21/01/2011 01:10:30
Dossier: Plongée dans l'industrie de la mort
La page nécrologique est l'une des émissions à forte audience de la Crtv. La phrase :  est connue de tous. Elle nous enseigne donc que ce n'est pas demain la veille du jour où dans cette vallée de larmes, on fera le deuil de la mort.  La mort se porte plutôt bien et d'aucuns lui vouent un culte digne de sa place au cœur de la société.
Le Messager
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Car la mort prend de plus en plus une place grandissante dans la vie des vivants. Les compagnies d'assurance draguent dans ce registre, avec des produits comme 'assurance-obsèques'. Les confessions religieuses ne sont pas en reste. Un culte funéraire coûte son prix. Les pompes funèbres sont florissantes et rivalisent d'astuces marketing pour attirer la clientèle.

Les associations religieuses et les tontines sont au service des futurs défunts que nous sommes. Chez les Sawa, vaut mieux être membre de deux ou trois chorales pour être sûr de bénéficier d'un enterrement digne de ce nom, avec chanteuses, pleureuses, danseuses et témoignage émouvant du pasteur de service. Chez les grassfields, les funérailles sont préparées des années à l'avance, pour qu'enfin le jour 'j', la famille du défunt étale sa puissance post-mortem.

Le service traiteur est l'un des signes extérieurs de l'aisance financière de ceux qui organisent les obsèques d'un parent. Sans service traiteur point de salut ! Le business de la mort est donc florissant, entre les couronnes, le corbillard, le pagne de l'uniforme, le cercueil, les tricots et foulards à l'effigie du défunt, la collation, les obsèques sont devenues une affaire sérieuse qui génère des dizaines de millions de francs par semaine.

On pourrait même sans risque de se tromper, parler d'industrie de la mort, tellement de grands et petits métiers gravitent autour des obsèques : fabricants de cercueils ; conducteurs de corbillards ; fleuriste; fossoyeur ; bâtisseurs de tombeaux ; infographes, sérigraphes ; animateurs ; pleureuses ; danseuses ; religieux,  etc.

Tout le monde y gagne. A commencer par le défunt, on dira qu'il a eu un grand deuil, si ses ayant droits lui ont fait honneur par des obsèques "mémorables",

Dans ce dossier, Le Messager à fait une plongée au cœur de l'industrie de la mort pour dégager les tenants et les aboutissants d'une activité périphérique qui, pourtant, nourrit son homme...

Obsèques: Rites religieux et significations

Pour les obsèques, les rites sont différents selon la confession religieuse.

Chez les juifs, au domicile, après le décès, on croise les bras du défunt sur sa poitrine. Ou bien, l'icône personnelle du défunt est déposée dans le cercueil entre ses mains et tournée face à lui. L'enterrement a lieu trois jours après le décès, le temps que l'âme se sépare du corps. On transporte ouvert le cercueil à l'église (si la loi civile le permet) ou bien la croix orthodoxe est déposée sur le cercueil. Le cercueil ouvert pendant toute la durée des funérailles, on est invité à déposer des fleurs dans le cercueil.

Les protestants ne prient pas pour les morts qui, entre les mains de Dieu, n'ont pas besoin de prière. L'enterrement protestant n'est donc pas un culte rendu au défunt. Il n'y a pas de prière pour le repos de son âme. Au temple, le culte de l'enterrement protestant permet aux vivants d'écouter la lecture de la Bible et la prédication qui donnent un message d'espérance en la grâce de Dieu, en la vie éternelle et en la résurrection.

Chez les juifs, l'enterrement au cimetière a lieu en principe le jour du décès. Le défunt doit être enterré le plus vite possible. Il n'y a pas d'obsèques juives à la synagogue. Le cercueil ne passe pas à la synagogue considérée comme un lieu de vie. Le cimetière est le lieu de la cérémonie religieuse, la prière est faite par le rabbin qui dit la prière des morts, un hymne de louange à Dieu. Tout le monde participe à l'ensevelissement en posant une pierre sur le cercueil ou sur la tombe. On n'envoie pas de fleurs. Avant de sortir du cimetière, on se lave les mains, sans les essuyer, car on a contracté une impureté. Puis on se retrouve à la maison du défunt pour consommer du pain et des oeufs cuits.

