02/02/2011 01:54:01
Un entretien avec Paul Eric Kinguè (ex-maire de Njombé-Penja)
" Je quitterai ce monde, mais mon départ permettra que pareilles dérives ne soient plus tolérées. "
Le Messager
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Condamné à six ans de prison dans le cadre des émeutes de la faim de février 2008 puis à dix ans pour détournement de 1.400.000 Fcfa, l'ex-maire  de l'arrondissement de Njombé-Penja que nous avons rencontré à la maison d'arrêt de New-Bell a le ciel en courroux.  Dans cet entretien qu'il a bien voulu nous accorder, Paul Eric Kinguè qui pense que les décisions rendues  par la justice comportent tout, c'est-à-dire la philosophie, la psychiâtrie, les sciences occultes, l'histoire, la préhistoire, sauf les faits prouvés et le droit, réaffirme sa volonté   de s'immoler  avant la présidentielle de 2011.

Deux ans après votre condamnation en rapport avec les émeutes de février 2008, vous venez, une fois encore, d'être condamné à dix ans d'emprisonnement ferme. Quelle est votre réaction ?

Ma réaction est celle d'un Camerounais déçu par son pays, un Camerounais broyé au su au vu de tout le monde, un Camerounais à qui visiblement, on a refusé la justice, sans que cela n'émeuve aucun responsable de la République , alors même que je suis un élu qui a loyalement servi la collectivité dont j'avais la charge d'une part, et d'autre part, un militant loyal du Rdpc qui, qu'on le veuille ou non, a contribué de façon significative aux victoires de son parti depuis 1995.

Voulez-vous dire que vous vous sentez lâché par vos camarades d'hier ?

Je ne me sens pas lâché, mais je dis être exclu de la justice, d'une justice tel que chaque Camerounais aimerait qu'elle lui soit appliquée. Je suis, en terme clair, victime d'une persécution, je voulais dire une liquidation politico-judiciaire qui ne s'explique pas. Voyez-vous, depuis bientôt trois ans, malgré des dizaines de courriers envoyés aussi bien au président de la République qu'à ses collaborateurs parmi lesquels le vice-Premier ministre chargé de la justice visant à attirer leur attention sur l'acharnement judiciaire dont je suis victime, tout se passe comme si personne ne se sent concerné par mes cris de cœur, confirmant ainsi un vaste complot bien ourdi à tous les niveaux de la République dont l'unique objectif est de me détruire. Pourtant, je ne suis pas Congolais et donc, j'ai le droit d'exiger de mon pays, en tant que citoyen sans histoire jusqu'au jour de mon interpellation, la justice et rien que la justice.

Avez-vous le sentiment que la justice vous est refusée ?

Oui, elle m'est refusée. Je pense même qu'elle m'est prohibée. J'en veux pour preuves ces persécutions dont ma famille et moi sommes victimes. Souvenez-vous qu'il y a quelques mois, c'est ma sœur aînée qui était interpellée, puis placée sous mandat de dépôt à la prison centrale de Nkongsamba où elle a passé plus d'un mois. Dans mes alentours, mes conseillers municipaux, à l'exemple de sieur Jacques Njanga, actuellement incarcéré à la prison centrale de Nkongsamba, Ngallè Mousso Mbo, Moumé Noé et d'autres sont persécutés voire terrorisés par le parquet du Moungo, sans que cela attire l'attention des responsables en charge de la justice à Yaoundé, malgré de multiples saisines par moi, de la chancellerie. Plus grave, les décisions rendues dans les affaires pour lesquelles je suis condamné depuis deux (02) ans relèvent purement d'une alchimie dont détiennent seuls les secrets les juges qui les rendent.

En clair, les décisions rendues comportent tout, c'est-à-dire, la philosophie, la psychiâtrie, les sciences occultes, l'histoire, la préhistoire, sauf les faits prouvés et le droit. Malgré mes cris à ce propos, nul ne se sent concerné à Yaoundé. N'est-il pas du devoir des autorités judiciaires centrales de se pencher, au cas où un Camerounais se sent lésé, sur des abus dont il est victime ? N'est-il pas du devoir de l'Etat de protéger ses citoyens en accordant à tous et à chacun l'égalité des chances dans la société ? Combien de temps Yaoundé gardera-t-il les yeux fermés sur les abus, les violations ostentatoires et répétitives, des dérapages et surtout de la corruption dans laquelle sont englués les magistrats de Nkongsamba ? Pourquoi ne dois-je pas me sentir exclu de la justice de mon pays quand sans aucun élément de preuve, je suis aveuglement condamné dans nos juridictions ?

