07/02/2011 14:18:06
Opinion: Paul Biya est la clé de son destin
«Camerounaises, Camerounais, mes chers compatriotes, J'ai décidé de démissionner de mes fonctions de Président de la République du Cameroun ». Paul Biya va-t-il prononcer cette phrase dans les prochains jours ou attendra-t-il le Congrès de son parti pour l'annoncer ?
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«Camerounaises, Camerounais, mes chers compatriotes, J'ai décidé de démissionner de mes fonctions de Président de la République du Cameroun ». Paul Biya va-t-il prononcer cette phrase dans les prochains jours ou attendra-t-il le Congrès de son parti pour l'annoncer ?

Car des informations de plus en plus persistantes indiquent que le Président Camerounais Paul Biya, au pouvoir sans partage depuis 29 ans, pourrait ne plus être candidat à sa propre succession lors de la prochaine présidentielle d'octobre au Cameroun. Il renoncerait ainsi à solliciter auprès de ses compatriotes un cinquième mandat consécutif depuis son accession à la magistrature suprême, le 6 novembre 1982, en remplacement de son mentor, le président Ahmadou Ahidjo, démissionné deux jours plus tôt.
Tout porte donc à croire que, comme son prédécesseur, le président Camerounais quitterait volontairement la tête du Cameroun dont-il dirige sans partage depuis pratiquement 30 ans. Mais, contrairement à Ahmadou Ahidjo, qui avait fait de lui son successeur constitutionnel, Paul Biya resterait encore à Étoudi jusqu'à la présidentielle d'octobre prochain afin d'assurer une transition pacifique. Il sera donc l'arbitre de cette échéance décisive pour l'avenir du Cameroun. Il entend, par sa démission volontaire, laisser son pays dans la paix et la sérénité, comme l'avait si bien fait, en son temps, son père spirituel El Hadj Amadou Ahidjo.

Cependant, si Paul Biya venait à démissionner lors du prochain congrès de son parti, contrairement à Ahmadou Ahidjo, il laisserait le soin au RDPC de choisir un candidat pour la présidentielle d'octobre. Ce candidat de consensus serait choisi lors de ce congrès. Neutre, Paul Biya, entant qu'arbitre, n'aurait donc pas un candidat favori et quitterait la tête du pays dès la passation du pouvoir à l'issu de l'élection d'octobre. On se souvient que c'est également lors d'un voyage en Europe qu'une rumeur persistante avait annoncé la volonté d'Ahmadou Ahidjo de vouloir quitter son poste dès son retour au pays. De retour de France, cette rumeur était devenue par la suite réalité lorsque la Radio Camerounaise ouvra son journal de 20 h par une émission spéciale annonçant un discours du chef de l'État. Dans cette déclaration du 4 novembre 1982, seul élément du journal radiodiffusé de 20 heures, le président Ahmadou Ahidjo prononçait ce discours d'adieu enregistré auparavant.

Voici l'extrait de ce discours qui plongea tous les camerounais dans un silence de pays mort pendant quelques minutes.
«Camerounaises, Camerounais, mes chers compatriotes, J'ai décidé de démissionner de mes fonctions de Président de la République du Cameroun. Cette décision prendra effet le samedi 6 novembre à 10 h. En cette circonstance capitale, je voudrais du fond du cœur remercier toutes celles et tous ceux qui, depuis bientôt 25 ans, m'ont accordé leur confiance et apporté leur aide dans l'accomplissement de mes lourdes tâches à la tête de l'Etat. Je voudrais tout particulièrement remercier les militantes et les militants de notre grand Parti national, l'U.N.C. de leur soutien total, constant et inébranlable. « S'il reste beaucoup à faire dans la grande et longue œuvre de construction de notre cher et beau pays, nous avons ensemble accompli après l'indépendance, la Réunification et l'Unification, des progrès considérables dans tous les domaines.

