15/02/2011 00:37:56
Chambre d'Agriculture: Pourquoi Biya tarde nommer un président
Des mois après les élections dans les dix régions du pays, le chef de l'Etat n'a toujours pas désigné le président et le bureau devant présider aux destinées de la Chambre d'Agriculture, des Pêches, de l'Elevage et des Forêts (Capef).
Le Messager
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Aujourdhui 15 février, le gouvernement camerounais, à travers le ministre de l'Agriculture et du Développement rural (Minader), va procéder au lancement de la campagne agricole. L'événement tant attendu s'annonce morose. D'ici là, on voit le chef de département de ce ministère vanter les prouesses du comice d'Ebolowa dont on attend encore les retombées en terme du financement des projets.

Mais à la vérité, les plus grosses attentes du monde paysan sont tournés vers le chef de l'Etat. Près de huit mois après les élections de juillet 2010 qui devaient permettre à chacune des dix régions de désigner ses 20 représentants à la Chambre d'Agriculture, des Pêches, de l'Elevage et des Forêts (Capef), Paul Biya n'a toujours pas nommé parmi les 200 représentants, le président et le bureau. Il se raconte que le vote multiple, le bourrage des listes et des urnes organisés par les sous-préfets, ont créé des dissensions au sein des commissions électorales régionales. Toutes choses qui ont compliqué et plombé le travail de la commission électorale nationale d'organisation que préside le Minader, selon le décret présidentiel du 06 août 2009, fixant les conditions d'élection des membres de la Capef. Toutefois , en sourdine, les résultats ont été proclamés, sans panache, malgré des protestations.

Dans certaines régions et notamment dans le Centre, les contestations sont allées jusqu'à la saisine de la Chambre administrative de la Cour suprême. Dans le registre des anomalies, en plus des fraudes massives et grossières, la cupidité des sous-préfets, les candidats ont également dénoncé, entre autres : la non représentativité du département du Mfoundi dans la liste A ; la non prise en compte du recensement des électeurs dans le Mbam et Kim (Ntui et Mbangasina), la présence incompatible à des postes électifs de Bruno Bekolo Ebé, recteur de l'université de Douala (liste A) et celle non moins incompatible également de deux soldats de la gendarmerie nationale. Une fois saisie, la Cour Suprême a d'abord mis l'affaire sous le boisseau, préférant d'abord laisser le chef de l'Etat achever avec la tenue du comice agropastoral d'Ebolowa, dont il en avait fait une question d'autorité. Des sources proches de la plus haute juridiction du pays laissent également entendre qu'on ne voulait pas gâcher la fête du monde paysan qui entendait rivaliser d'adresse pendant le rendez-vous d'Ebolowa, attendu pendant 22 ans.

La Cour suprême à rude épreuve

Entendu dans les couloirs et coulisses du Minader, Paul Biya aurait piqué une colère après avoir eu le rapport concernant les griefs, les fraudes, les violations et l'irrespect des textes. La colère du chef de l'Etat serait également justifiée à cause de l'invasion de la Chambre d'agriculture par des députés, d'anciens membres du gouvernement, des hommes d'affaire, certain recteur d'université, et dont la moyenne d'âge est de 60 ans, à qui on fait le reproche d'acheter toutes les terres, faisant ainsi main basse sur le monde rural. Informé de la persévérance et de la témérité d'Emile Engoulou Engoulou, hôtelier – restaurateur, président de la Confopacam qui a décidé d'aller le plus loin possible, le chef de l'Etat tarde à nommer le président et son bureau, parce qu'il faut laisser à la Cour suprême le temps de vider le contentieux électoral. " On ne peut nier que l'un des blocages qui entraînent la non désignation par le chef de l'Etat du président de la Capef , réside au niveau du contentieux qui doit être vidé par la Cour suprême. Ce n'est qu'à ce moment-là que le président de la Chambre et le reste du bureau national seront nommés ", avoue un haut cadre du Minader. Il y a deux semaines, au cours de la première audience du 4 février, il est ressorti des débats que la Cour suprême est compétente pour statuer sur l'affaire dont il est question, d'en évacuer d'abord tous les préalables avant d'en venir au fond. La plus haute juridiction du pays a demandé à la partie civile d'apporter les preuves de la réaction de la commission régionale qui avait été saisie avant, pendant et après l'élection.

L'issue de cette affaire est importante aux yeux des analystes politiques et sociologiques. " Il s'agit de savoir si la Cour suprême dont les méthodes ont jusqu'ici été décriées, s'agissant du contentieux électoral, si enfin, la haute juridiction du pays peut donner droit à la vérité. La Cour suprême devant statuer sur les résultats des prochaines élections présidentielles, il s'agit également d'un test ", explique un magistrat.  La haute juridiction qui, une fois de plus, va être sollicitée pour ces prochaines échéances électorales, est dos au mur. Saura-t-elle montrer patte blanche en disant le droit, et le droit seul, pour rassurer les populations sur sa capacité à arbitrer les contentieux éventuels qui pointent à l'horizon ? Wait and see.

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