05/07/2009 17:11:53
Immigration : Au coeur de Paris, le drame des sans-papiers africains
APA – Paris (France) Samedi, 11 heures, en plein cœur de Paris. Le soleil darde ses rayons sur la très célèbre et historique Place de la République. Les allers et venues des uns et des autres rythment le quotidien de la célèbre place. Les manteaux et autres combinaisons lourdes ont disparu avec l’apparition des premières remontées de température, laissant la place à des tenues plus légères. En ce début d’été, les mines sont plutôt réjouissantes.
APA (Agence de Presse Africaine)
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A quelques encablures de cette place, sur la Rue Charlot, trône la Bourse du travail de la CGT occupée depuis plus de quatorze mois par des sans-papiers, principalement originaires d’Afrique subsaharienne. C’est en ces lieux que se joue, depuis quelques jours, un nouveau drame ; celui de l’immigration avec ses nombreux sans-papiers. Avec ses nombreuses conséquences sociales et économiques. Mais aussi humaines.

Délogés manu-militari des locaux du syndicat majoritaire en France qu’ils occupaient depuis le 2 mai 2008 pour exiger leur régularisation, ces sans-papiers ont tout bonnement été abandonnés à eux-mêmes. Livrés à la rue, au trottoir qui leur sert de domicile. Devant, parfois, l’indifférence de certains riverains « fatigués de les supporter ».

Depuis mercredi dernier, à la suite de leur expulsion par les agents de sécurité de la CGT aidés par la police française, ils n’ont plus de toit, si ce ne sont les parapluies et autres couverture de fortune qui en font office. On ne sait même plus combien ils sont. Eux-mêmes ne le savent peut-être pas. 500 ? 1000 ? 1300 comme le nombre de dossiers de demandes de régularisation déposés en préfecture ?

Mais tous savent au moins une chose. Qu’ils ont été jetés en pâture et livrés à la rue par un pays dont ils étaient loin d’ignorer qu’il leur serait si inhospitalière au moment de faire leurs valises pour répondre aux sirènes de l’exode avec ses mirages.

Même s’ils ne regrettent pas d’être « partis à l’aventure », la plupart regrettent par contre le sort qui leur est réservé dans un pays « qui les considère comme du bétail et qui pourtant se glorifie d’être la Patrie des droits de l’homme ».

« Notre situation montre le mauvais visage de la France et ce n’est pas bon pour ce pays. On n’a ni volé ni fait des bêtises, mais on est traités comme des criminels », se désole cette dame malienne qui se fait appeler Mme Soul.

« Nous ne demandons qu’à être tous régularisés afin d’être comme les Français : aller travailler, cotiser, avoir un logement et vivre dans des conditions décentes », déclare-t-elle.

Comme cette dame, la plupart des sans-papiers n’arrivent pas à se remettre de leur cauchemar. Ils se croient toujours entrain de rêver tellement leur situation s’est aggravée en l’intervalle d’environ une heure, mercredi dernier.

Le temps d’aller à leur manifestation hebdomadaire à la Place du Châtelet, les quelques rares occupants qui « assuraient la permanence » ont été délogés à coups de matraques et de gaz. Certains d’entre eux portent encore les stigmates du passage des agents de sécurité de la CGT et de la police.

Seule consolation, ils ont pu, pour certains, sortir leurs affaires désormais entassés sur le trottoir devenu par la force des choses leur nouveau lieu de résidences. Leur nouveau campement de fortune en plein cœur de la « Ville Lumière ».

Un campement où matelas, valises, sacs, nourritures, habits, meubles parfois, et autres effets personnels sont exposés les uns sur les autres.

Assis ou allongés à même le sol, ils sont originaires d’Afrique, et le gros de la troupe vient d’Afrique sub-saharienne. On y retrouve 19 nationalités. Mais les Maliens, les Sénégalais, les Ivoiriens, les Mauritaniens, les Guinéens... constituent l’essentiel d’un bataillon qui, au lieu de vivre, a plutôt du mal à survivre dans une rue très fréquentée qui plus est, en cette période de canicule.

Les femmes, plus fragiles, sont visiblement celles qui en payent le plus lourd tribut. Assises à même le sol, elles essaient comme elles peuvent de se couvrir du soleil. Qui avec un foulard, qui un parapluie, une casquette,… ou tout simplement un morceau de tissu. Avec parfois un môme dans les bras qui tente de tirer du sein de sa maman le peu de lait qu’il en reste encore.

« Il y a avec nous des femmes qui ont des enfants en bas âge et cela a des conséquences pour leur santé parce qu’ils sont très fragiles. Par moments on les confie à des parents, mais comme ceux-là travaillent, on les récupère », précise Mme Soul qui, faute de papiers a été priée par son employeur, voilà deux ans, de choisir soit la démission, soit le travail et la dénonciation qui sera suivie d’expulsion vers le Mali.

Pour manger, c’est la croix et la bannière. Tout ce qui se présente est le bienvenu. La qualité des repas qui leur sont servis ? Ils n’en ont cure. Le plus important, « c’est de pouvoir se mettre quelque chose dans le ventre ».

Car depuis qu’ils ont « occupé » la rue et le trottoir sous la surveillance étroite d’un impressionnant détachement de CRS, ils n’ont plus la possibilité de faire la cuisine.

« On n’a pas la possibilité de préparer à manger. Lorsque nous étions à l’intérieur, ce sont les femmes qui se chargeaient des repas. Là ce sont des Français généreux, des bonnes volontés ou des parents qui nous apportent des repas », déclare Ismaïla Dia.

« Quand la nourriture arrive, tout le monde se rue dessus comme du bétail parce que ça ne suffit pas pour tout le monde. C’est pas tout le monde qui peut manger. Il y en a qui mangent et d’autres qui ne mangent pas », ajoute l’immigré sénégalais.

Lahmad lui, d’origine tunisienne, arrivé en France en 1999, parle de l’impossibilité ni de se laver ni de dormir. La tête couverte à l’aide d’un vieux morceau de tissu il tente de trouver le sommeil. Sous la « supervision » des rayons solaires qui lui brûlent le reste du corps.

« Je travaille la nuit et le jour je ne peux pas dormir. J’essaie de trouver le sommeil mais ce n’est pas possible sur ce trottoir avec tous ces bruits de moteurs et les va-et-vient », révèle t-il précisant que ceux qui sont là la nuit ne dorment pas la nuit non plus.
En fait, beaucoup sont partagés entre la difficulté de trouver le sommeil dans ces conditions et la peur de se voir expulser par surprise du trottoir en plein sommeil. Comme ce fut le cas mercredi dernier lorsqu’ils étaient allés manifester, ignorant que quelque chose se tramait dans leur dos.

Malgré le drame qu’ils vivent en plein cœur de la ville qui leur faisait tant rêver, ces sans-papiers n’entendent pas baisser les bras. Au contraire, ils entendent se battre pour être en règle vis à vis de l’administration « quitte à vivre pendant des mois, voire des années sur le trottoir ».

« On n’est pas là pour détruire la France, mais pour nous en sortir. Au contraire, c’est la France qui se détruit elle-même parce que si on nous régularisait, on ne dormirait pas avec ces papiers. On va travailler et cotiser. C’est mieux que de nous assister, en nous accordant l’aide médicale de l’Etat », déclare Mme Soul qui affirme « qu’on se battra jusqu’au bout ».

« Les Français, quand ils viennent chez nous, ils sont traités comme des rois, mais chez eux, ils nous considèrent comme des animaux », s’émeut-elle.

Landing Diéme

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