Du coté des musulmans, aussitôt le décès constaté, les personnes présentes multiplient les éloges du disparu afin d'obtenir la mansuétude de l'archange Gabriel. Avant la cérémonie religieuse, la toilette mortuaire musulmane est l'un des éléments des plus importants du rituel du décès. Elle est faite par les membres de la famille. Le lavage du corps doit être effectué par quatre personnes du même sexe que le défunt. Le corps est lavé trois fois de suite et parfumé selon un rituel complexe, puis les yeux sont fermés et les pieds sont liés.  Le cadavre est considéré comme impur, d'où la nécessité de procéder à la toilette du mort en raison de sa vertu purificatrice.

Le corps, nu, est ensuite enveloppé dans un linceul blanc, trois pièces d'étoffe blanche non cousues, bras le long du corps ou croisés sur la poitrine en position de prière. Le défunt est orienté vers la Mecque. Dès que possible l'imam vient au domicile du défunt pour réciter à l'oreille droite puis à l'oreille gauche la prière dite de Shahâdâ, credo musulman : "il n'y a de Dieu qu'Allah" dit à l'oreille droite et "Mahomet est le prophète d'Allah" dit à l'oreille gauche.
Edking

 
Un métier pas si funèbre: Richard Sokamté, chauffeur des morts

Recruté sur la base d'un permis B communément appelé permis ordinaire, Richard Sokamté est l'un des conducteurs de corbillards de Douala  qui exerce avec fierté ce métier pas si...funèbre que ça.  


Richard Sokamté est chauffeur de corbillard à Douala. Originaire de la région de l'Ouest et  membre de l'Association des chauffeurs de corbillards du Cameroun, ce père d'une famille nombreuse gagne modestement sa vie en conduisant les morts. Le métier, il l'exerce depuis  9 ans aujourd'hui et il en est fier. Rencontré mercredi 12 janvier 2011 à quelques encablures de l'hôpital Laquintinie de Douala, non loin de l'entreprise qui l'emploie, ce planteur à ses heures perdues nous raconte les circonstances qui l'ont contraint à embrasser la profession de chauffeur de corbillard. « Je n'étais pas conducteur de corbillard il y a dix ans. J'ai d'abord travaillé avec un cadre à la Cotco qui avait retenu mon salaire pendant deux ans. Au moment où il a fallu qu'il me paie mon dû il s'est refusé de le faire. Puisque j'avais une famille à nourrir, j'ai donc décidé de faire autre chose. Je n'ai jamais envisagé de conduire les morts. Ce n'est pas de gaité de cœur que j'ai commencé à travailler. Je n'avais pas le choix. J'ai voyagé  deux fois et puis c'est devenu une habitude », explique-t-il

A l'évocation de  première fois, les souvenirs remontent : « Le premier jour, je n'ai pas eu peur parce que j'ai toujours gardé à l'esprit que ce que je fais est un métier comme tous les autres. Ce n'est pas facile. Car certains arrivent et démissionnent  au bout de deux ou trois voyages. Parce qu'ils ne sont pas habitués aux pleurs des populations. Nous sommes en Afrique. Nous savons que les gens ne meurent jamais pour rien. Nous n'avons pas de rapport avec les morts. Notre travail, c'est de transporter des inconnus qui ne peuvent pas s'en prendre à nous parce que nous ne sommes pas des leurs. Ce sont les gens qui sont faibles d'esprit qui tiennent le langage selon lequel il y a des morts qui  s'en prennent parfois au chauffeur du corbillard ».

 
A la question de savoir si l'accès au métier est conditionné par une préparation mystique, notre interlocuteur répond par la négative. « N'importe qui peut l'être mais cela dépend de la volonté de l'individu. Si tu es un garçon et tu as de la volonté, alors tu peux faire ce travail. La bénédiction des parents est importante. Il faut être en harmonie avec eux. Quand tu vas au travail, ils prient pour toi. » Des difficultés, il en rencontre.  « Certains chauffeurs de corbillard ont souvent des problèmes, soit avec le patron, soit avec les parents du défunt. Par exemple, on peut envoyer un chauffeur en mission et puis la voiture tombe en panne. Ou bien, il peut avoir des prises de bec avec les parents du défunt. Et les parents peuvent appeler le patron pour dire que le conducteur n'a pas été gentil ou courtois », affirme-t-il.

