09/02/2011 00:23:23
Sérail en ébullition ! Les tracts anti-Biya s'intensifient au Cameroun
Retour précipité de l'homme lion d'Europe. Des défaillances sécuritaires sur le plan national, doublé de différents tracts qui appellent à manifester contre le régime  en place font perdre le sommeil au sommet de l'Etat. 
Le Messager
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Depuis quelques jours, il règne une certaine effervescence au sein du sérail politique camerounais. C'est que l'atmosphère au sommet de l'Etat apparaît quelque peu agitée. Depuis les manifestations et émeutes survenues en Tunisie, qui ont vu le départ précipité du pouvoir de Ben Ali, puis celles encore en cours en Egypte, qui réclament le départ de Hosni Moubarak du pouvoir, la sérénité n'est pas la chose la mieux partagée actuellement par l'oligarchie régnante au Cameroun. « Et si les mêmes évènements nous arrivaient ici au Cameroun à l'instant, que ferions nous donc ? », s'interrogeait le week-end dernier, sous un faux air détaché, un hiérarque du parti au pouvoir au Cameroun, lors d'un échange informel avec quelques confrères à propos de l'intensité que prenaient les manifestations en Egypte. A n'en point douter, le Cameroun semble déjà redouter une éventuelle contagion. Il suffit d'observer la nervosité avec laquelle les éléments des forces de sécurité travaillent ces derniers jours, pour comprendre que le pays de Paul Biya, sans être en Etat d'urgence, affiche une certaine fébrilité.

Tout serait parti des tracts appelant à manifester contre le régime Biya qui ont été diffusés d'abord à Bamenda, ensuite à Bafoussam, Douala, avant de s'intensifier du côté de Paris et sur Internet. Lesdits tracts demandent entre autres aux Camerounais de se lever comme une seul homme, et de suivre les exemples qui viennent de Tunisie et d'Egypte, et d'exiger que Paul Biya, 78 ans passés, et au pouvoir depuis bientôt 29 ans, de passer la main immédiatement. Nos sources au sein du landerneau politique indiquent sous cape que ces derniers jours les services secrets et de renseignements de certaines grandes chancelleries des pays occidentaux, basées dans la capitale camerounaise auraient commencé à fournir quelques indications sensibles à leurs pays d'origine sur la possibilité de voir le Cameroun (du moins certaines villes) basculer dans les manifestations semblables à celles qu'on a vues à Tunis et au Caire.   

« Le ver est dans le fruit... »

Avant de quitter le Cameroun le 2 février dernier, pour un court séjour privé en Europe, le chef de l'Etat semblait bien avoir conscience de ce risque. Avec la proximité de l'anniversaire des événements de février 2008, les sécurocrates du régime ont-ils pris au sérieux cette menace ? Toujours est-il qu'au  moment de quitter le Cameroun, le chef de l'Etat a accordé en priorité des audiences respectivement au ministre d'Etat, secrétaire général de la présidence de la République, coordonnateur statutaire des services de sécurité, puis à Léopold Maxime Eko Eko, directeur général de la Dgre, et à Martin Mbarga Nguélé, délégué général à la Sûreté nationale. « Le ver est dans la fruit. Il faut faire attention. Le régime ne doit rien négliger. Une déstabilisation peut arriver par ce canal », explique sous anonymat une haute personnalité du système proche des services de sécurité. Et d'ajouter : « Il faut comprendre que si une manifestation semblable à ce qui s'est passé en Tunisie et en Egypte éclate au Cameroun, le risque de voir le pays sombrer dans la violence est énorme. S'il y a des manifestations dans nos grandes villes, à coup sûr, il sera difficile de réprimer comme cela fut le cas en fin février 2008. Car tout de suite on peut être sûr que la France et les Etats-Unis dont on n'est vraiment pas sûr que leurs dirigeants portent absolument dans leur cœur le chef de l'Etat camerounais, vont demander de laisser s'exprimer les manifestants, et plus grave encore d'ouvrir avec eux les négociations. Ce sera même peut être pour ces dirigeants l'occasion de lui régler des comptes. Vous comprenez vous-même que, rendu à ce niveau tout est possible. Voilà pourquoi il faut faire attention. Paul Biya en tout cas, est un homme sage et de dialogue. Il saura faire face à toute éventualité. »

Au final, les forces de sécurité sont actuellement dans tous leurs états. Le week-end dernier, les éléments de la Dgre, avec à leur tête le commissaire divisionnaire Léopold Maxime Eko Eko, sont allés à l'assaut au quartier Tsinga à Yaoundé des militants du Rdmc de Mila Assouté qui tenaient une réunion en vue de préparer la prochaine présidentielle à laquelle leur leader sera candidat. Après avoir procédé à plusieurs arrestations, s'en est suivi des interrogatoires musclés au siège de la Dgre. De sources bien introduites, les mêmes agents de cette unité de recherche et de sécurité seraient actuellement éparpillés un peu partout dans les coins et recoins des villes de Yaoundé et Douala pour cerner et mâter, toute  attitude « subversive ». D'autant que certains leaders politiques commencent à s'en mêler. En marge du Nec tenu à Bamenda le 29 janvier dernier, Fru Ndi mettait déjà le pouvoir en garde : « M. Biya doit cesser de ne plus prendre en considération les attentes des Camerounais. La patience des Camerounais a des limites. Le Sdf en appelle au régime de tout mettre en œuvre pour qu'on en arrive pas à la situation tunisienne, etc. Ceci passe nécessairement par la prise en considération des onze points que le Sdf a envoyé au gouvernement [pour la tenue des élections en 2011, ndlr] » ; de toute évidence, le régime prend au sérieux cette menace.

Retour précipité au Cameroun pour  Paul Biya

Comme si cette affaire de tracts anti-Biya qui circulent à Bamenda, à Bafoussam, à Douala, et dans une certaine mesure à Yaoundé ne suffisait pas, une autre situation est davantage venue troubler le séjour privé de Paul Biya en Europe. Il s'agit de cette attaque intervenue dans la nuit du 7 au 8 février dernier dans la péninsule de Bakassi dans la région du Sud-Ouest par des assaillants non identifiés. Selon nos confères qui ont traité cette info, le sous-préfet de Kombo-Abedimo, et dix de ses collaborateurs ont été enlevés, après que deux gendarmes aient été tués par les assaillants qui continuent de semer la terreur dans cette région. L'information de cette attaque avec une évaluation précise de la situation aurait immédiatement été transmise au chef de l'Etat. Paul Biya aurait alors immédiatement décidé de regagner le pays. Au moment où nous mettions sous presse hier en fin d'après-midi, la Crtv radio annonçait effectivement son retour au pays au journal de 20 h.

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