28/01/2011 02:52:51
Cameroun: La marche sanglante du nationalisme
Ils sont nombreux ces nationalistes qui, à différents niveaux, ont mené le combat : Bebey Eyidi, médecin de renom à Douala et de milliers d'anonymes arrêtés, torturés, emprisonnés, s'ils ne sont pas bombardés, fusillés dans les villages, étouffés dans les wagons d'un train pour leur militantisme ou seulement leur sympathie  pour  la cause nationale.
Le Messager
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Des  Noirs Américains à la recherche de leurs origines camerounaises ont sillonné quelques-unes de nos villes récemment. Retrouveront-ils vraiment leurs racines ? Les tests "Adn" qui situent ces racines au Cameroun pourront-ils un jour révéler d'où sont partis leurs lointains ancêtres ? En fait, il s'agit là de quelques échantillons résultant de l'histoire tumultueuse, voire sanglante des rapports entre le monde occidental et l'Afrique en général, le Cameroun en particulier.

La découverte de l'embouchure du Wouri en 1472 par les navigateurs-explorateurs portugais a ouvert la voie à une série de tragédies dont la grande  saignée de ces hommes et femmes raptés par les leurs pour être vendus comme esclaves aux négriers européens en échange des produits manufacturés. Ceux-ci allaient à leur tour les placer dans les plantations et les fermes américaines. Ce ne sont pas les différents accords signés entre la couronne britannique et les chefs de la côte dans le but de mettre fin à cet ignoble trafic qui vont arrêter cette hémorragie de notre pays qui perdait ainsi ses ressources humaines. Le fameux traité de Berlin de 1884 viendra à son tour consacrer la partition du Cameroun en deux entités culturelles inégales : le Cameroun francophone et le Cameroun anglophone. Le traité germano-duala de 1884 présenté comme un protectorat va se transformer en une colonisation en règle contre laquelle s'élèvent des souverains locaux tels Madola de Kribi, Martin-Paul Samba d'Ebolowa, Rudolf Douala Manga et Ngosso Din,  Kum'a Mbappè et Dika Mpondo de Douala. L'histoire les retient comme les premiers martyrs du nationalisme camerounais.

Une lutte qui prend de l'ampleur dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Les Camerounais, très tôt, s'insurgent dans l'arène politique après la Conférence de Brazzaville en 1944. Le déclic est donné par un certain Gaston Donnat, instituteur français de sensibilité communiste. C'est lui qui ouvre à Yaoundé, en juin 1944 le Cercle d'études marxistes qui met le pied à l'étrier les premiers leaders syndicaux et politiques dont Ruben Um Nyobè, Charles Assalé et d'autres. On verra fleurir des mouvements tels la Jeunesse camerounaise-française (Jeucafra) de Paul Soppo Priso. Pour élargir sa base, celui-ci tend la main à tous ses compatriotes dont les disciples de Donnat. Le 6 avril 1947, naît le Rassemblement camerounais (Racam), une sorte de parti unique qui, selon Philippe Gaillard, est une « espèce d'Etat en exil intérieur, avec son assemblée élue au suffrage universel, son exécutif et sa fiscalité »

 
On naissait upécistes...

Très vite le Racam est noyauté par les anciens du Cercle de Donnat.  Son secrétaire général est Ruben Um Nyobè.  Mais l'administration coloniale a vite fait de torpiller ce mouvement qui échappait visiblement à son contrôle. L'année suivante, le 10 avril 1948 naît l'Union des populations du Cameroun (Upc) autour d'un autre élève du Cercle : Charles  Assalé.

Les statuts de ce nouveau mouvement portent les empreintes de professionnels de la politique, des Africanistes proches du Parti communiste français. Son objectif est clair : la réunification puis l'indépendance des deux Cameroun. L'Upc s'impose très vite comme la première force politique camerounaise digne de ce nom, la mieux organisée et la plus populaire. Se définissant comme la section camerounaise du Rassemblement démocratique africain (Rda), l'Upc s'attire les foudres d'une administration coloniale qui la met en marge du jeu légal par des trucages électoraux, puis par une implacable répression. Contraignant ainsi ses cadres au maquis et à l'exil.

Malgré la violence aveugle dont l'Upc est victime et l'interdiction qui la frappe, le parti nationaliste est resté longtemps le seul en qui se reconnaissaient l'immense majorité des Camerounais. En croyant l'affaiblir pour l'anéantir, ses cadres, fonctionnaires dans l'administration coloniale, sont dispersés à travers le territoire national. Ce qui ne favorisaient que son implantation et son rayonnement dans les quatre coins du pays. C'est ainsi que Félix-Roland Moumié ira semer la graine du nationalisme au Nord et Abel Kingué à l'Est du pays. Au Cameroun, on naissait upécistes, on ne le devenait pas. Le flambeau passera de génération en génération porté par les Ossendé Afana et bien d'autres. C'est cette flamme nationaliste qui a alimenté la grande collecte nationale qui a permis au secrétaire général du mouvement, Ruben Um Nyobè, d'aller porter la voix du Cameroun sur la tribune de l'Onu en 1952.

Um Nyobè assassiné au maquis le 13 septembre 1958, Moumié empoisonné à Génève en 1960,Abel Kinguè mort en Egypte, Ernest Ouandié revient au Cameroun en 1970 après de longues années d'exil. Mais il se fera prendre dans le Moungo, jugé, condamné à mort puis exécuté le 11 janvier 1971 à Bafoussam. Ce qui fera dire à certains observateurs de la scène politique camerounaise que si Nelson Mandela était Camerounais, il aurait lui aussi fini devant un peloton d'exécution. Ossendé Afana subira également un sort similaire. Il est tombé sans jugement aux alentours de Djoum comme Um Nyobè  à Boumnyébel.

Ils sont nombreux ces nationalistes qui, à différents niveaux, ont mené le combat : Bebey Eyidi, médecin de renom à Douala et de milliers d'anonymes arrêtés, torturés, emprisonnés, s'ils ne sont pas bombardés, fusillés dans les villages, étouffés dans les wagons d'un train pour leur militantisme ou seulement leur sympathie  pour  la cause nationale.

Autant le tribut est lourd, autant les martyrs sont nombreux. Mais la lutte de la libération n'est toujours pas finie. Elle continue dans les labyrinthes des intrigues politiciennes au détriment d'un peuple qui ploie  sous la misère et les affres du néocolonialisme perpétué par des nationaux avides de pouvoir et d'un enrichissement effréné.

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