06/07/2009 12:30:11
Conseil des ministres : Paul Biya confesse ses échecs
Dans sa communication spéciale au gouvernement vendredi dernier, le chef de l’Etat a reconnu sa propre défaillance et celle de ses collaborateurs face aux mesures annoncées en mars 2008, et a remis à l'ordre du jour les problèmes évoqués au précédent conseil.
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Quinze mois après le dernier conseil des ministres du 7 mars 2008, qui faisait suite aux émeutes de la faim de février de la même année, le chef de l'Etat a une fois de plus regroupé le gouvernement. Cette fois à la faveur du réajustement ministériel intervenu le 30 juin dernier. Une retouche du gouvernement qui a notamment vu l'arrivée d'un nouveau chef d'équipe, Philémon Yang. Occasion de prise de contact au cours de ce rendez-vous qui a duré exactement 20 minutes, selon le communiqué final signé de Laurent Esso, le ministre d'Etat secrétaire général de la présidence de la République, mais aussi occasion pour le président de l'Etat de faire le constat d'un échec de ses directives à l'issue de la rencontre du 7 mars 2008 quand, après avoir rappelé que "J'avais devant vous fixé au gouvernement un certain nombre de priorités parmi lesquelles figuraient l'accès à l'eau, à l'électricité, au logement ainsi que la protection du pouvoir d'achat, afin qu'il me soit permis de me citer-" de répondre aux revendications légitimes d'une bonne partie de la population, s'était interrogé devant tout son gouvernement dirigé à l'époque par Ephraïm Inoni "Qu'avons-nous fait pour répondre aux revendications légitimes dont je viens de parler ? ". Le chef de l'Etat avait alors été amené à préciser ses attentes devant ceux qu'un participant à la rencontre décrivaient comme "des ministres médusés ", à savoir " Des actions énergiques et rapides dans trois directions : l'amélioration du pouvoir d'achat, l'emploi, la lutte contre la corruption ".

Six mois pour réussir

Au cours de la même rencontre, tout en regrettant "l'inertie, le laxisme, la poursuite des intérêts personnels (qui) n'ont pas disparu ", il avait surtout été très clair lorsqu'il avait demandé au" Premier ministre, chef du Gouvernement, de mettre scrupuleusement en application, avec célérité et efficacité, les instructions que je viens de donner et pour l'exécution desquelles aucune défaillance ne sera tolérée. "Le 30 juin dernier, le chef du Gouvernement a été remercié et quelques jours plus tard au cours du Conseil des ministres qui se voulait sans doute une prise de contact, Paul Biya n'est pas allé du dos de la cuillère pour reconnaître que" Si, incontestablement des avancées ont été réalisées, “les résultats obtenus n'ont pas été à la hauteur de toutes nos attentes ".

Il se veut en outre réaliste lorsqu'il reconnaît que les mauvais résultats obtenus ne sont pas le seul fait de la crise parce que "Globalement en effet, notre économie a été moins touchée que d'autres ", non sans affirmer "Pour dire les choses clairement, je crois que nous avons manqué de dynamisme ". Et pour se répéter, va faire remarquer à ses hôtes que "L'inertie que j'ai souvent dénoncée a repris le dessus ". Une inertie à laquelle il faut ajouter "Malheureusement aussi la corruption, même si elle est vigoureusement combattue continue de freiner notre action". Une inertie qui a selon le président de la République frappé le domaine des ".... grands projets industriels et miniers". La non réalisation de ces projets selon Paul Biya n'est pas seulement à mettre à l'actif de la crise car reconnaît-il "Mais en serions-nous là si avant la crise nous avions été plus réactifs ?"

Quinze mois après son intervention du 7 mars 2008, le chef de l'Etat a recommandé la mise "en œuvre (d')un programme de développement énergétique qui réponde à nos potentialités ", avant de reconnaître que " Trop de temps a été perdu. Trop d'efforts dépensés en pure perte " et de se montrer menaçant à l'endroit des responsables du secteur de l'énergie qui " …devront, dans les six mois, rendre compte des actions entreprises… ". Le chef de l'Etat a remis au goût du jour les feuilles de route, dont chaque ministre se voyait affubler lors des installations ayant suivi le réaménagement gouvernemental du 7 septembre 2007 (pour quels résultats ?) après avoir indiqué ses attentes vis-à-vis de l'équipe de Philémon Yang "J'attends de ce gouvernement réaménagé qu'il donne un nouvel élan à son action en particulier dans les secteurs où une certaine forme de routine ou d'inefficacité paraît s'être installée" …En attendant probablement de se retrouver à la faveur de la prochaine crise sociale ou du prochain réajustement de l'équipe, car le seul impulseur de l’action gouvernementale reste et demeure Paul Biya, lequel, tenant des conseils de ministres quand bon lui semble, ne dispose d’aucun baromètre pour vérifier les réalisations de développement. Il est donc l’incarnation même de l’inertie qu’il prétend combattre.

Jean Francis Belibi

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