03/02/2011 01:25:22
L'irruption des nouvelles révolutions populaires non dogmatiques.
Maintenant l'Egypte, bientôt...
Le Messager
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La démocratie, déclare un manifestant égyptien, est le plus sûr des investissements, pendant qu'un autre, marchant et criant à perte de voix, annonce le programme : " Nous sommes engagés dans un processus historique. Nous sommes en train de changer l'Egypte, de changer son histoire, de changer son image. Nous sommes les enfants de l'Egypte et nous allons tout changer. Nous allons changer le président, changer le parlement, changer la constitution, changer le gouvernement, changer le Premier ministre. Nous ne voulons plus de Moubarak, de son clan et de sa famille. Ils doivent tous être jugés pour nous avoir plongé pendant 30 ans dans la misère ".

La tentation habituelle des médias totalitaires et des élites bouffonnes des régimes sales, plus enclins à la manipulation, au mensonge et à l'auto satisfaction, n'est plus appropriée dans l'actualité immédiate du monde. Nous sommes dorénavant placés devant une alternative simple et claire : changer dès maintenant de façon pacifique selon une transition ordonnée, ou subir les affres d'une violente révolution dont seuls les citoyens révoltés constitués en pouvoir de la rue, contrôlent l'agenda.

Ce qui a commencé en Tunisie, ébranlé l'Egypte, secoué le Yémen, l'Algérie, la Jordanie et bientôt une succession d'autres citadelles totalitaires trentenaires marque un tournant déterminant, dans le cycle des mutations institutionnelles du monde. Pour comprendre, il ne faut pas se limiter à une lecture événementielle des situations. Il faut approfondir la réflexion et convoquer le bilan politique et diplomatique des propositions, des échecs et des réussites dans les efforts de réponse aux aspirations des peuples de la périphérie depuis 1960. Monsieur Moubarak peut enfin se résoudre, contraint et forcé, de parler d'une révision constitutionnelle à reculons, en somme d'une réparation de la faute, d'un effacement des dispositions qui faisaient de lui un président à vie, mais tout cela à quelle heure donc ? Ce n'est pourtant pas ce que veut le peuple. C'est sa chute, son arrestation et son jugement, qui sont au cœur du programme.

Trop d'enjeux se mettent en place, sortis non pas des siècles, mais de quelques années de bêtises, d'inattention, d'incohérences, d'indécences.

A – Culture de faux symboles et humiliation des valeurs primaires

Le plus amusant dans les articulations révolutionnaires en cours, c'est le souvenir que chacun peut avoir, des motions de soutien, des scènes de bénédiction, des agapes folles de quelques élites foutues et pourries, au nom des détenteurs du pouvoir et des princes. On a de la peine à croire, que pareil retournement se produise, renverse les arbres et défonce les institutions qui hier, apparaissaient intouchables.

En fait, ce qui est en cause, c'est la lassitude, la fatigue, et le désespoir devenus la force d'acceptation de tous les sacrifices, pour mettre à mort les régimes, défaire les clans et les réseaux. Il n'y a plus rien d'idéologie ici, il n'y a que la colère et la demande d'un mieux être au plus simple de l'expression. Ce n'est ni une affaire de partis politiques, ni une affaire d'intellectuels, de docteurs, d'ingénieurs et de tous ces ronflants et gonflants prétentieux en costumes et cravates. Ce qui est en cause, c'est la quête d'une nouvelle vie où chacun puisse enfin se reconnaître et se sentir être humain, citoyen, père et mère dans un monde moins effrayant et moins pollué par des individus qui se croient envoyés par Dieu pour gérer les gens comme ils veulent, dilapider les ressources comme bon leur semble, mourir au pouvoir et se faire succéder par leurs fils et épouses.

A Tunis, ce n'était ni la colère d'un instant, ni la rancœur d'un jour. Au Caire, ce n'est ni une simple revendication, ni une fugue de citoyens alcooliques. C'est grave et même très grave. Les citoyens se lèvent et découvrent qu'ils n'ont été que des esclaves, face à un maître toujours impeccable, tranquille et sans soucis que la télévision présente, vante et impose comme un seigneur au-dessus de tous les seigneurs. C'est cela, qui a mis les citoyens dans la rue, car ils ne comprennent point que d'autres souffrent et doutent, pendant que quelques uns, un clan, un individu et sa descendance, jubilent, coulent la vie douce, et prétendent y rester.