Notre pays dispose d'atouts importants. L'unité nationale consolidée, des ressources nombreuses, variées et complémentaires, une économie en expansion continue, des finances saines, une justice sociale en amélioration, une population laborieuse et une jeunesse dynamique, de solides et fructueuses relations d'amitié et de coopération en Afrique et dans le monde. « J'invite toutes les Camerounaises et tous les Camerounais à accorder, sans réserve, leur confiance et à apporter leur concours à mon successeur constitutionnel M. Paul Biya. Il mérite la confiance de tous, à l'intérieur et à l'extérieur. « Je vous exhorte à demeurer un peuple uni, patriote, travailleur, digne et respecté. « Je prie Dieu Tout-Puissant afin qu'il continue à assurer au peuple camerounais la protection et l'aide nécessaires à son développement dans la paix, l'unité et la Justice. « Vive le Cameroun ». Son Excellence El Adj. Ahmadou Ahidjo, 4 novembre 1982.

Paul Biya va-t-il avoir le courage de prononcer un discours similaire pour le bien du Cameroun? Et de dire à la fin « Vive le Cameroun, et que Dieu bénisse le Cameroun ».
Selon de nombreux observateurs, la situation en Afrique du nord que suit avec beaucoup d'attention le président camerounais, pourrait influencer sa décision de démissionner. Bientôt octogénaire et au pouvoir depuis presque 30 ans, Paul Biya (79 ans dont 29 au pouvoir) ne voudrait pas se retrouver dans une situation qui l'obligerait à quitter le pouvoir par la porte arrière, comme Hosni Moubarak (83 ans dont 31 au pouvoir) contre sa volonté ou du cas plus pire de celui de Ben Ali (75 ans dont 24 au pouvoir) qui risque de finir ses jours hors de son pays la Tunisie. Ce dernier est devenu en moins d'une semaine, l'ennemi de ses amis d'hier. Lui et sa famille ont vu leurs avoirs gelés et ils sont déclarés persona non gratta dans plusieurs pays du monde, avec un mandat d'arrêt
international lancé contre certains d'entre eux. Drôle de fin de règne pour ces hommes-dieux qui passent du jour au lendemain de Héros à Zéros, bien qu'ils aient souvent gagné des élections par plus de 80%.

Ironie du sort, Paul Biya est arrivé au pouvoir au Cameroun après Hosni Moubarak en Egypte. Si Le président Égyptien a pris le pouvoir dans des conditions troubles, Biya lui a accédé à la magistrature suprême par le biais d'une transition paisible qu'il ne saurait négliger dans son choix du Cameroun qu'il veut laisser et qu'il souhaite que l'histoire retienne de lui. Et comme me le disait en 1999 le professeur Augustin Kontchou Kouomegni, « Le pouvoir a été offert à Monsieur Biya par Ahidjo. Quand Biya sera fatigué, il le remettra aussi». Assurait-il. Ce bout du tunnel est-il enfin arrivé ? Dans  l'entourage de Paul Biya, il se murmurerait qu'il suit avec attention ce qui se passe en Afrique du Nord. Le Cameroun et le Sénégal sont les pays les plus à risque aujourd'hui. Pays où il suffirait d'une petite étincelle pour que le soulèvement populaire comme en Tunisie ou en Égypte se déclenche.

La chute du mur de Berlin Africain ?
Similarité ou pas, il demeure qu'en février 2008, la crise alimentaire avait été responsable d'émeutes dans des dizaines de pays dont la Tunisie, l'Égypte, le Cameroun et le Sénégal. Si ce scénario venait à se répéter, on peut parier que les appareils répressifs du régime Biya n'auront pas le même reflexe. Car le monde est plus qu'en 2008 préparé à une telle contestation. Biya et ses appareils répressifs ne peuvent plus recourir à de pareilles répressions sans conséquences sur leur comportement. Le peuple le sait, il sait maintenant qu'il peut aller plus loin. Dès lors on peut se poser deux questions. Quand démissionnera Paul Biya ? Si non quand est-ce que le peuple se remettra en marche. Le Cameroun pourrait-il échapper? Paul Biya est la clé de son destin. Et
il doit agir vite.
 
Martin Stéphane Fongang
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Martin Stéphane Fongang

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