11/02/2011 02:33:55
Zacharie Myboto : Tant que nous n'avons pas de réponse (ONU), nous ne partirons pas d'ici
Président en exercice de l’Union Nationale (UN), Zacharie Myboto a répondu ce jeudi soir à nos questions relatives à la crise politique gabonaise survenue depuis la prestation de serment d’André Mba Obame, également membre de l’UN.
Koaci
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Zacharie Myboto ici entouré d'André Mba Obame (g) et de Jean Eyeghe Ndong dans les locaux du pnud de Libreville

Président en exercice de l’Union Nationale (UN), Zacharie Myboto a répondu ce jeudi soir à nos questions relatives à la crise politique gabonaise survenue depuis la prestation de serment d’André Mba Obame, également membre de l’UN.

Retranché dans les locaux du pnud à Libreville avec Mba Obame et de nombreux cadres de ce parti né au lendemain de l’élection présidentielle de 2009 par la dénonciation du hold-up électoral d’alors d’Ali Bongo. Ancien ministre d'Etat, ce député de Mounana et président du groupe parlementaire des "forces du changement" (GFC), haute figure de la politique gabonaise fait le point sur la situation au sortir d’une réunion ce jour avec les représentants de la communauté internationale à Libreville qui menaçaient de déloger ces derniers de leur refuge de circonstance.

Koaci.com vous propose ci-dessous l’intégralité de l’entretien.

Laurent Despas : Que ressort-il de la réunion du jour entre les représentants de l’ONU au Gabon et la direction de l’union nationale ?

Zacharie Myboto : « Notre présence dans les locaux du pnud n’est pas menacée à proprement parler mais il nous a été dit que si nous souhaitions sortir d’ici nous pourrions le faire mais nous avons estimé que nous ne pouvions pas le faire parce que nous sommes venus ici pour demande d’asile pour une raison bien precise, nous voulions avoir la réponse au mémorandum, signé par l’opposition dans son ensemble, que nous avions remis en main propre aux représentants de l’ONU au Gabon au mois de juillet 2010 adressé au secrétaire général de l’Onu. Le mémorandum renfermait un certain nombre de disposition que nous souhaitions voir être éclaircis au niveau de la pratique politique dans notre pays. Jusqu’à ce jour, nous n’avons pas reçu de réponse de sa part et à la suite de ce qui a été fait le 25 janvier dernier (proclamation d’André Mba Obame voir article koaci.com), nous avions pensé qu’il fallait nous retrouver ici (locaux pnud Libreville, ndlr) pour voir dans quelle mesure le secrétaire général de l’ONU pouvait faire une réponse à notre mémorandum. Tant que nous n’avons pas de réponse, nous ne partirons pas d’ici ».

LD : Toujours pas de réponse à ce jour au mémorandum, votre sentiment vis-à-vis de l’Onu?

ZM « ils nous rassurent que le mémorandum a été transmis, ils ne savent pas à quel moment il y aura une réponse. Du mois de juillet à ce jour, ça fait plus de sept mois, ce n’est pas normal de ne pas recevoir de réponse quelque soit la qualité de cette dernière. Le dossier n’évolue pas et c’est vraiment dommage car nous estimons que l’Onu est là pour éviter un certain nombre de problème dans différents pays. Nous estimons que la diplomatie préventive est nettement meilleure que celle qui consiste à venir assister lorsque les faits se sont déjà produits. Les gabonais n’ont pas besoin de l’onugare ou autre, les gabonais ont besoin de la prévention. Nous savons qu’il y a des problèmes au Gabon, il faut absolument que ces problèmes soumis à l’Onu puissent trouver des solutions avant qu’il ne soit trop tard. »

LD : Y aurait-il alors un malaise de l’Onu pour prendre une position claire sur le Gabon ?

ZM : « Ce serait dommage qu’il y ait un malaise parce que nous souhaitons que l’Onu soit impartiale et qu’elle voit les problèmes selon ce qu’ils sont et avec l’importance qu’ils revêtent. Si nous constations une partialité ce serait véritablement dommageable pas seulement pour notre pays mais pour la communauté internationale»

LD : Que demandez vous clairement à cette « communauté internationale » ?

ZM : « Dans le mémorandum remis, il était question de la transparence électorale au Gabon. Au sortir des élections du 30 août 2009 qui se sont mal passées, les résultats qui avaient été annoncés n’étaient pas les bons résultats car celui qui avait été élu était André Mba Obame et non Ali Bongo. On ne veut plus de coup d ‘Etat électoral au Gabon »

LD : L’union nationale anticipe-t’elle alors une pression politique pour la transparence en vue des élections législatives prévues en 2011 ?


