26/01/2011 04:09:05
Ces Camerounais qui arnaquent les diplomates camerounais
Depuis quelque temps, les personnels des représentations diplomatiques du Cameroun en Amérique du nord sont la cible des compatriotes escrocs.
Le Messager
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A l'intérieur du Cameroun, dans les rues de Yaoundé, Douala, Bafoussam, Garoua, etc., on les appelle " feymen ". Ils se définissent comme des " Robin des Bois " des temps modernes version tropicalisée, puisqu'ils prennent " aux riches ". Allure de dandy, un brin playboy et/ou intello, jeunes pour la plupart, ils appartiennent à cette race qui a su, méthodiquement, ternir l'image du Cameroun sur le territoire américain depuis qu'ils y signent de multiples coups de vol et escroquerie. Leur tour de magie de prédilection? Prétendre multiplier des billets de dollars. Habilement, ils choisissent leurs victimes. Celles-ci, charmées à l'idée de devenir millionnaires du jour au lendemain et sans verser une seule goutte de sueur, leur apportent une somme importante d'argent parfois empruntée auprès d'amis. Une fois rendus sur le lieu des opérations, leurs bourreaux se livrent alors à une véritable séance de prestidigitation dont les victimes ne comprendront que longtemps après que son magot se soit évanoui au même moment que les malfrats.

Pierre Emmanuel Jalla, 39 ans, et Jackson Ntonè Ndemba, 36 ans, appartiennent à  cette race désignée au Cameroun par le doux nom de " feymen ", qui signifie " escrocs " ou " arnaqueurs ". Les deux compatriotes croupissent actuellement dans une prison de la New Orleans. Ils sont considérés actuellement comme les figures les plus représentatives de cette race de brigands.

Pour leur malheur -et à contrario, pour le bonheur de leurs potentielles victimes- Jalla et Ndemba sont tombés sur la mauvaise personne. Ils ne savaient pas qu'ils avaient à faire à un agent secret américain lorsqu'ils lui proposent de lui multiplier par deux une mise initiale de 60 000 dollars. Rapidement démasqués, ils écopent respectivement de 33 et 18 mois d'emprisonnement ferme. Leur malheur vient démontrer à quel point les temps sont devenus durs pour nos " feymen " en Amérique. En réalité, on ne compte plus le nombre de ces escrocs camerounais séjournant actuellement dans les prisons américaines. Et comme on pouvait s'y attendre, certains d'entre-eux sont même tués " sur le champ de bataille ".

 

Faux agents du Cener
 
Traqués de toutes parts, ce " Nouveau monde " est rapidement devenu un enfer à telle enseigne qu'ils  ont dû réajuster leur tactique. En fait, ils ont changé de proie et non le fusil d'épaule. Plutôt que de courir encore dans les rues des cités américaines où la police, la loi et, pourquoi pas les gangs, les guettent au " mauvais " tournant, les malfrats écument désormais les salons feutrés et les allées des représentations diplomatiques du Cameroun en Amérique du nord. Ils ciblent ainsi certaines figures du corps diplomatique qu'ils soumettent à un odieux chantage. Ils les menacent de répandre dans la presse, leurs frasques avérées ou non à moins de bénéficier d'une rançon conséquente. Pour pousser leurs proies de mettre la main à la poche, les " feymen " n'hésitent pas à brandir des documents audios ou écrits.

Dans leur méthode d'approche, ils se présentent souvent aux diplomates sous l'identité de jeunes hommes d'affaires camerounais nouvellement arrivés aux Etats-Unis. Ostentatoirement, ils affichent un patriotisme et un militantisme zélés au régime de Paul Biya, ce qui tranche avec le gros lot de la communauté camerounaise dans ces pays. Le tapis rouge leur est ainsi déroulé qui leur ouvre la voie royale à leur sale besogne. Une fois bien " installés " dans la nomenklatura locale, ils commencent l'opération de chantage, en abordant une à une leurs différentes proies. Le coup mord d'autant plus facilement qu'ils prétendent être des agents de la Direction générale de la recherche extérieure (ex-Cener, le service de contre-espionnage camerounais).

Autant le dire, les représentations diplomatiques ne sont que la version en miniature du foyer de tensions et d'intrigues qui brûle au Cameroun. Les réseaux qui se déchirent pour être sous les bonnes grâces de Paul Biya ou pourquoi pas, pour prendre sa succession, n'épargnent pas les ambassades. D'où des fuites d'informations, de rapports en circulation qui finissent par tomber entre les mains des " feymen " qui en profitent pour se faire de l'argent...

Celestin NGOA BALLA, à New-York

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