28/01/2011 03:47:29
Le triomphe du méchoui
La viande grillée va-t-elle devenir le meilleur moyen de faire tomber les dictatures ? Jamais le méchoui humain n’a aussi bien servi à la cause sociale comme ces derniers temps en Afrique en général et  au Maghreb en particulier où la rue arabe sent le roussi...
Le Messager
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Tu es mécontent de tes conditions de vie ? Tu es un diplômé sans emploi à qui l'on refuse même une place au trottoir pour trouver de quoi faire bouillir la marmite ? Pas de problème : Transforme-toi bien fait vite fait en 'kirichi' et le tour est joué. Sceptiques, les asticots en conférence autour de ton corps carbonisé se demanderont par quel bout déguster ce client qui sent le brûlé. Mais tes oppresseurs ne te chasseront plus du bout de pavés sur lequel tu négociais ta survie au quotidien.

Avis à Paul Eric Kingue (Photo). Mais quelle mouche l'a piqué de vouloir devenir une torche incandescente sur les pages noires du mal être camerounais ? Gars, tu veux t'immoler du fond de ta prison ? Demande à Tara, mon ami personnel. Ndinga man te dira que dans la vie, il vaut mieux éviter  la surface de réparation du système et de son régime actuel.

"Naïvement " tu as mis les pieds dans la fourmilière par excellence de la françafrique. Njombe-Penja où tu es le maire est la chasse gardée d'un groupement d'intérêts qui contrôlent le Cameroun. Tu aurais été mieux avisé de comprendre que même la banane la mieux cotée au monde, cultivée dans les plantations de ce 'no mans land', par des ouvriers au dessous du Smig, est interdite de consommation pour les camerounais. Bon, le ‘mal' est fait. "You chercha, you trouva ", disait ton co-cellulaire.

Mbombo, tu n'as pas besoin de t'immoler. Les autres t'aideront à griller. Ils vont te rôtir. Te chauffer à blanc ; te bouillir. Te voir rissoler de sang et te laisser mijoter dans ton jus comme l'os de Mor Lam. Le bûcher est déjà allumé pour que Lapiro et toi serviez d'holocauste. Vos tripes de nationalistes nourriront la peur de ceux qui ont cassé leur miroir pour fuir leur image.

Te souviens-tu, Mbombo ? Il y a trois ans, la rue prit feu au Cameroun.

Le syndicat des transporteurs routiers avait annoncé une grève pour protester contre les prix du carburant qui ne cessaient de grimper. Une inconnue toutefois : seul un magicien aurait  présagé que ce seraient plutôt de jeunes gens qui prendraient l'affaire en main et récupéreraient la rue. Ils avaient faim.  Aujourd'hui cette bombe sociale a toujours faim malgré les promesses...

Du 25 au 29 février, plusieurs villes du Cameroun se sont embrasées. Avec son lot de vandalisme et de pillages. Pour la première fois, Yaoundé, la capitale qui, lorsqu'elle "respire le Cameroun vit ", est prise dans la tourmente. Le feu brûle à l'entrée du palais d'Etoudi. La jeunesse venait d'allumer la torche qui éclaire aujourd'hui la rue arabe et calcinera tous ceux qui s'y frottent et s'y piqueront...

Toutes les dictatures, qu'elles soient molles ou de type radical se valent. Le rapport que le président Paul Biya reçoit en février 2008 de ses collaborateurs avait laissé croire que l'explosion de colère est un complot de ses adversaires politiques pour le renverser.

Il va par conséquent réagir ‘naïvement' au cours d'une allocution musclée. Selon lui, "pour certains, l'objectif est d'obtenir par la violence ce qu'ils n'ont pas eu par la voie des urnes, c'est-à-dire par le fonctionnement normal de la démocratie. (...) Les apprentis sorciers qui, dans l'ombre, ont manipulé ces jeunes, ne se sont pas préoccupés du risque qu'ils leur faisaient courir en les exposant à des affrontements avec les forces de l'ordre ".

Mais 'Nnom Nguii' va se raviser, ayant compris après coup que les jeunes n'étaient guidés que par la faim et la misère cancéreuse qui les ronge. Il va même décréter pour eux des mesures de clémence et décider une série de mesures pour lutter contre la vie chère.

Âgé de 74 ans, le chef de l'état tunisien, au pouvoir depuis 23 ans, s'est comporté de la même façon. Ben Ali devait faire modifier la constitution pour pouvoir se représenter. Mais la rue l'a rattrapé du coté où il s'attendait le moins.

Dérouté, manifestement mal informé par ses collaborateurs, il a dénoncé des "actes terroristes impardonnables perpétrés par des voyous cagoulés." Le fuyard d'aujourd'hui n'a pas eu de mots assez durs pour qualifier "ceux qui veulent porter atteinte aux intérêts du pays, ou manipuler notre jeunesse". Il a accusé des "manipulateurs" "n'hésitant pas impliquer nos enfants dans des actes de vandalisme et de destruction en diffusant des slogans et des informations mensongères". Il a même incriminé des "éléments hostiles à la solde de l'étranger".

Ben Ali se ravisera plus tard, trop tard et plusieurs morts après, en formulant ses "regrets pour les décès et les dégâts", ainsi que sa "compassion à l'adresse des familles" endeuillées. Il demandera à son premier ministre de baisser les prix "des matières essentielles" comme le pain, le lait et le sucre.

Ben Ali a également promis la création de 300.000 emplois en deux ans ! "Cet effort permettra de résorber, avant la fin de 2012 (oui, avant la fin 2012, je m'y engage), tous les diplômés du supérieur dont la durée de chômage aura dépassé les deux ans".

Minal...mi ! Mensonges...L'agonie du régime tunisien était déjà inscrite sur les tablettes de son destin.

"Mektoub", disent les arabes...

Aujourd'hui, toutes les dictatures du monde observent de près et avec inquiétude ce qui se passe dans les rues de Tunisie, d'Algérie, d'Egypte, mais aussi au Gabon, au Maroc et dans les prisons du Cameroun où, d'Edzoa Titus à Paul Eric Kingue, de Lapiro de Mbanga à Fordjindam, des emmurés vivants meurent dans un silence assourdissant, brûlés par le soleil noir des injustices d'un système qui broie l'homme...

Dans les palais désormais, de Moubarak à Bouteflika, de Mohamed VI à Obiang Nguema (Tara, tu 'hia' toi aussi non ? la liste est trop longue pour cet espace). Dans les palais on se serre les fesses et on concocte des parades, des stratégies, des embuscades, des mises à l'abri de "lingots d'or", véhicules luxueux, bijoux, fonds, etc.

Pour le cas où, sait-on jamais, quelques lanceurs de pierre portés par des immolés que nous sommes tous en puissance, décideraient de défier les mitraillettes et canons à eau...

Bon vendredi et à vendredi

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