07/02/2011 00:22:48
Pour propos irrévérencieux: Paul Biya chasse le Dg de la Cotco du Cameroun
Depuis le début de l'année 2011, la Cameroon oil transportation company (Cotco) est dirigée par un intérimaire du nom de Jacky Lesage. Son désormais ancien directeur général, M. Peter Matthys, a été prié par la Snh , sur instructions du président de la République , de quitter le Cameroun et de ne plus y remettre les pieds.
Le Messager
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Auparavant, en novembre 2010, le ministre de la Santé publique avait ordonné la suspension d'un Centre médical dénommé Ohséa, créé dans l'entreprise, en toute illégalité par cinq praticiens, " à la demande et avec la participation active et effective " de l'infortuné, indique le rapport d'enquête du Minsanté, " et pour des raisons financières ".  L'ordre des médecins du Cameroun avait emboîté le pas à André Mama Fouda (photo), en enjoignant le 06 décembre 2010 aux cinq médecins de "cesser toute activité médicale, en attendant les suites de cette affaire en conseil de discipline pour répondre de plusieurs charges assez graves contre eux, dont celle de l'exercice illégal de médecine" (correspondance du représentant de l'ordre pour le Littoral).

Concurrence déloyale

Au commencement de l'affaire se trouve la détermination de Peter Matthys à se défaire unilatéralement d'un contrat de prestations sanitaires au profit du personnel de la Cotco , contrat qui le lie au centre médical " Médico Sa " du Dr Protais Atedjoé. Pour des raisons d'intérêts sans doute, le directeur général de la Cotco encourage les cinq médecins qui jusque-là étaient collaborateurs du Dr Atedjoé, à créer le centre Ohséa en concurrence déloyale avec " Médico Sa ", et manifestement, selon l'entourage du Dr Atedjoé, dans l'intention de reprendre à leur compte le contrat de prestations de ce dernier. On indique ici qu'à peine créée le 27 août 2010, la nouvelle structure avait déjà au 1er septembre (un mois d'intervalle) signé avec le Dg de la Cotco , et de gré à gré, un contrat ferme de trois ans d'une valeur de 648 millions fcfa, renouvelable pour deux ans. Les bénéficiaires avaient même au passage proposé au dg, l'externalisation de la fonction du directeur de la Santé de l'entreprise (qui se trouvait alors hospitalisé à l'étranger), un acte qui équivaudrait à la suppression du poste et donc au licenciement de son titulaire. Le dg s'était par ailleurs engagé à créer en pleine ville de Douala, un centre équipé et gratuitement offert à Ohséa pour son siège.

Surpris et écœuré par ces agissements qui lui enlèvent trois quarts les _ de ses collaborateurs, le Dr Gervais Atedjoé, toujours  sous contrat avec la Cotco , va initier une double plainte en direction du ministère de la Santé et de l'ordre national des médecins du Cameroun (Onmc). Sur quoi le ministre et l'ordre vont ordonner chacun une enquête sur la situation dénoncée. Celle de l'ordre va conclure, comme indiqué, au constat de l'exercice illégal de médecine par les cinq dissidents qui n'étaient autorisés à exercer en clientèle privée qu'au centre " Médico Sa ", et dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée. Celle du ministre de la Sante établit, non seulement que les cinq médecins de Ohséa se sont déployés sur les sites des opérations de la Cotco (Douala, Belabo et Dmpte) sans aucun préavis adressé à leur précédent employeur, mais encore que la nouvelle structure " n'est ni connue, ni reconnue dans les services, et ne possède aucun agrément avec le ministère ".
 
Violation de l'éthique et outrage

Suit donc la réaction du ministre Mama Fouda, qui écrit à Peter Matthys en ces termes : " ...Il s'agit (...) non seulement d'une pratique illégale de la médecine en clientèle privée, mais aussi d'une entorse grave à l'éthique professionnelle et au devoir de confraternité contenus dans les dispositions des lois et règlements régissant la profession de médecin, et notamment du code de déontologie. Aussi ai-je instruit les autorités régionales de procéder à l'interdiction immédiate de la société Ohséa de toute activité médicale, sur toute l'étendue du territoire, car elle n'a pas reçu l'autorisation dans ce sens par le ministère de la Santé  ".

