lui-même, lance la directrice de la programmation de Radio Kiskeya. Pour l'instant, j'ai surtout plus de questions que de réponses.»

Mme Pierre-Paul a été arrêtée sous le régime de Bébé Doc, torturée en prison et forcée à l'exil. «Le retour de Duvalier au pays vient compliquer une situation éminemment complexe», ajoute la journaliste qui vit dans la capitale haïtienne.

L'ex-dictateur de 59 ans a atterri à Port-au-Prince en début de soirée à bord d'un vol d'Air France. Alors qu'il se trouvait avec sa conjointe Véronique Roy à l'intérieur de l'aéroport, M. Duvalier a déclaré aux médias présents: «Je suis venu pour aider» le peuple haïtien. Bébé Doc a pris le pouvoir en 1971 alors qu'il n'avait que 19 ans, à la suite de la mort de son père, François Duvalier, surnommé Papa Doc.

Le séisme dévastateur du 12 janvier 2010 aurait poussé le couple, qui vivait en France depuis 25 ans, à revenir en Haïti, selon la conjointe de l'ex-dictateur interrogée par l'AFP. «C'est beaucoup d'émotion. On ne s'attendait pas à cet accueil», a-t-elle ajouté, alors que des dizaines de partisans de l'ancien président «à vie» s'étaient déplacés, munis de drapeaux haïtiens pour l'occasion.

Pour sa part, le premier ministre haïtien Jean-Max Bellerive a déclaré à l'AFP: M. Duvalier «est un citoyen haïtien qui rentre au pays comme il en a le droit. J'espère simplement que cela ne va pas compliquer une situation politique déjà tendue».

«Comme un cheveu sur la soupe»

«Il arrive vraiment comme un cheveu sur la soupe», dit la documentariste Rachèle Magloire, dont le retour de l'ex-dictateur ravive aussi de douloureux souvenirs. Ses parents se sont installés à Montréal, lorsqu'elle avait 4 ans, pour fuir la dictature.

La documentariste est revenue vivre en Haïti lorsque Duvalier fils a été chassé du pouvoir par une révolte populaire. «Il a volé tant d'argent. Il a causé tant de morts et tant de déchirements familiaux», se souvient-elle. Duvalier fils a dirigé pendant 15 ans un régime corrompu, répressif et multipliant les atteintes aux droits de l'homme par l'intermédiaire de sa milice, les tontons macoutes.

Les autorités d'Haïti estiment que plus de 100 millions de dollars ont été détournés par les Duvalier sous le couvert d'oeuvres sociales jusqu'à la chute de Bébé Doc, en 1986. En 2007, l'ex-patron des tontons macoutes a demandé pardon au peuple haïtien pour les torts causés.

Après que la France l'eut accueilli en 1986, Jean-Claude Duvalier a profité d'une retraite dorée dans de vastes demeures de la Côte d'Azur. En 2002, les autorités suisses ont gelé des fonds volés par la famille du dictateur. Bébé Doc a épuisé tous les recours pour les récupérer. Quelque 5 millions d'euros ont ainsi été versés l'an dernier à des oeuvres de charité haïtiennes.

«Qui sera le prochain à revenir? Aristide? C'est certain que ses partisans vont réclamer son retour, encouragés par celui de Duvalier», croit pour sa part Cyrius Sibert, animateur de radio populaire au Cap-Haïtien. Comme Duvalier fils avant lui, Jean-Bertrand Aristide a été poussé à quitter le pouvoir précipitamment en 2004. Il vit depuis en Afrique du Sud.

La nouvelle du retour de Duvalier fils a pris tout le monde par surprise, hier, dans le pays des Antilles. Ce retour survient quelques jours seulement après le premier anniversaire du séisme meurtrier.

Haïti est également plongé dans une impasse politique. Le second tour de l'élection présidentielle, qui devait se tenir hier, a été reporté. Le premier tour a été entaché d'irrégularités au point où le candidat du pouvoir, Jude Célestin, devrait être écarté du second tour, a récemment recommandé l'Organisation des États américains. Avec AFP et Reuters

Mais les incertitudes qui entourent les résultats du premier tour du 28 novembre, les incidents qui l'ont émaillé et les accusations de fraude, ont amené les autorités à repousser ce deuxième tour sans fixer de nouvelle date.

Les résultats du premier tour diffusés en décembre, plaçant en tête l'ex-Première Dame Mirlande Manigat et en deuxième position le candidat du pouvoir Jude Célestin, avait provoqué la colère de la population et notamment des partisans du candidat Michel Martelly arrivé en troisième position.

Pour calmer le jeu, le président René Préval avait fait appel à une mission d'experts internationale pour recompter les voix. Cette dernière vient de remettre son rapport au chef de l'État dans lequel elle suggère d'écarter le candidat du pouvoir, soutenu par M. Préval, au profit de Michel Martelly.

Tout au long de son exil, Jean-Claude Duvalier qui avait été à 19 ans le plus jeune chef d'État du monde, a répété qu'il souhaitait revenir «un jour» en Haïti.

En 2007, il était intervenu sur les ondes haïtiennes pour demander «pardon au peuple haïtien pour les erreurs commises pendant son règne».

En doutant de la sincérité de ce message, le président René Préval avait alors relevé que s'il y avait «le pardon», il y avait aussi «la justice».

L'ex-dictateur a notamment été accusé de détournements de fonds pendant l'exercice de son pouvoir. Les autorités d'Haïti estiment que plus de 100 millions de dollars ont été détournés sous le couvert d'oeuvres sociales jusqu'à la chute en 1986 de «Baby Doc».

La France avait accepté en 1986 d'accueillir Jean-Claude Duvalier, à titre temporaire, alors que ce dernier était confronté depuis fin novembre 1985 à des manifestations anti-gouvernementales, au cours desquelles plusieurs dizaines d'Haïtiens ont trouvé la mort.

Comme le président Jean Bertrand Aristide en 2004, «Baby Doc» avait été poussé à la démission par les États-Unis. L'ex-président avait ensuite profité d'une retraite dorée dans de vastes demeures de la Côte d'Azur.

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