15/02/2011 14:09:50
Questions Paul Biya
Posées par les jeunes assassinés du 25 février 2008.
Le Jour
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Ainsi donc, des tracts jetés par des jeunes dans certaines de nos villes ont fait Paul Biya interrompre précipitamment sa villégiature suisse d'où il comptait – sans blague ! - s'adresser par vidéo cassette à la jeunesse camerounaise ce 11 février. Qui parmi nous a été surpris ? C'est que de toute sa carrière, l'homme n'a jamais, mais alors jamais fait preuve de courage. Pourtant entre nous, c'est toujours un but contre zéro, lorsque la jeunesse de notre pays fait le vieux dictateur grelotter de peur.

Qu'il ne soit pas candidat à l'élection de 2011, demeure cependant le but, le seul qui vaille aujourd'hui, en réalité. Oui, c'est simple : qu'il parte ! Qu'il parte ! Seulement avant, hélas il tient à lire une vingt-huitième fois devant les cameras de la CRTV, ce discours dont tout Camerounais de dix, vingt ou trente ans sait déjà l'introduction, le corps du sujet et la conclusion !

Ah, pourquoi ne va-t-il donc pas lire son discours dans un de nos sous-quartiers – à la Briqueterie par exemple - où des milliers de jeunes sauront bien avec des cailloux lui réserver le seul accueil qu'il mérite aujourd'hui ? Pourquoi d'ailleurs ne va-t-il pas le lire à l'université de Yaoundé où des étudiants de l'ADDEC actuellement risquent leur vie comme leurs camarades du parlement jadis, pour dire à l'autorité universitaire combien leur éducation est pilonnée ? Ou alors : pourquoi ne se tait-il pas tout simplement, pour une fois au moins ? C'est que son discours du 11 février aurait cette fois fait chacun de nous éclater de rire, si l'heure n'était pas grave. Si en même temps les sbires de son régime à l'université de Buéa n'avaient exclu les étudiants Fonki Yannick Ndeley, Epie Etienne Mokambe et Eyongetta Stanley Njiessam, leaders de la University of Buea Student Union. Si comme pour habiller leur forfaiture à la manière du renouveau, ils n'avaient il y a quelques jours, en plus arrêté Eyongetta Stanley Njiessam, et l'avaient jeté en prison !

Pourtant comment en ce 11 février ne pas se demander avec chaque jeune camerounais : Quel pays est-ce donc-là où un assassin peut, au lieu comme ses ministres de payer pour ses crimes à Kondengui, prendre la parole à la télévision et ressasser des mots sommeilleux que tout le monde sait déjà ? Est-ce vraiment le Cameroun ça? Ce pays qui est trainé dans la boue et dans le sang par un individu, est-ce vraiment notre pays ? Pendant combien de temps allons-nous donc laisser telle criminelle farce se poursuivre ? Cela va-t-il rester impuni ? Questions simples, qui pourtant ne peuvent sérieusement être posées aujourd'hui qu'à partir de la fosse commune ou gisent ces deux cent jeunes qui en février 2008, avaient été arrêtés dans nos rues et assassinés par les soldats de Paul Biya, pour avoir dit l'évidence que tous nous savons : que leur avenir a été bousillé par un demi-siècle de grandes ambitions.

En vérité la seule question à Paul Biya qui vaille aujourd'hui ne peut être posée que par tous ces jeunes morts dont il a le sang sur les mains ; et je les nomme : Ndimah Lovert ; Awana Blaise ; Didaben Etienne ; Ebanda Lurie ; Ebwele Blaise ; Issom Mustapha ; Jabea Daniel ; Mbede thomas ; Mbeng Junior ; Ngounou Edouard ; Tsangue Jules ; Kameni Auriol ; Kamga Romain ; Owuboki Paul ; Tantoh Emmanuel ; Tekoh Roland ; Bebbey Thomas ; Bonang Jean Pierre ; Che Emmanuel ; Etchong Remy ; Hinsia ; Kamdem Jean ; Kameni Lionel ; Maleg Thaddeus ; Minkante Jonas ; Minkoulou ; Nana Giresse ; Ngantchou Timothée ; Nintedem Aurelien ; Nsoh Nsoh ; Norbert ; Nyamsi Gervais ; Onah Patrick ; Oyema Paul ; Abbia Joseph ; Tabungong Emmanuel ; Turbo ; Walter Stephen ; Anya Debene ; Che Emmanuel ; Etong André ; Fontoh Isily ; Ndongma Wamba ; Nsaba Michel ; Saayem Jean de Dieu ; Tchapda Eric ; Tiwa Jacques ; Anthony Forment ; Blaise Ebouele ; Prudencia Bih. J'en oublie sans doute, ces jeune âgés de onze à trente ans, et qui de toute leur vie, n'ont connu comme président que Paul Biya.

Dites, le meurtre de ces petits frères nôtres va-t-il donc rester impuni ? Bèbèla !

Patrice Nganang

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