Où l'affaire se corse, c'est qu'une mission d'Etat, qui se rend sous l'instigation de la Snh à la Cotco  pour conduire une conciliation entre la Company et " Médico Sa " et faire exécuter sans délais la décision du Minsanté, s'entend demander par le Dg de la Cotco " si le chef de l'Etat veut se faire recruter comme Drh (directeur des ressources humaines) et si les problèmes de corruption qu'il a au Cameroun ne suffisent pas pour l'occuper... " Peter Matthys va par ailleurs accuser le gouvernement camerounais d'aller " au-delà de ses responsabilités au sein de la Cotco où il n'a que des actions insignifiantes " (8,5% selon des sources introduites, Ndlr).

 Le pied-de-nez d'Exon Mobil

Une fois ces propos rapportés au palais, le chef de l'Etat a signifié à la Snh qu'il ne souhaite plus avoir ce Dg comme interlocuteur, à la Cotco. Au lieu de lui nommer de suite un successeur, ses patrons l'ont embusqué à N'Djamena, afin qu'il puisse gérer les opérations de la Cotco à partir du Tchad. Alors, par le biais de la Snh , l'Etat camerounais a donc saisi le vice-président de Exon Mobil chargé de l'Afrique, M. Mike Fry, pour l'informer de l'interdiction de séjour au Cameroun de Peter Matthys, et le sommer de nommer un nouveau dg à la tête de Cotco.

C'est alors que Exon Mobil a rappelé à la tête de la Cotco , celui qui en était l'avant dernier directeur général, avant d'être relevé de ses fonctions le 15 janvier 2009, et de quitter le Cameroun sur fond de brouille avec la presse camerounaise et les organisations des droits de l'Homme, pour avoir, courant 2006/ 2007,  disséminé de l'amiante dans le sud du pays et exposé des Camerounais à la contamination. Ce renvoi faisait suite au véto du gouvernement tchadien opposé au renouvellement de son contrat le 15 décembre 2008, alors qu'il venait de refuser avec arrogance d'assister à une conférence sur les industries extractives au Tchad, organisé par le chef de l'Etat tchadien, M. Idriss Deby en personne.

Que Exon Mobil n'ait trouvé personne d'autre qu'un personnage " non grata " dans les deux pays pour assurer cet intérim, signifie-t-il que les Etats camerounais et tchadien ne peuvent avoir de choix en la matière qu'entre la peste et le choléra ? Sous d'autres cieux, on appellerait cela un pied-de-nez aux autorités des deux pays.
 
Sévère punition de l'ordre

L'ordre national des médecins du Cameroun, lui, a encore la possibilité et la volonté de se faire respecter, puisqu'il a tenu comme promis son conseil de discipline, précisément le 14 janvier 2011, et a frappé. Trois des cinq médecins piégés par l'ancien dg de la Cotco , Daniel Edjo'o, Protais Yangué et Jules Owona ont été suspendus respectivement pour 18, 6, et 3 mois, pour cause  d'exercice illégal de médecine et atteinte grave à l'éthique. Les deux autres, Martin Ntamark et Claude Nguemet Dimeli ont été élargis par le conseil.

Pour notre part, si Le Messager se réjouit que la plus haute autorité du Cameroun ait agi promptement -ce qui est rare- pour faire respecter la souveraineté par un néocolonial qui prétendait être venu à la Cotco pour instaurer la révolution culturelle (interview publiée dans la Revue de l'entreprise " Cotco infos flash 2010 "), il espère que le gouvernement partira de cet exemple pour sévir un peu dans la trentaine de plantations de Hévécam, dans les bananeraies du Moungo et du Sud-Ouest, mais aussi dans la manutention portuaire de Douala, où des expatriés sont si fiers de traiter encore les travailleurs camerounais moins bien que les esclaves nègres jadis dans les plantations de coton aux Amériques.

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