20/01/2011 01:18:01
Esquisse de compréhension de l'effondrement des régimes impopulaires
La fuite de l'ancien président tunisien Ben Ali illumine, une fois de plus, la dimension subjective des principales certitudes des systèmes de gouvernance, et oblige les uns et les autres à mener de nouvelles réflexions sérieuses sur le destin des peuples confrontés aux régimes répressifs dont l'unanimisme forcé tient lieu d'expression des urnes.
Le Messager
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Aucune discipline scientifique n'a à ce jour, été en mesure de mettre en exergue et de le certifier de façon incontestable, un processus susceptible d'offrir une compréhension et une prévision absolues, de l'effondrement des régimes impopulaires. La fuite de l'ancien président tunisien Ben Ali illumine, une fois de plus, la dimension subjective des principales certitudes des systèmes de gouvernance, et oblige les uns et les autres à mener de nouvelles réflexions sérieuses sur le destin des peuples confrontés aux régimes répressifs dont l'unanimisme forcé tient lieu d'expression des urnes. Ce n'est certes pas la première fois que le monde expérimente l'avènement du pouvoir de la rue et de la révolution subite, mais le timing du soulèvement du peuple de Tunisie, intervient dans un contexte particulier, qui est celui d'une exigence diplomatique de recomposition profonde du monde, suite à la fin effective de la guerre froide.

Lorsqu'en 1974, une banale grève d'étudiants avait contraint le puissant président Tsiranana de Madagascar à fuir son palais, le monde était encore plongé dans une guerre idéologique qui ne permettait pas de porter le meilleur jugement sur la détermination et l'autonomie de la volonté populaire. La thématique internationale était encore trop dominée par la vision des rivalités Est-Ouest, à laquelle l'on voulait attribuer les moindres mouvements d'humeur.

Nous sommes depuis la fin de la décennie 1980, rendus à une situation nouvelle de bouleversements inéluctables, dont les conférences nationales de la décennie 1990 et les simulacres d'élections pluralistes n'auront été réellement que les prémices. Le meilleur reste donc à venir, et les plus belles révolutions s'annoncent dans la décennie qui vient de sonner ses premières cloches en 2010. La fuite de monsieur Ben Ali, pauvre dictateur qui, il y a moins d'une année, inaugurait un autre mandat de cinq ans avec fanfares et tambours, après un résultat de plus de 90%, et après avoir trafiqué la constitution pour s'imposer président à vie, constitue le plus violent et le plus effrayant message à tous les régimes sales qui écument toujours un continent où les Etats ont été remplacés par des monarchies obscurantistes.

L'expérience de la chute des monarques, n'a que trop marqué des générations entières, des Bokassa, Idi Amin Dada, Mobutu, Tanja et autres dinosaures de la mauvaise gouvernance et de la dictature. Le cas des régimes communistes apparaît dans l'histoire, comme la conséquence logique des travers idéologiques qui privilégièrent le culte de la personnalité, sur le bien être collectif réel et la modernisation des rapports sociaux. Ce qui est en cause dans le modèle de faillite tunisien, c'est plusieurs choses à la fois, plusieurs paramètres et autant de lectures.

A – Le triomphe des associations de malfaiteurs  et des milices criminelles

Entendu sur le plan strictement académique, ce sont des organisations structurées formées en partis politiques, qui font et défont le socle institutionnel des sociétés modernes, et régentent les rapports des forces entre les acteurs de façon cyclique. Mais considéré sous l'angle des monarchies insolentes et des dictatures impitoyables qui en découlent dans les contextes particuliers des régimes liberticides, il n'y a plus que des partis uniques, un parti unique qui assombrit tous les horizons, et assoit le cadre d'une perdition de la dignité du citoyen. En Tunisie, le président était assuré et rassuré, après un quart de siècle de règne, de la vassalité de ses compatriotes du moins le croyait-il vraiment. Pourtant, au-delà du carcan infâme de son parti, il y avait la réalité de l'insatisfaction et de la colère d'un peuple trompé, dompté malgré lui, et présenté à l'extérieur comme un exemple de gente heureuse.

Le réveil brutal qui a abouti à la fuite de l'escroc qui trônait au sommet du pays, devrait logiquement entraîner la mise en accusation de son parti qui n'était autre chose qu'une association de malfaiteurs dans le pur style des mafias criminelles. Il en va de la Tunisie comme des autres pays du genre, où l'on retrouve des partis uniques de fait tenant tous les rôles, contrôlant la totalité des structures et organes publics, et décidant du destin des citoyens. Traditionnellement, ces chapelles mafieuses recourent à des dénominations qui font appel à la séduction. Quant à leurs dirigeants, il est courant qu'ils se présentent comme des sauveurs, des dieux venus spécialement pour réparer les torts et professer une nouvelle éthique.

L'essentiel est toujours ailleurs, dans la cupidité, l'enrichissement effréné, la course aux gains, le piétinement des libertés, la tricherie, la cupidité et l'extrême extase. Les dignitaire du régime sale s'adonnent à des magies noires et cultivent des pratiques claniques sales qui associent à l'occasion des fétiches de toute nature pour perdurer. Les banlieues des capitales de ces repères de voyous politiques sont encombrées de résidences insultantes pour la conscience des pauvres. Voler n'est plus la qualification qui correspond à la situation, c'est de la destruction qu'il s'agit, et on entre dans l'équipe comme on va se vendre au diable. La seule condition de la qualité de membre est bien souvent d'accepter de se salir les mains, de perdre une certaine virginité éthique, de vénérer le monarque, même lorsqu'il devient fou. Le Chah d'Iran n'était pas différent de Mobutu ni de Bokassa, et certainement pas différent des autres dictateurs que l'on récence sur le continent africain de nos jours.

Partout, les servants n'étaient que de parfaits salauds, des pilleurs qui ont fait l'histoire de manière insidieuse, et qui au moment de payer le prix face à la révolution, se sont retournés vers le ciel pour redécouvrir l'Eglise, en tentant de cacher leurs crimes et en mentant sur les origines de leur fortune. En réalité, s'il n'y a pas de parti, il n'y a pas de militants, il y a plutôt des miliciens, des esclaves, de la haine, de la violence et des extraversions criminelles. Au lendemain de la fuite de Ben Ali, ces milices ont déployé leur arsenal de violence pour tenter de créer un climat généralisé de peur et de blocage du pays. C'est le schéma classique, où l'on voit des repris de justice, des gangs de truands et de tueurs, porter les emblèmes du parti au pouvoir. Avant la révolution, ils font foule, affichent suffisance et confiance. Mais après la révolution, ils essayent toujours de tout foutre en l'air, en baroud d'honneur spécial.

Mais il demeure patent que les régimes totalitaires privatifs de liberté et de bien-être finissent dans un inéluctable effondrement. La typologie à dégager peut se résumer en quelques projections programmées : (à suivre...)

Shanda Tomne

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