16/02/2011 19:22:19
MÍme si le Cameroun n'est ni l'Egypte, ni la Tunisie...
Ce n'est pas tous les jours qu'un soulèvement populaire et fondamentalement pacifique vient à bout d'un régime, qui plus est, un pouvoir réputé égocentrique, militaire, conservateur et dictatorial...
La nouvelle expression
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Ce n'est pas tous les jours qu'un soulèvement populaire et fondamentalement pacifique vient à bout d'un régime, qui plus est, un pouvoir réputé égocentrique, militaire, conservateur et dictatorial. Pourtant, cet exploit, puisqu'il s'agit bien de cela, les peuples tunisiens et égyptiens l'ont réalisé. Non sans laisser des morts sur le carreau.

Des morts de trop, victimes de l'intolérance des régimes totalitaires qui n'ont que peut apprécier que la populace qu'ils ont laissé crever de misère ait pu malgré cette situation intenable, dépassé sa peur, transformer son handicap en atout, en s'attaquant aux pouvoirs prébendiers. De véritables charognards qui se délectent de la pauvreté de leurs populations, mais qui, même dans leur rêve les plus fous, n'auraient jamais admis un seul instant, que leurs régimes militarisés à souhait, pouvaient tel un château de cartes, être balayé du jour au lendemain par les combattants aux mains nues, mais à la fois inébranlable.

Parce que dans une révolution il y a immanquablement ceux qui pleurent et ceux qui jubilent, bien qu'elle ait été pacifique cette double révolution populaire tunisienne et égyptienne, cela n'a pas empêché que la soldatesque restée fidèle à des rois nus, ait dégainé à balles réelles et à bout portant sur des manifestants dont la seule arme était leur courage et leur indescriptible volonté de changement, espérant les lendemains meilleurs pour tout le monde. Même si cette noble aspiration pourrait se muer en cauchemar du fait que les pouvoirs ne s'en préoccupent que peu du bien-être collectif, les peuples tunisiens et égyptiens n'en ont pas moins, le mérite d'avoir fait tomber des dictatures malgré un fort déploiement des hommes armés, de véritables sicaires en mission commandée.

Coup d'Etat divin

Une réussite qui vaut aujourd'hui à ces peuples, à la fois de l'admiration, de la considération et du respect de par le monde. Au point que l'on s'en trouve à rêver que ce modèle puisse se transporter partout, et déboulonner même les dictatures les plus hermétiques. Que non, il ne faut pas rêver les yeux ouverts. Ce qui s'est passé dans ces deux pays d'Afrique du Nord ne saurait être transférable partout – notamment au Cameroun -, même si indubitablement, il y a des choses sur lesquelles l'on pourrait s'en inspirer : le courage, la détermination, le don de soi, pris individuellement et collectivement qui ont finalement permis de renverser des régimes autoritaires, au pouvoir depuis vingt-cinq ans pour l'un, et trente ans, pour l'autre. Ne serait-ce que pour cette première victoire héroïque, nous disons bravo aux peuples tunisiens et égyptiens. Avant de s'interroger, à qui le tour ? Et Dieu seul sait si les prochains devraient se compter par dizaine, notamment en Afrique, où le respect des règles élémentaires de la démocratie et de la bonne gouvernance sont royalement ignorées par des potentats qui n'ont pour seul objectif de se momifier au pouvoir.

Toutefois, même si le Cameroun n'est ni l'Egypte, ni la Tunisie, cela veut-il dire que ce qui s'est passé dans ces pays du Maghreb arabe ne saurait se produire au Cameroun ? Ici, deux principales thèses s'affrontent. Ceux qui pensent évidemment que jamais deux sans trois, et donc par conséquent que le régime au pouvoir à Yaoundé peut être balayé par une insurrection populaire. Les partisans de cette thèse se recrutent notamment au sein d'une diaspora activiste par la virulence de sa critique, mais dont des actions concrètes visant à déloger le régime « néo colonial » ne sont point visibles. Ces compatriotes de la diaspora, présentés d'après une terminologie officielle à la fois comme des « lâches, des activistes et des aventuriers » peuvent être classés dans la même catégorie que certains « illuminés » arborant une « pâle étoffe » de dirigeants politiques et des membres de la société civile, et dont la principale arme jusque-là est la parlote, sont-ils caricaturés dans certains cercles du pouvoir. Malgré, leur inaction, ils veulent malgré tout croire à un changement « immédiat » du régime, non sans y compter même sur un « coup d'état divin ».

Peuple souverain.

Ensuite, il y a ceux qui pensent qu'aucun soulèvement populaire ne saurait venir à bout de l'actuel régime. Et ce ne sont pas des arguments qui manquent. Premièrement, le peuple camerounais a trop souffert, et chaque fois qu'il a obtenu une victoire, il n'a jamais jouit de cette victoire. Il a tendance à se résigner à sa misère, tant qu'il y a la paix. Deuxièmement, le Cameroun ne dispose pas de véritables leaders politiques ou syndicaux à même d'inspirer un mouvement populaire, ou, tout au moins à le canaliser pour en faire un véritable contre-pouvoir. Dans ces conditions, même si le peuple venait à crier son ras-le-bol comme en février 2008 lors des émeutes contre la faim et la vie chère, elle ne peut tenir que pendant quelques jours, faute d'une stratégie commune et efficace. Troisièmement, les Camerounais sont réputés corrompus. Même en cas d'un soulèvement populaire, il est fort possible que ce soit des meneurs qui soient les premiers à aller négocier dans la pénombre quelques prébendes qui leur procureraient un bien-être personnel auquel ils aspirent. Quatrièmement, convient-il de le souligner, malgré l'existence d'une restriction de liberté, le Cameroun sous Paul Biya est incontestablement un pays libre et démocratique comparé à la Tunisie de sous Ben Ali ou à l'Egypte sous Hosni Moubarak. La liberté d'expression se pratique au quotidien malgré un courant passéiste et conservateur qui ne veut pas comprendre que les choses ne sont plus aujourd'hui comme hier.

Mais parce que le Cameroun n'est ni la Tunisie encore moins l'Egypte, affirmions-nous, est-ce pour autant que les gouvernants devraient boucher les oreilles face aux revendications légitimes des Camerounais qui se résument prioritairement  au droit à l'éducation, à la santé, à la nutrition ? N'est-ce pas normal et légitime que tous les Camerounais aspirent à accéder à l'eau potable et à l'électricité à moindre coût ? N'est-ce pas légitime que les Camerounais espèrent au désenclavement de leur village ? Doit-on les reprocher d'espérer à une nutrition de qualité dans un pays aux ressources agricoles incommensurables ?  L'accès à l'éducation, à la santé ou à un travail décent doit-il faire l'objet des marchandages au point de soumettre ces compatriotes à adhérer à des cercles où ni l'éthique encore moins la probité n'ont pas droit de cité ? Parce qu'il n'y a pas de Camerounais à part, il revient à ceux qui ont la charge de légiférer et de diriger au nom du peuple souverain d'y méditer.

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