28/06/2017 02:01:35
Idris Deby se lâche : "l'Occident finance des groupuscules pour déranger les gouvernements africains, surtout les francophones".

Entre Paris et N'Djamena, l'ambiance relationnelle est depuis quelques temps à la "je t'aime, moi non plus". Lors d'un entretien avec des journalistes de RFI, Le Monde et TV 5, le président tchadien, Idriss Deby Itno adresse des piques bien senties à l'Occident en général, et surtout à la France qu'il ne porterait plus dans son coeur, même s'il n'échappe pas à l'observateur que ce dernier pays est à l'origine de son arrivée au pouvoir il y a 27 ans, et surtout, qu'il doit  d'avoir conservé le pouvoir en 2006 et 2008 à deux interventions françaises au temps de Chirac puis de Sarkozy, alors qu'il était à la merci d'une rébellion qui avait déjà, à chaque fois, assiégé le "Palais Rose", et se trouvait à deux doigts de cueillir son locataire.

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Entre Paris et N'Djamena, l'ambiance relationnelle est depuis quelques temps à la "je t'aime, moi non plus". Lors d'un entretien avec des journalistes de RFI, Le Monde et TV 5, le président tchadien, Idriss Deby Itno adresse des piques bien senties à l'Occident en général, et surtout à la France qu'il ne porterait plus dans son coeur, même s'il n'échappe pas à l'observateur que ce dernier pays est à l'origine de son arrivée au pouvoir il y a 27 ans, et surtout, qu'il doit  d'avoir conservé le pouvoir en 2006 et 2008 à deux interventions françaises au temps de Chirac puis de Sarkozy, alors qu'il était à la merci d'une rébellion qui avait déjà, à chaque fois, assiégé le "Palais Rose", et se trouvait à deux doigts de cueillir son locataire.

Mais derrière cet Occident, qui, on le voit bien, n'est plus qu'une entité générique, on voit d'autant plus bien la France que l'Hexagone est engagée au premier chef, quand elle n'y est pas le seul pays d'Occident,  sur tous ou presque tous les théâtres où  est indexé l'implication négative de "l'Occident". C'est le cas de l'intervention française en Libye avec un prétendu mandat de l'Onu. « Je savais très bien ce qu'allait devenir ce pays sans Kadhafi. J'étais un des rares chefs d'Etat à protester – contre l'intervention de l'OTAN - et à annoncer que les conséquences seraient dramatiques. Les Occidentaux sont totalement responsables. C'est le manque de vision de l'Occident qui a créé cette situation ».

C'est encore le cas des violations des droits de l'homme en Centrafrique où, semble-t-il, la France et le Tchad se livreraient à une lutte d'influence : « Je ne peux pas croire que l'armée tchadienne soit bonne au Mali et mauvaise en RCA. Quoi qu'il en soit, puisque ce rapport a été rendu public, la justice a été saisie et une enquête ouverte pour savoir ce qui s'est réellement passé. (…) Mais vous savez, il y a des pays dont les soldats ont fait des bêtises et qui jugent mal le rôle du Tchad alors que celui-ci était neutre… Qui a armé les anti-balaka avec des grenades, des kalachnikov ? Qui a créé les affrontements entre chrétiens et musulmans ? Ce n'est pas le Tchad. Il faut demander à la France de faire une enquête. On a étiqueté le Tchad pour ne pas être accusé seul. C'est malhonnête…», affirme-t-il, avant  d'alluder aux mœurs de la France : « L'homosexualité, la pédophilie, ça n'existe pas dans nos traditions. Si l'on s'en prend au Tchad, c'est parce qu'il existe une haine contre notre armée qui a fait des sacrifices énormes pour protéger les intérêts des Occidentaux dans tous ses pays. Il y a des gens, des pays, des organisations qui nourrissent une haine contre le président Déby et contre l'armée tchadienne et c'est pour eux un moyen de se faire payer ». Pour ne pas arrêter en si bon chemin sa démarche visant à mettre le doigt où cela fait mal, Idriss Deby voit dans la résurgence des conflits sociaux dans son pays, la main noire de "l'Occident" (en fait de la France) : « l'Occident finance des groupuscules pour déranger les gouvernements africains, surtout les francophones. (…) Quand le Tchad arrête, juge, emprisonne une personne, il ne fait qu'appliquer ses lois ».