ZM : « Dans un pays organisé où l’on veut la démocratie et tout son sens, on n’a pas besoin d’exercer une pression mais malheureusement ce que nous constatons c’est que le pouvoir en place fait tout pour que ces élections législatives ne puissent pas se passer dans des conditions de transparence absolues. Quand on observe ce qu’il s’est passé avec la révision de la liste électorale, avec le refus au départ de la mise en œuvre de la biométrie pour la confection des listes électorale, aujourd’hui que nous avons lancé notre mouvement (UN, ndlr) qu’au niveau de l’Etat ils parlent maintenant de la mise en œuvre de la biométrie sans en connaître les conditions, quand on observe aussi la révision de la constitution, le président de la République s’attribue un certain nombre de pouvoir, il peut donc aujourd’hui décider du report de l’élection législative et même présidentielle, nous nous disons que là il y a vraiment abus de pouvoir et nous nous posons la question de savoir comment les élections législatives de 2011 vont pouvoir se dérouler. Nous, ce que nous voulons c’est que ces élections soient minutieusement préparées et qu’elles se déroulent dans une transparence absolue qui les rendra crédibles et justes pour qu’au niveau du Gabon il y ait la paix, la pais réelle. »

LD : Comment se prépare concrètement l’Un pour la bataille de la transparence ?

ZM : « L’un a un avenir certain dans notre pays, nous travaillons et c’est pour cela que nous exigeons la transparence pour que les résultats ne soient pas truqués. Dans toute élection il y a un point de départ et ce dernier c’est la fiabilité de la liste électorale. Nous sommes un pays d’un peu plus d’un millions trois cent mille habitants et nous avons, tenez vous bien, un collège électoral de plus de 807 000 électeurs alors que nous savons que la population de notre pays est très jeune, c’est donc exagéré et ça veut bien dire qu’il y a un problème réel et c’est ce que nous voulons éviter qu’il se reproduise, nous faisons donc tout pour que les choses soient réglées à ce niveau. Nous exigeons donc la biométrie et la mise à plat du fichier électoral, c’est aussi dans le mémorandum ».

LD : Votre « neveux » Ali Bongo écouterait-t’il vos revendications et vos conseils ?

ZM : « Nous ne faisons pas de confusion entre la famille et la politique, la famille se situe à un niveau restreint, la politique, elle a un niveau national, ça concerne l’intérêt supérieur d’un pays. »

LD : Entendu mais il semblerait qu’Ali Bongo ne soit pas très sensible à quelconque discours voire dialogue

ZM : « Vous savez, nous estimons que nous avons posé des problèmes de fond, nous les avons posés aussi bien au niveau national qu’international c’est pour cela que par exemple nous estimons que l’ONU a un rôle à jouer dans ce qui va se passer, il ne faudrait pas que cela se fasse comme une affaire de copains car nous voulons que les choses changent dans notre pays pour qu’il y ait, si demain nous devions nous retrouver avec Ali Bongo, il faudrait qu’il y ait dans ce cas de figure, une autorité qui ne soit pas gabonaise et puis qui regardent ces problèmes-là mais ce n’est pas l’Etat aujourd’hui parce que nous voulons voir clair et nous ne voyons pas encore clair »

LD : Avez peur des autorités gabonaises en place ?

ZM : « Ce n’est pas bien d’avoir peur des autorités, à ce moment-là ça veut dire que les autorités exercent une dictature or effectivement c’est ce que nous constatons, pas forcément avoir peur mais une véritable dictature qui s’instaure dans notre pays notamment quand on regarde comment a été votée la constitution dans sa dernière révision, c’est inquiétant. C’est pour cela que nous nous battons, pour que le Gabon reste un pays démocratique comme contenu dans la constitution»

LD : L’union nationale représente-t’elle véritablement une dynamique pour une nouvelle ère politique au Gabon, pour faire de la politique autrement ?

ZM : « Bien sur la devise de l’un est « le Gabon pour tous », c’est tout un programme, toute une dynamique. Nous voulons éviter tout ce qui est injustice sociale, nous luttons de ce fait contre le système actuel, nous voulons privilégier le développement du Gabon mais équilibré et équitable, qui concerne l’ensemble du territoire national »


LD : Que reprochez vous à Ali Bongo, l’ « émergence » ?

ZM : « C’est bien beau les slogans, mais je constate que jusqu’à ce jour, il y a plus de parole que d’acte, Ali Bongo parle plus qu’il ne fait, des promesses qui ne se réalisent pas. Pendant ce temps-là, on exclue des personnes de la fonction publique juste parce qu’elles sont supposées proches de l’Un ou de l’opposition ou de parents qui ne sont pas du pouvoir, je pense que ce n’est pas cela une politique qui peut favoriser la paix et l’unité nationale. L’émergence à la Ali Bongo nous n’y croyons donc pas »

Laurent Despas

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