31/01/2011 17:21:53
Sommet de l'UA: Douche froide pour Sarkozy Addis-Abeba
Arrivé en Ethiopie au sommet de l'Ua, Sarkozy était allé imposer le dépeçage de la Côte d'Ivoire.Mais cette fois-ci, l'Afrique lui a donné une leçon de dignité.
Le Temps
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L'Ua n'est pas la Cedeao que la France manipule à sa guise. Sûrement qu'après ce dernier sommet de cette organisation panafricaine à Addis-Abeba, le Président français qui s'y est invité bruyamment, se rend à l'évidence que les choses ont changé en Afrique. Plus clairement, un soleil nouveau brille sur le continent. Sarkozy y était pour défendre ou même imposer la position de Paris dans la crise ivoirienne. A savoir le départ de Gbagbo par tous les moyens, y compris l'option militaire que la France prépare en sourdine à Bouaké, la capitale de la rébellion. A défaut de se mettre officiellement au-devant, à part bien entendu les vains et ridicules ultimatums, il a presque juré d'actionner les autres chefs d'Etat africains contre Gbagbo. C'est pourquoi, il est allé à ce sommet avec une délégation de 60 personnes issues de presque tous les secteurs d'activité de la France. Diplomates, hommes d'affaires, économistes... tout y a été mis pour avoir la tête du « gênant » Gbagbo à Addis-Abeba.

A la Cedeao, un coup de fil suffit à Blaise Compaoré et à Wade pour qu'ils s'exécutent. Avec eux, il n'a donc aucun effort à faire. Ce sont justes des moins que rien. Ce qui n'est pas le cas pour le reste de l'Afrique. Surtout l'Afrique de l'Est et l'Afrique australe qui ne vivent pas dans un état de dépendance vis-à-vis de la France. Sarkozy a alors mis la barre très haut. D'emblée avant le sommet, il annonce l'annulation de la dette du Malawi. Un vrai appât, étant donné que c'est le Président de ce pays Magwari Bingou Wa Mutharika qui est le Président de l'Union. Sarkozy sait aussi que depuis plusieurs années, des pays africains comme l'Afrique du Sud, le Nigeria, l'Angola frappent à la porte du Conseil de sécurité de l'Onu. Avec le Nigeria, il n'a pas de problème. Puisque Goodluck fait partie de ceux qui veulent venir faire la guerre à la Côte d'Ivoire. Sarkozy a jeté alors son dévolu sur l'Afrique du Sud et l'Angola deux géants militairement et économiquement. Et qui sont des soutiens de poids à la Côte d'Ivoire. Il a mis de ce fait sur la table de l'Ua, des propositions très alléchantes. Il s'agit entre autres, d'une réfonte de l'Onu avec l'entrée de l'Afrique au Conseil de sécurité. C'est en grande partie l'Afrique du Sud et l'Angola qui sont visés par le Président français pour la circonstance.

Malheureusement pour lui, son séjour africain a été un véritable fiasco diplomatique. L'Afrique n'a pas mordu à ses ruses et a refusé de lâcher la Côte d'Ivoire dans ses griffes. Une humiliation pour Sarkozy qui voit ainsi, ses intenses activités souterraines auprès des chefs d'Etat africains sans véritables succès. Le week-end dernier, en Ethiopie, l'Union africaine a opté pour l'envoi en Côte d'Ivoire de cinq chefs d'Etat africains pris dans chaque région du continent pour voir ce qui s'est réellement passé. Ce panel a juste un mois pour rendre ses conclusions. Ce qui n'est pas fait pour plaire à Paris. Mais comme là, c'est le temps de la diplomatie, l'Elysée donne l'impression d'applaudir cette initiative émanant de l'Afrique digne. En clair, l'Afrique prend le dossier ivoirien en main. Et c'est un message clair qui est envoyé à Paris qui a fait du départ de Gbagbo du pouvoir, une affaire d'Etat. Depuis quasiment deux mois, la France vit au rythme de la crise ivoirienne. Pas une cérémonie, pas une sortie d'un officiel de l'Etat sans envoyer une pique, une menace, ou un ultimatum au pouvoir ivoirien. Au point de choquer au final l'opinion africaine. Car dans l'histoire des élections en Afrique, c'est quasiment la première fois que le monde constate un tel acharnement contre un Président démocratiquement élu. Ce qui veut dire évidemment qu'il y a des non-dits dans l'acharnement de Paris contre Abidjan. « Il y a une dizaine d'élections cette année en Afrique. Quel message allons-nous envoyer » ; s'est plaint le vendredi dernier, un diplomate africain en poste dans la capitale éthiopienne. En réalité, dans la crise ivoirienne, l'Ua se rend compte qu'elle a été induite en erreur par la France, l'Onu et la Cedeao. Elle se rend même à l'évidence qu'elle est allée un peu vite en besogne. Alors que la réalité est tout autre. C'est cette vérité que le monde commence à découvrir dans ce qu'il est convenu d'appeler « la mascarade du Golf Hôtel ».

Lorsque le quotidien parisien du soir « Le Monde » l'un des porte-voix de l'Elysée écrit que le front africain anti-Gbagbo se fissure, c'est de la réalité. Mais le confrère hexagonal n'a pas le courage d'aller un peu plus loin pour reconnaître que c'est l'opinion africaine que la presse française a intoxiqué qui découvre la vérité. Et il n'y a pas qu'en Afrique. Même en Occident, des fronts anti-Gbagbo commencent à se fissurer. Les opinions se rendent de plus en plus compte qu'elles ont été bernées dans cette affaire par Paris qui voudrait voir Ouattara diriger la Côte d'Ivoire. Mais comme le dit le chef de l'Etat, le temps l'autre nom de Dieu, a fait son effet. Et la France est tombée plus bas en Afrique.

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