N'allez pas demander au peuple de la rue quel est le programme. Ne troublez pas la conscience des citoyens en colère avec des plans, des projets. Les idéologies des grands intellectuels n'ont pas de chance ici, ni de raison d'être vraiment. Les débats sur les thèses, synthèses, hypothèses et anti-thèses sont nuls, sans objet. Chaque citoyen peut savoir, à tout moment, si son pays est bien géré ou pas ; si le gouvernement est celui du peuple pour le peuple ou non, et si le gouvernement émane du peuple, ou non. Il n'y pas besoin de lire la constitution, ni des grands documents. Il y a tout juste le bon sens qui consiste à vérifier si on mange à sa faim, si l'on reçoit des soins de santé à l'hôpital quand on est malade, et si un enfant peut aller à l'école, grandir dans le pays et avoir confiance de réussir sans discrimination ou pas.

B – La Plus grande des forces est dans la rue, et la vérité est finalement celle d'en bas et non celle d'en haut

La course s'anime, et l'on voit comment quelques compétiteurs mal préparés et enfoncés dans des idéologies arriérées, peinent à prendre le départ. Sondez et vérifiez chez les puissances, et l'on voit l'Amérique demander pour l'Egypte, une transition immédiate. Obama est resté dans la tradition de la lecture stratégique machiavélique qui ne veut pas d'alliés en difficulté. Le président américain a réagi immédiatement au discours télévisé de Moubarak, et a demandé une transition immédiate. A Paris, on cherche encore le fil, le verbe, la voie et la voix. Toutes ces puissances demeurent enfermées dans des profilages du monde élaborés sur des certitudes dépassées.

De tout temps dans l'histoire, la rue a pourtant parlé. La rue a fait partir Richard Nixon, contraint le Général De Gaulle à la retraite, obligé Mikhail Gorbatchev à désintégrer l'Union des républiques socialistes soviétiques, changer le destin de la Pologne et intronisé Lech Walesa.

Ce qui attend le monde dès maintenant, est une révolution des nouveaux citoyens qui ne connaissent de limites dans le sacrifice, que la hargne de satisfaction de leurs exigences des constitutions propres, des dirigeants patriotes, honnêtes, humbles et travailleurs. Toutes les armées du monde réunies sont insignifiantes par rapport à tous les peuples de la rue.  " Prolétaires du monde entier, unissez-vous ", lançait Karl Marx. En sommes-nous si éloignés en Egypte et ailleurs ? Sacrés Marxistes ! On a encore rien vu.

Il faut s'attendre à une configuration diplomatique mondiale d'une exceptionnelle clarté, dans la décennie qui vient de commencer. Si 1990 avait été la décennie des premières élévations de la contestation de l'ordre politique et idéologique issues de la guerre froide en tirant les justes conséquences de la chute du mur de Berlin, il est établi que seuls les peuples d'Europe en avaient capitalisé le bénéfice réel. Chez nous, partout dans la périphérie, dynasties, monarchies, autocraties et dictatures, avaient juste plié sous les tintamarres des conférences nationales mal préparées, mais n'avaient pas rompu. La Tunisie et l'Egypte annoncent le nouveau cycle, celui d'une renaissance qualitative des forces populaires expérimentées, résolues, et aguerries par la misère, l'insolence des pouvoirs sales, et le chantage inacceptable des potentats fringants.

De Washington à Moscou, de Paris à Lisbonne, et de Genève à Londres, le constat risque d'être bientôt très amer, si le langage ne s'adapte pas aux réalités des révolutions non dogmatiques, dont nous ne voyons maintenant que le tout petit bout. Ce qui se prépare prendra des allures de cataclysme, et contrairement à une analyse insensée de quelques stratèges incompétents, les monarchies ne sont pas à l'abri, ni le Maroc, ni l'Arabie Saoudite. Les peuples en veulent en fait à tout ce qui est immuable, à tout ce qui n'intègre pas une alternance démocratique, à tout ce qui instaure et installe des règnes claniques et familiaux, à tout ce qui dure trop longtemps, car à la vérité, le concept banal d'un chef d'Etat qui dépasse une décennie au pouvoir, est insultant pour la conscience collective et pour l'intelligence humaine. Peu importe alors le bilan./.

Shanda Tomne

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