La question de la souveraineté monétaire est également évoquée par le chef de l'Etat tchadien qui pense, comme son homologue guinéen, Alpha Condé, qu'il faut rompre le cordon qui lie –de manière asservissante pour l'Afrique- le pays des Gaulois et le continent "berceau de l'humanité". En témoignent les deux questions suivantes et les réponses qui s'en suivent :

- Comment envisagez-vous vos relations avec la France après l'élection d'Emmanuel Macron ?

Le Tchad a toujours eu des relations excellentes avec Paris, même si nous estimons que les questions de « pré carré », de « Françafrique » doivent être arrêtées. Les Français n'en veulent pas, les africains non plus. Le président de la Guinée, Alpha Condé, a dit qu'il faut couper ce cordon. Je suis du même avis et que nous ayons désormais des relations amicales, basées sur les intérêts réciproques. (…) Nous ne pouvons plus avoir des relations de maître à élève ou de maître à sujet.

- Faut-il mettre un terme au franc CFA ?

Il y a une convention entre la France et les pays africains qui a été faite au lendemain des indépendances. Le président Hollande était ouvert à une renégociation. Il appartient maintenant aux chefs d'Etat africains, comme je le pense, de renégocier cette convention qui nous lie à une monnaie qui n'est pas la nôtre avec une parité fixe. Le seul intérêt du franc CFA, c'est d'avoir 14 pays avec une monnaie commune. Il faut que les 14 pays restent regroupés et qu'ils renégocient pour que le Trésor français ne nous gère plus. C'est à nous de gérer notre monnaie avec notre banque centrale. Au niveau du conseil d'administration de notre banque centrale, nous avons trois Français qui siègent avec le droit de véto. Où est alors la souveraineté monétaire ? Comment voulez-vous que l'Afrique se construise ? D'ailleurs nos collègues d'Afrique anglophone, lusophone, arabophone nous disent que si nous connaissons aujourd'hui des malheurs, c'est à cause de vous, francophones. 

Il faut rappeler qu'en janvier dernier, Idriss Deby affirmait déjà que " Le moment était venu de revoir en profondeur les accords monétaires" avec Paris.

Ajoutons à cela le fait qu'il y a quelques années, le ministre de la Communication tchadien, en visite à Yaoundé au Cameroun, déclarait lors d'une conférence de presse que 40% des armes saisis chez les terroristes de Boko Haram par les forces armées camerounaises et tchadiennes étaient de fabrication française. Une déclaration qui valait bien son pesant d'insinuation, et qui n'avait rien à voir avec un propos innocent.

Le moins qu'on puisse dire est que le Tchad, à travers ses dirigeants n'est plus à court de révélations sur ses relations avec la France (ou "l'Occident" pour les amateurs de périphrases). C'est par exemple le cas quand l'ancien maquisard devenu président depuis 1990 révèle que l'alternance à la tête du Tchad dont on lui rebat tant les oreilles aurait pu avoir lieu depuis 2006, mais que c'est la France  qui a tout traficoté pour l'empêcher de réaliser cette action qui aurait pu être historique. "J'aurais souhaité m'arrêter en 2006 après mon second mandat. J'aurais alors cédé le pouvoir. Mais la guerre a éclaté. Des mercenaires ont attaqué N'Djamena. Et alors que je ne le voulais pas, la France est intervenue pour changer la Constitution. Il y a un constitutionnaliste dont je ne connais même pas le nom qui est venu ici. J'ai dit que je ne voulais pas changer la Constitution mais ils sont passés par leurs arcanes et ont changé la Constitution". 

Ndam Njoya Nzoméné

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