09/02/2011 00:45:23
Prospective: Un avenir nébuleux pour la jeunesse camerounaise
La jeunesse camerounaise souffre d'un mal profond. Mais peut-on dire qu'elle est responsable de ce qui lui arrive ? Qu'a-t-elle fait pour mériter ce triste sort ? Peut-on parler d'un avenir pour la jeunesse camerounaise ?
Le Messager
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Comme la plupart des pays africains au Sud du Sahara, le Cameroun fait face à une forte croissance démographique depuis les indépendances. La population est essentiellement jeune : les 15 à 35 ans constituent la frange la plus importante. Malgré leur nombre, la jeunesse vit en état de précarité avancée. Considéré comme le fer de lance ou l'avenir de la nation à de nombreux discours officiels, la jeunesse camerounaise peine à se trouver une identité et des repères. En clair, elle se trouve à la croisée des chemins, elle est désemparée, désorientée, à la limite désenchantée, mais l'espoir existe.

La jeunesse camerounaise souffre d'un mal profond. Mais peut-on dire qu'elle est responsable de ce qui lui arrive ? Qu'a-t-elle fait pour mériter ce triste sort ? Peut-on parler d'un avenir pour la jeunesse camerounaise ?

Le 11 février 2011 sera une journée d'intenses activités réservées à la jeunesse camerounaise. Mais, les jeunes de la génération sacrifiée seront-ils de la fête ? En 45ans, rien ne leur aura été épargné : ils n'auront connu que deux présidents de la République , ils auront flirté avec le pouvoir néocolonial; ils auront connu des insurrections, des émeutes, ils n'auront connu que des crises sociales diverses, le chômage, le Sida, le tout noyé dans un horizon bouché, couplé d'un avenir incertain. Dans tous les quatre coins du Cameroun, toute la jeunesse vibrera au rythme des festivités de la 45ème édition de la fête nationale de la jeunesse.

Au Cameroun, dans un environnement de pauvreté, les jeunes filles ont tendance à avoir des rapports avec plusieurs hommes pour de l'argent ou alors à se lancer dans la prostitution. Les jeunes hommes, surtout les enfants de la rue, finissent aussi par accepter les avances des homosexuels pour les mêmes raisons, et la même fin pour le bonheur du virus du sida.

Le constat est clair : le sida est présent dans les milieux jeunes et même vieux et ne cesse de tuer. Tout ceci représente un danger pour cette jeunesse et pour les générations futures.

 Dans nos grandes cités, il suffit d'organiser très tôt le matin une rencontre de football dans l'un de nos stades inoccupés. Vous vous retrouverez noyés dans une kyrielle de spectateurs. Ce sont tous des jeunes qui n'ont rien à faire ; preuve patente de la montée du taux de chômage. Ce phénomène n'épargne pas les jeunes qui ont eu la chance de pousser très loin avec les études. La jeunesse camerounaise d'antan, avait fréquenté les grandes écoles et les universités étrangères, et avait produit ses compétences incontestables mais qu'a-t-elle fait pour son pays ? Piller les ressources de l'Etat, fruit du pauvre contribuable.

Fuir ou subir ?

Combien sont ces jeunes qui rêvent seulement partir pour des cieux nouveaux parce qu'ils n'y croient plus en l'avenir dans notre pays ? Les jeunes d'aujourd'hui n'ont plus qu'une alternative : subir ou s'exiler dans un pays où ils peuvent retrouver la liberté, la dignité humaine qu'ils ont perdu dans leur propre pays où ils deviennent des étrangers.

Aujourd'hui des milliers d'immigrés camerounais se trouvent par exemple en Europe, en prise entre deux feux. D'une part les horreurs qui les attendent dans leurs pays respectifs en cas d'expulsion, d'autre part la traque dont-ils font l'objet devant les polices des frontières ou de l'immigration. Inutile de revenir sur les conditions de rétention des étrangers en attente d'expulsion ou mieux encore sur la vie quotidienne de ceux qui se pavanent dans le désert «No Man's land» marocain.

C'est parce que cette jeunesse n'est pas éduquée au développement des énergies de l'homme des grands rêves, de l'homme créateur et de l'homme organisateur qu'elle se délite dans la triple voie de catastrophe, bien décrite par le philosophe Fabien Eboussi Boulaga :

-La voie fétichiste, qui consiste à croire que les réponses tombent du ciel et que la vie humaine est déterminée par des forces invisibles ;

-La voie magique, qui consiste à croire à la chance, et à vivre dans l'attente de cette chance, qui finira un jour ou l'autre par venir sous la forme d'aide extérieure ou celle d'une position sociale obtenue par la logique des «relations»

-La voie ésotérique de l'inféodation dans les sociétés mystico-occultes, d'où l'on attend l'enrichissement personnel, quel qu'en soit le prix

Aujourd'hui l'impératif est de lutter contre ces logiques des dépendances visibles ou invisibles. Ces logiques du mal social et de la mort mentale, les institutions éducatives devraient lutter contre elles pour »booster » l'imaginaire des jeunes Camerounais ; j'entends par institution éducative les familles, le système scolaire, les institutions religieuses et les mouvements d'action civique et politique qui ont en charge la construction de l'esprit et de la personnalité des jeunes.

Dans la mesure où la quantité éducative de toutes ces institutions est tributaire de la politique globale d'un pays et des orientations qu'une nation se donne pour la formation des citoyens, il n'est pas possible de résoudre le problème de la jeunesse sans un plaidoyer vigoureux auprès de ceux qui détiennent les rênes de notre société : les pouvoirs publics, les autorités politiques,  traditionnelles et religieuses ainsi que tous les «dépositaires d'enjeux» de transformation sociale. Toutes ces forces devront contribuer  à l'élaboration d'une politique éducative d'ensemble pour la promotion des valeurs de fond auprès de la jeunesse : les valeurs de foi en soi, d'engagement vigoureux pour la transformation de la société, de travail assidu, de gestion rigoureuse, de volonté de réussir, de promotion de l'innovation et de respect des normes sans lesquelles il n'y a pas d'humanité possible.

Tant que nous n'aurons pas compris qu'il n'y aura pas de solution aux problèmes des jeunes au Cameroun sans la construction d'une culture de l'utopie, de la créativité et de l'organisation, tous les efforts pour bâtir un avenir radieux des jeunes seront futiles et vains.

«Yes, we can»

 

AYISSI ABENA Alphonse

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