Comme tout métier qui se respecte, celui de chauffeur de corbillards a ses règles. , soutient Richard Sokamté. Il importe d'indiquer qu'il  y a quelques années, le métier de chauffeur de corbillard n'était pas très couru. Aujourd'hui, c'est tout le contraire. Pour s'entraider, les conducteurs de corbillards se sont regroupés au sein de l'Association des chauffeurs de corbillards du Cameroun. Celle-ci, précise Richard Sokamté qui en est membre, a été créée pour défendre nos intérêts. Finalement, un métier pas si funèbre que ça et qui nourrit son homme. 


De la conservation au retrait du corps: Surenchère dans les morgues des hôpitaux publics

Ce n'est toujours pas facile de conserver un corps à la morgue. Entre les prix officiels et ceux pratiqués sur le terrain…

Combien faut-il débourser pour la conservation d'un corps à la morgue, du constat du décès à la mise en bière? Quels sont les pièges et entourloupes à éviter afin de dépenser le juste prix? Autant de questions que se posent les usagers se trouvant dans le besoin de mettre leurs proches dans une morgue de la place. Si les tarifs sont sensiblement les mêmes dans les hôpitaux publics, les  d'un cadavre varient d'une morgue à l'autre.

A l'hopital Laquintinie où sont conservés 40 à 60% des cadavres de la capitale économique selon les saisons, Mekono Zanga, surveillant général à la retraite fait le point. . Selon ce dernier, l'hôpital a prévu des dispositions qui obéissent à chaque porte feuille. . Malgré ces dispositions pratiques, une maffia est observée. Le témoignage de Flore Mandessi Ndomè, dont la grand-mère a rendu l'âme à   le 20 décembre 2010. «J'ai tout payé à la caisse, factures en mains pourtant à chaque étage, il fallait monnayer. J'ai donné de l'argent au brancardier qui a refusé de transporter le corps à la morgue. J'ai payé le formol à 10.000 Fcfa après d'âpres négociations avec les morguiers. J'ai déboursé de l'argent pour qu'elle soit bien installée et un jour plus tard, ils l'avaient déplacée. Une fois de plus, on m'a demandé de l'argent pour qu'elle retrouve sa place initiale. Pour la laver, il fallait encore payer. Idem pour l'habiller. On m'a même imposé de donner deux mille francs pour la colle qu'ils ont mise sur sa bouche. Vous êtes obligé de payer sinon votre corps ne sort pas ou la mise en bière est retardée parce qu'ils n'arrivent pas à retrouver le corps. C'est une véritable arnaque». Ce serait l'attitude complaisante des usagers qui aurait pérennisé cette pratique. tout le monde refusait de payer le double prix et dénonçait auprès du directeur ces abus en donnant des noms, Laquintinie ne serait pas le laboratoire de l'escroquerie pas seulement à la morgue mais dans tous les services, avoue un gynécologue sous anonymat.

Même attitude au sein des hôpitaux de district avec moins de harcèlement. Où c'est la tête du client qui est le baromètre de référence. vous vous laissez manipuler, tant pis pour vous, dit un infirmier. Nous sommes conscients qu'il y a quelques brebis galeuses qui agissent avec des gants car nous avons très peu de cas de dénonciation.

Si dans les hôpitaux publics, le harcèlement et l'arnaque des usagers se posent comme une vertu cardinale, tel n'est pas le cas dans les hôpitaux confessionnels, et ceux relevant de l'autorité militaire. A l'hôpital militaire de Douala (garnison militaire), «des consignes fermes ont été données par le médecin-chef pour faciliter le séjour des patients malades ou morts. Si on vous arrête, tant pis pour vous. Dans l'armée, c'est la discipline avant tout. C'est la raison pour laquelle on nous fait de plus en plus confiance. Le privé vient d'augmenter les tarifs de consultation. Il y a arnaque dans les hôpitaux publics. L'hôpital militaire se pose comme la réponse à leurs problèmes», affirme Elong Pierre, un civil en service au sein de cet hôpital. Les musulmans ne sont pas concernés par ces tracasseries. Le mort est enterré quelques heures seulement après qu'il ait rendu l'âme. Pas de morgue ni cérémonies pompeuses pour les  d'Allah.


