10/02/2011 04:32:32
L'ultime question de conscience pour l'Afrique
L'heure est, comme soutient et répète trop aisément un dicton populaire, des plus graves. Les échos des bruits de bottes et des mouvements des chars qui suivent les colères de la rue par-ci et par-là, sont de nature à troubler plus d'un sommeil et à semer des zizanies incontrôlables jusque dans les églises établies...
Le Messager
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Le sentiment de travail mal fait, de travail inachevé ou bâclé, d'œuvre imparfaite ou pire d'erreur stratégique, aura donc habité une génération entière depuis 1990. Que l'on soit sceptique ou optimiste n'est pas ou plus la question, et que l'on appartienne à telle ou telle chapelle ne relève plus du fond des enjeux. L'heure est, comme soutient et répète trop aisément un dicton populaire, des plus graves. Les échos des bruits de bottes et des mouvements des chars qui suivent les colères de la rue par-ci et par-là, sont de nature à troubler plus d'un sommeil et à semer des zizanies incontrôlables jusque dans les églises établies.

Pourtant, ce qui est en cause, n'est ni une subite démonstration de patriotisme dans tel ou tel pays, ni une banale envolée de folie de quelques écervelés en quête de gloire de circonstance. Nous sommes, il faut le reconnaître, embarqués dans une nouvelle idylle révolutionnaire qui à l'inverse des années 1990, force les acteurs à poser plus que jamais la question de conscience. Que l'on sonne les cloches de la révolte dans les quatre coins du continent ne gênera durablement aucun détenteur du pouvoir suprême, si au fond, les repères des revendications ne sont pas portées par des individus crédibles, attentifs et loyaux, à l'égard du plus grand nombre. Hier le problème se posait en termes de libération nationale et d'indépendance avec une connotation presque barbare et un empressement qui autorisait toutes les aventures, tous les dérapages et toutes les idéologies bruyantes. Nous avons dans le passé, forcé en effet le peuple à faire confiance à la moindre étincelle dès lors que celle-ci dénonçait et pointait du doigt l'extérieur, le colonialisme, l'impérialisme. Le problème se pose autrement de nos jours, et les cloches révolutionnaires qui se refont entendre ne mèneront à rien de bon si, après analyse, des hommes et des femmes sérieux ne se mettent pas spontanément devant pour garantir la transparence, les orientations et les objectifs.

A – Autocritique d'abord, révolution ensuite

C'est ici et maintenant qu'il faut avoir le courage de tourner le dos à l'idéologie défaitiste et attentatoire à la confiance des gens de sagesse et de principe. Si le recours à la dénonciation du blanc, de l'étranger, de l'Occident, doit être l'épicentre de l'action, l'emblème de la colère et le fondement du programme politique, alors, il faut dès à présent croire à l'échec et à la perte du temps. Nous avons non seulement le  devoir, mais plus grave l'obligation de soutenir et de professer, pour une fois, la vérité, celle qui renvoie à notre incapacité réelle à entrer dans le monde en épousant les principes généraux et en nous soumettant à la sanction du jugement général applicable à tous les fautifs. Nous avons l'obligation de nous ranger dans le train du monde, dans la mouvance planétaire des idées et des événements, avant de solliciter les autres pour quelques considérations de notre spécificité. Il ne faut point aller chercher trop loin pour nous comprendre, pour réaliser combien nous avons volontairement opté pour une place de dernier dans les classes internationales.

J'attends certes des révolutions, mas j'attends beaucoup plus des révolutionnaires, des hommes et des femmes capables au quotidien d'offrir l'exemple d'une conduite irréprochable et impeccable faite de  compassion, de solidarité, de probité, et de patriotisme désintéressé. Que nous en soyons à glorifier des porteurs de germes de génocide et des dictateurs en puissance seulement pour assouvir des ressentiments infantiles à l'endroit de la colonisation, n'est pas digne de gens qui aspirent à se prendre en charge et à valider ce qu'il est convenu d'appeler indépendance économique. Il faut avoir peur, citoyens, de ces fous de l'ombre, qui, apeurés par la dimension des sacrifices exigibles, se cacheraient loin dans le noir, ou loin de la terre natale, pour enflammer les cœurs. Il n'y a pas et il ne saurait y avoir de révolution à distance. Le changement voulu et souhaité par un peuple fut de tout temps dans l'histoire l'œuvre de dignes citoyens et citoyennes combattants et fidèles à la patrie, œuvrant au front, bravant l'adversité, et avançant à visage découvert. Que tous ceux qui veulent le changement se lèvent et parlent.

Les cris confus sortis de Côte d'Ivoire révèlent à ce propos une Afrique encore sous le poids de bandes d'intellectuels malhonnêtes qui au premier coup d'une dispute démocratique, versent dans l'illogisme et se répandent en appels à un nationalisme et à un panafricanisme de pacotille. Il faudrait d'ailleurs plus craindre les Africains aujourd'hui pour le mal qu'ils se font à eux-mêmes et à leurs peuples, que les Blancs ou les occidentaux dont l'essentiel de la domination se fonde sur une supériorité technologique réelle.