Pour revenir au jugement rendu à Nkongsamba le 14 janvier dernier me condamnant à dix ans de prison pour une somme de 1.400.000 (un million quatre cent mille) Fcfa, aucune preuve matérielle n'a été versée au dossier de procédure à Nkongsamba. Je dis bien aucune, même pas un "papillon" sur lequel les juges se sont appuyés pour me condamner. Où va-t-on dans ce pays ?

Je mets au défi ces magistrats, de montrer une seule pièce prouvant que j'ai perçu, obtenu ou retenu le moindre centime à la commune de Penja. S'ils apportent cette preuve, c'est volontairement que je demanderai d'être condamné à vie, car comme vous le savez, le détournement de la somme de 500.000 (Cinq cent mille) Fcfa expose à une peine à vie tel que stipulé à l'article 184 du code pénal camerounais, ceci dit, autant je suis d'accord d'être condamné à vie si j'ai détourné, autant  je dois être condamné si et seulement si le détournement est prouvé. Les preuves ne se construisent pas mentalement par raisonnement. En matière financière et comptable, les preuves sont matérielles. Je viens d'être illégalement condamné du fait de la construction mentale de preuves d'un groupe de juges qui n'ont aucune pièce m'incriminant ni pour le détournement, ni pour le faux en écriture publique.

Quel serait l'intérêt pour un maire d'imiter la signature d'un préfet ? Le préfet est-il ordonnateur du budget communal pour que sa signature intéresse le maire ?

Ce sont de graves déclarations...

Elles sont la vérité même. Et la vérité est que c'est sous la pression de la corruption par les bananeraies que je suis condamné. Les magistrats du Moungo n'ont plus aucun sens du devoir, encore moins de l'honneur. Les arrestations là-bas sont payantes en monnaies sonnantes. Les relaxes aussi, et ce, au vu et au su de tout le monde. Pour vous en convaincre, lisez les décisions qu'ils rendent. Elles sont de véritables acrobaties mentales et philosophiques qu'on ne voit nulle part ailleurs, qui embarrasse la plupart de temps leurs collègues de la Cour d'Appel. On a parfois envie de demander si ces magistrats sont allés dans la même école que plusieurs de leurs collègues. Je pèse mes mots et mettrai dans un proche avenir, la décision rendue à Nkongsamba à votre disposition. Avec de tels magistrats, pensez-vous que le Cameroun peut attirer les investisseurs ? Certains Camerounais se comportent comme s'ils tiraient du plaisir à voir détruire ce bel héritage qu'est notre pays.

Entendez-vous interjeter appel et quelles sont vos projections ?

J'ai déjà interjeté appel et la seconde étape est de m'immoler ou me suicider si d'ici les élections prochaines, une justice juste et équitable n'est pas dite dans ces affaires qui ont désormais injustement scellé ma vie. A quoi cela sert-il de vivre dans un monde où nul n'est préoccupé par les dérives de nos institutions judiciaires ? Ma vie ne compte plus, à cet effet, je suis convaincu qu'en y mettant un terme de quelque manière que ce soit, cela pourrait aider des centaines de Camerounais détenus injustement dans nos geôles à bénéficier désormais de l'attention des autorités en charge de la justice. Comme en Tunisie où tout a commencé par le jeune qui s'est immolé, et sans souhaiter que le scénario tunisien se transporte au Cameroun, je suis préparé à quitter le plancher, si les portes d'une justice équitable, fondée sur les preuves ne me sont pas ouvertes dans les prochains mois. Je ne demande que justice et rien d'autre. Il n'est pas utile qu'on me parle des voies de recours, parce qu'entre temps, malgré ces recours, je serai toujours innocemment gardé en prison, victime de dilatoire comme c'est le cas dans le dossier lié aux émeutes de février 2008.

Savez-vous qu'un troisième dossier a été initié contre moi, par ces juges incontrôlés et incontrôlables de Nkongsamba, qui visiblement, sont spécialement autorisés à être corrompus ? Cette autre affaire porte sur un présumé détournement de 4.500.000 (quatre millions cinq cent mille) Fcfa ? Dans ce troisième dossier, j'ai même été renvoyé au tribunal sans information judiciaire, pourtant obligatoire en cas de crime ; voyez-vous l'état de pourrissement avancé de notre justice ?