Prix officiels

Hôpital Laquintinie

6.500 : enregistrement, formol, lavage du corps, habillement

8.000 Fcfa : tiroir individuel journalier

5.000 Fcfa : chambre commune

Hôpitaux de district (Deido, Logbaba, Bonassama, New-Bell)

6.000 Fcfa par jour: chambre commune

 

Pompes funèbres: Le cercueil nourrit son homme

L'activité favorise l'émergence de nouveaux  petits métiers et créée de nouvelles sources de revenus pour  les professions existantes.

Le tableau est saisissant : face à l'hôpital Laquintinie de Douala et tout autour, seule une pharmacie pourvoie à la forte demande des patients. Dans le même temps, les devantures de presque tous les bâtiments et autres immeubles faisant face à l'institution hospitalière ou situés dans les environs de l'hôpital Laquitinie ainsi que ceux des alentours abritent chacun, au moins, un établissement de pompes funèbres.  Un commerce qui suscite des vocations et ne manque pas d'attrait et d'intérêt.

Presqu'en face du bâtiment abritant les urgences de l'hôpital Laquintinie s'ouvre un commerce de cercueils. Dans la salle d'exposition située au rez-de-chaussée de l'immeuble, l'ambiance est particulière. La jeune femme faisant office d'hôtesse nous oriente vers l'étage supérieur où une autre entre deux âges nous accueille avec quelques civilités qui ne contribuent pas à rassurer le visiteur.  Toutefois, Madame Nansi Thérèse, la propriétaire et gérante du commerce, nous présentera les différents modèles de cercueil exposés dans sa boutique,  leurs particularités ainsi que le coût de chacun.

L'on apprend ainsi que les cercueils  occupent le haut de l'échelle dans la classification des bières les plus en vue de l'heure.  Dans cette catégorie, les variantes ne manquent pas. Les croque-morts proposent au client en quête de cercueil des aquariums avec crique dont la particularité est de pouvoir remonter la baie vitrée pour l'exposition de la dépouille. Un choix diversifié par les cercueils aquariums emboîtés. Des pièces que les vendeurs conviennent d'appeler . A en croire, Calvin Kameni, vendeur de cercueil,  Une pièce qui s'apparente quelque peu au cercueil valise. Un meuble dont la particularité est de pouvoir s'ouvrir et se refermer  au gré de l'utilisateur. Une liste remplacée par les cercueils lit et autres  cercueils petite caisse.  Des pièces dont le prix varie en fonction de la qualité du bois, du design et…de la tête du client.

 Question pour Alain Ngoundo  de préciser que la plupart des pièces exposées dans les boutiques de pompes funèbres servent d'échantillons aux potentiels clients. Toutefois, ce fabricant et vendeur de cercueils  précise  par ailleurs que les prix des bocks varient entre 80 mille Fcfa jusqu'à un million de Fcfa. Pour des commandes spéciales, ces prix peuvent connaître  des rallonges en fonction des modifications exigées par le client mais aussi en fonction des délais imposés par le preneur.

C'est dans cette optique que de plus en plus, de pompes funèbres se dotent de menuiserie. La profession  nourrit son homme et est à l'initiative d'une multitude de petits métiers. Dans la chaîne de fabrication les frappeurs montent l'ossature des bières. Les laqueurs procèdent au revêtement des meubles  tandis que la cabine et l'habilleur donnent une touche d'esthétique au mobilier funèbre. Une chaine complétée par les zingueurs, les décorateurs funéraires et les chauffeurs de corbillards. Des métiers de la mort auxquels sont greffés des démarcheurs proposant le meilleur service aux familles des défunts et ayant toujours sous la main le meilleur spécialiste pour le service sollicité.

C'est ainsi qu'autour de ces commerces offrant un dernier jour mémorable au défunt et à sa famille se développe tout un métier à part qui fait désormais l'une des principales sources de revenues des commerces de la mort. En fonction de la décoration désirée du métrage de l'espace d'accueil du deuil, les pompes funèbres proposent des chapelles ardentes et des décorations allant de 100 mille Francs à plus d'un million. Une offre qui ne prend pas en compte les prix des gerbes de fleurs, celle des corbillards et la location des chaises et autres mobiliers. L'occasion pour, Alain Ngoundo de préciser que :

Industrie de la mort: Les veillées mortuaires comme indicateur de classes sociales

Dans la société, ces moments de peines, de tristesse et de chagrins sont vite transformés en une opportunité pour étaler soit sa fortune ou à contrario… sa misère.