Il ne s'agit donc point de chasser des dictateurs ou de tuer des régimes, et encore moins des clans ethniques. Ce qui est en cause trouble notre conscience au plus profond, car il s'agit de l'interrogation radicale de notre manière d'être et de fonctionner depuis plusieurs siècles. Je refuse de croire que l'Afrique a été dirigée par des monstres. Je refuse de croire que l'Afrique demeure la victime des Blancs. Je n'accepte pas que Thomas Sankara, Ruben Um Nyobè, Patricce Lumumba et Osendé Afana ont été assassinés par des colons. La main criminelle déterminante, exécutante, finalisant, n'est, na jamais été, et ne sera jamais celle de personne d'autre que celle des Africains.

B – Discours vengeurs oui, mais responsabilité d'abord

Chaque fois que se signalent des prémices d'explosion sociale ou d'implosion politique, les enjeux ne s'expriment plus qu'en termes de personnes, d'individus qui se voient et se croient capables de gérer les sommets et de jouir à leur tour de ces privilèges exorbitants qui alimentent justement les révoltes. L'histoire de l'Afrique donne l'impression de n'avoir jamais varié depuis plusieurs siècles, même si au passage des phénomènes de résistance, à l'instar des cas Mandela et Alpha Condé, témoignent de l'existence de quelques exceptions notoires. En fait, le procès d'une certaine élite tarde toujours à être fait, et ce n'est pas les discours gravement maladroits, malhonnêtes et inconséquents sur la crise en Côte d'Ivoire qui vont aider à avancer vers des horizons de repentir acceptables. Il est dorénavant établi qu'à défaut de bien faire des élections ou qu'à défaut de se plier à des résultats électoraux défavorables, l'élite a la facilité de convoquer des esprits faibles et fragiles, pour animer et perpétuer la guerre médiatique contre l'impérialisme occidental.

Notre malheur est au plus grand, en voyant ces petits leaders d'opinion et ces chantres des guerres ethniques se muer en protecteurs de l'identité africaine. Mais quand est-ce que le nègre cessera donc de s'estimer victime de toutes les injustices de toute l'histoire de l'humanité, et à se réfugier derrière cette tare faussement chronique et inguérissable, pour justifier sa fainéantise et ses échecs ? On n'éduque un enfant sur ses faiblesses devenues une maladie, on lui parle de ses faiblesses une seule fois, mais pour construire définitivement sa force et lui montrer les chemins du triomphe. Mais qui nous a empêché de conquérir la lune et la planète Mars ? Il faut craindre qu'à l'allure où nous exprimons maladivement nos désirs, besoins et humeurs à la face du monde, les colonialismes et les impérialismes, réels ou fictifs, ne soient, pour longtemps encore, l'astuce facile pour garder la dernière place dans le choc des civilisations.

Posons alors et définitivement la question de conscience, mais également de confiance. Pourquoi l'adhésion à des principes pourtant fort simples se traduit-elle chez nous toujours en pleurs, en injures et en dénonciations de l'autre, en invocation de bêtises de traditions ? Il en va des pouvoirs comme de ces hordes de gens qui prétendent incarner une opposition politique, tout en offrant au quotidien, explicitement ou implicitement, une image des plus déplorables. Comment peut-on déjà, lorsqu'il s'agit d'un simple recensement de la population, se livrer à des tricheries insoutenables et si honteuses ? Comment, et c'est plus grave, peut-on imaginer, que tous les bien-penseurs que compte la république, ne se soient pas immolés par le feu, pour décrier une si profonde injustice, une si piètre manipulation ?

Allez-donc convoquer des élections, taillées sur mesure, fabriquées du nord au sud pour semer plus de troubles des consciences et plus de révoltes. Allez-donc porter des messages de mensonge à tous nos princes, pour mieux solliciter des privilèges et des prébendes. Allez trahir des idéaux élémentaires de justice, pour mieux absoudre vos nombreux crimes. Ces racailles ont-elles une âme ?

Non, l'Afrique attendra encore que des révolutions propres, des révoltes enfin sages, naissent de gens dignes et qualifiés, et non de hordes de voyous tantôt en fuite, et tantôt démissionnaires avec des nationalités cachées.

Révoltes, oui, mais de la Tunisie à l'Egypte, quelle réponse effective donnée aux peuples, si nous n'avons pas été en mesure de reconnaître des résultats pourtant si évidents en Côte d'Ivoire ? Nous n'avons pas le droit de tromper les peuples plus longtemps. Il faut mettre toutes les élites instruites et politiciennes à mort. Il faut craindre que la rue ne s'en charge de façon désordonnée. Ce n'est plus seulement une ultime question de conscience, c'est l'ultime recours certain./.

SHANDA TONME 09 Février 2011

Shanda Tomne

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