Je quitterai ce monde bientôt, mais mon départ permettra, sans doute, que pareilles dérives ne soient plus tolérées. Je suis entré en prison injustement au nom des émeutes (février 2008), j'en ressortirai sans doute emballé dans un drap, par des émeutes post mortem. Pour avoir seulement voulu travailler honnêtement, les immortels ont scellé ma vie. Oui, ils m'ont condamné, mais Dieu ne m'a pas condamné. Très bientôt, il me prendra sous ses ailes, en me sortant de ce monde où la justice camerounaise est affectée dans les bananeraies françaises, pour la protéger contre quiconque ferait comme Paul Eric Kinguè.

De quoi parlez-vous là ? Voulez-vous vous donner la mort ?

Oui, oui, oui ! La vie mérite-t-elle d'être vécue dans un monde où certains pensent avoir obtenu de Dieu le droit de vie ou de mort sur les autres ? Quel plaisir tire-t-on dans un monde injuste, où les juridictions chargées de rendre justice se sont radicalement versées dans l'injustice ? Et ce, dans l'impunité totale ? Suis-je le premier à le relever ? Le président de la République en son temps ne l'a-t-il pas dit et redit ? Le premier président de la Cour Suprême ne l'a-t-il toujours pas déploré dans ses différentes communications ? Mes procès n'auraient-ils pas permis que les autorités en charge des affaires judiciaires au niveau central (Conseil supérieur de la magistrature, secrétaire permanent du Csm, le vice-Pm et autres vérifient la véracité de mes dénonciations ? Qui peut accepter de voir sceller sa vie sans la moindre preuve ? Vous resterez le moment venu tenir vos conférences explicatives comme vous l'avez fait pour Bibi Ngota, mais jamais, je n'accepterai vivre une telle injustice.

Dix  ans de prison pour 1.400.000 Fcfa que je n'ai jamais perçus ? Six ans de prison pour des émeutes que je n'ai jamais instiguées ? Qui accepterait une horreur politico-judiciaire pareille ? Vous assistez régulièrement au procès sur les émeutes à la Cour d'Appel du Littoral. Aucun témoignage contre moi. Les juges en sont aujourd'hui à chercher qui j'ai salué il y a dix ans ou non, comme si l'inimitié avec mes adversaires politiques fait de moi un criminel. Plus grave, ils sont réduits à demander pourquoi je n'ai pas empêché les émeutes à Penja., comme si les émeutes avaient commencé à Penja où je n'avais que quatre gendarmes. Quels moyens humains et matériels avais-je ? Pourquoi le sous-préfet ne comparait-il pas pour n'avoir pas lui aussi, empêché les émeutes à Penja ? L'imagerie populaire ne dit-elle pas qu'il est le représentant personnel du chef de l'Etat dans sa circonscription ?

Tous les colonels et généraux que compte Douala, ajoutés aux chars et bateaux de guerre ont-ils empêché qu'il y ait des émeutes à Douala ? Malgré ces émeutes, les maires, sous-préfets et préfets de Douala ont-ils été traduits devant les juridictions pour n'avoir pas empêché qu'il y ait des émeutes dans leur ville ?

Aujourd'hui, à la Cour d'appel, on ne dit plus que c'est moi qui ai envoyé casser, faute d'éléments. On n'y fait de l'histoire, de la préhistoire sans que les juridictions aient vocation à faire de l'histoire qui relèvent du domaine des historiens. Voilà comment elle va, la justice du Cameroun, celle-là même qui devait aider les politiques en général, et le chef de l'Etat en particulier à attirer davantage d'investisseurs pour éradiquer le chômage et la misère dans laquelle vivent les Camerounais au quotidien. Comme celui qui m'a précédé en Tunisie, je sortirai bientôt la tête haute de cette scène de corrompus, où m'ont jeté des magistrats sans scrupule, embourgeoisés par une bande de maffieux, spolieurs des richesses des populations de Njombé-Penja, paradoxalement ensevelies dans une misère inégalable que vos dirigeants expliqueront dans les points de presse après ma révérence prévue avant les élections présidentielles de 2011. C'est peut-être notre dernier entretien.

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