Si autrefois on jugeait un homme ou une famille par la qualité et la quantité de son parc automobile et du style cossue de son habitation, aujourd'hui, la société a poussé le cynisme à son comble au point de transformer les veillées mortuaires en un indice de perception de la réussite sociale. La sobriété qui entourait souvent cette cérémonie n'est plus au rendez-vous. Selon qu'on soit riche ou pauvre, l'organisation de la veillée mortuaire d'un proche décédé dépend en large partie de son portefeuille. De Bonamoussadi à Bonapriso en passant par Bonapriso et Bépanda, New-Bell via Nkomondo, à chaque classe sociale suffit sa veillée mortuaire.

Nous sommes à Bonapriso, vendredi 7 janvier courant, quartier chic de Douala, précisément à la rue Koloko. Le pâté de maisons toutes cossues indiquent au passant qu'il est bien dans un quartier de luxe. Ici, un ancien joueur de l'équipe nationale de football, les Lions Indomptables, vient de perdre sa mère. C'est le jour de la grande veillée, le concert de limousines auquel se livrent les convives en dit long sur la qualité de l'hôte. La villa où se tient la veillée est tout aussi évocatrice du compte bancaire de l'ancien Lion Indomptable. Les amis, connaissances et autres curieux sont éblouis par la décoration du chapiteau montée pour abriter la dépouille qui repose dans un cercueil dernier cri. Les chaises et tables ornées ne sont pas en reste.

Monsieur Emmanuel O. qui cache mal son émerveillement, devant cette cour gazonneuse où sont plantées les tentes chèrement parées pour l'occasion:  lâche-t-il. Seulement, ce dernier n'est pas au bout de ses surprises. Cette veillée qui s'est poursuivie jusqu'à l'aube était conduite par un collège de pasteurs et prêtres qui, on s'en doute bien, à la fin de l'office, seront remerciés par des enveloppes bien garnies. Bien plus, à Bonapriso,  lance avec humour Mirabelle Fotso, une connaissance de la famille. Le demi-millier des personnes qui assistent cette famille éprouvée ont droit à un passage à l'immense buffet  offert par le maître de céans. C'est une ripaille où l'on se goinfre à satiété. Des hôtesses s'assurent de ce que la bière ou des boissons gazeuses sont servies à tout le monde. Ce n'est pas tout, on dénombre cinq à six chorales qui doivent meubler la soirée. Il n'est un secret pour personne, tout se monnaye même à l'église et se procurer plus d'une demi douzaine de groupes pour une veillée, n'est pas donné.

Dans les bas-fonds

A Bepanda , la famille Chatué qui vit dans une bicoque montée en matériaux provisoire située dans les bas-fonds du quartier, a perdu sa fille âgée de 17ans. Elle est décédée depuis une semaine et ce soir du 6 janvier 2011 place à la grande veillée.  Le faste et le bling-bling de Bonapriso sont remplacés par une simplicité, tellement la famille est démunie. Des personnes, amis, connaissances et voisins, à peine une quarantaine sont venues assister les Chatué. Une seule chorale constituée des jeunes du coin, anime la soirée. A défaut d'un prêtre ou un pasteur, l'officiant n'est autre qu'un chrétien ordinaire communément appelé . C'est en sa qualité de voisin de la famille éplorée qu'il s'est mobilisé pour diriger le culte. Au lieu du traiteur, ce sont des  bouts de pain secs et du café chaud à la limite sucré qui sont servis à l'assistance. L'ambiance est morose, les mines patibulaires et graves. On s'ennuie et se morfond. C'est chacun qui veut quitter les lieux,  lance un voisin qui se décide enfin de partir. Il est alors 23h.

Ces deux cas de figures illustrent à quel point les veillées mortuaires sont biaisées par la société pour se transformer en des indicateurs d'appartenance et de réussite sociale. Hallucinant !

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