21/02/2011 03:13:41
A propos de subversion et d'insurrection
Il y a toujours eu sous tous les régimes des insatisfaits, des aigris, des opposants. Du Second Empire, Henri de Rochefort disait, dans le premier numéro de "La Lanterne", qu'il comptait "vingt millions de sujets sans compter les sujets de mécontentement".
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Il y a toujours eu sous tous les régimes des insatisfaits, des aigris, des opposants. Du Second Empire, Henri de Rochefort disait, dans le premier numéro de "La Lanterne", qu'il comptait "vingt millions de sujets sans compter les sujets de mécontentement". Tant que les mécontents se bornent à employer des moyens légaux pour renverser  un gouvernement ou un régime, ils font de la politique et non pas de la subversion. Mais parmi les opposants ou les adversaries, il y en aura toujours un certain nombre, plus ou moins grand selon les circonstances, disposé à utiliser des moyens illégaux, donc clandestins, pour essayer de renverser le pouvoir établi. La première caractéristique de l'action subversive, tout au moins dans un pays démocratique où les libertés essentielles peuvent s'exercer, sera donc l'illégalité.

Encore convient-il de dissocier un acte individuel d'une enterprise collective. Si les adversaires du régime agissent par des moyens, extra-légaux certes, mais mis en œuvre individuellement et non suivant un plan établi, leur action personnelle restera subversive mais il n'y aura pas pour l'Etat menace de subversion. L'explosion d'une bombe ne sera jamais qu'un attentat isolé; par contre la perpétration d'une série d'attentats à la bombe sera la preuve de l'exixtence d'une organisation subversive.

Qui dit subversion entend donc une action illégale d'abord, collective ensuite. En d'autres termes, il s'agit tout simplement d'un complot à ramifications plus ou moins étendues et dirigé soit de l'intérieur soit de l'extérieur.
Quand aux formes de l'action subversive, elles sont multiples et toujours adaptées au milieu et aux circonstances. Elles varient de la propagande pernicieuse, répandue par une "cinquième colonne", à l'action terroriste; elles utilisent toutes les possibilités offertes ou au besoin créées; elles recouvrent l'action subversive de buts souvent trompeurs et captent ainsi des adhérents de bonne foi dont les yeux s'ouvrent malheureusement toujours trop tard. D'une facon générale on peut dire que la subversion utilisera toutes les méthodes, toutes les techniques susceptibles d'affaiblir d'abord, de détruire ensuite, la structure politique, sociale, économique et militaire d'une nation.

L'examen de toutes ces formes a fait l'objet d'études très poussées de la part d'éminents spécialistes. L'important, du point de vue militaire, n'est d'ailleurs pas de dresser une liste aussi complète que possible des formes de l'activité subversive. L'essentiel est de différencier la forme de subversion mettant en œuvre des moyens et une tactique nécessitant pour les combattre l'entrée en action des forces armées. Pour cela il faut que l'action subversive, sortant au moins partiellement de la clandestinité, se manifeste ouvertement par l'entrée en action d'éléments nationaux organisés et armés, ces éléments nationaux pouvant d'ailleurs, à des degrés divers, continuer à dépendre de l'étranger.

A partir du moment où l'action subversive revêt ce triple caractère d'action ouverte, organisée et armée, elle est justiciable de l'emploi contre elles des forces armées. Si ces trois conditions ne sont pas toujours suffisantes, elles n'en sont pas moins toutes trois nécessaires. Un soulèvement non organisé, c'est-à-dire forcément limité dans le temps et dans l'espace, c'est soit une émeute si l'action est menée par des éléments civils, soit une mutinerie ou une rébellion selon l'importance des effectifs militaire révoltés. Mais ce n'est pas encore une insurrection; ou tout au moins pas au début, bien que l'histoire ne manque pas d'exemples d'émeutes ayant tourné à l'insurrection, voire même à la révolution dont celle de Juillet 1789 en France reste l'exemple consacré par le mot célèbre de La Rochefoucauld-Liancourt à Louis XVI après la prise de la Bastille: "C'est plus qu'une émeute, Sire, c'est une révolution".
L'histoire montre également que le processus insurrectionnel une fois déclenché reste presque toujours le même. Les objectifs initiaux des insurgés ne varient guère: ce sont les dépôts d'armes et de munitions, les centres névralgiques du pays. C'est une des raisons pour lesquelles une insurrection moderne commencera dans la capitale ou tout au moins dans les grands centres urbains, et ne pourra durer et se développer qu'à la condition de tenir au moins l'une des grandes villes, d'y installer un semblant de gouvernement, et d'y équiper des unités capables de résister à des attaques de blindés.

Ces conditions initiales remplies, l'insurrection ne pourra s'étendre que par des actions dites de guérillas, car aucune bande insurrectionnelle ne peut avoir la prétention de tenir en rase campagne en face d'unités régulières, tout au moins tant que l'insurrection ne disposera pas d'unités armées et equipées de façon comparable. Il est important de noter qu'une insurrection pourrait difficilement réussir sur le plan militaire, à moins qu'elle ne réussisse à rallier dès le début une fraction importante des forces armées ou bien ne reçoive dans les moindres délais une aide extérieure.

Ceci posé, les missions de l'Armée dans la lutte contre la subversion et contre l'insurrection paraissent plus faciles à définir. Il est non seulement normal mais nécessaire que l'Armée étudie les moyens de combattre la subversion et soit préparée à les mettre en œuvre le cas échéant. La subversion est beaucoup plus grave si elle est dirigée de l'extérieur, en raison de l'importance accrue des moyens mis en œuvre. Mais, quelle qu'en soit l'origine, la subversion s'attaque à toutes les branches de l'activité nationale, à tous les corps constitués de l'Etat. Il est dès lors évident que l'armée, partie intégrante de la nation, se doit de participer à la lutte commune contre ce danger.
Mais il ne peut s'agir pour elle que d'une participation dans le cadre de la défense de la nation toute entière. L'Armée, en effet, n'est ni organisée, ni equipée pour assumer la responsabilité d'actions offensives contre une organisation clandestine. La subversion étant somme toute un complot, il appartient aux organismes specialisés et non à l'Armée de démasquer et de réduire à l'impuissance ceux qui, en fait, sont des conspirateurs. Seuls ces organismes, forces de police ou services spécialisés, ont les moyens de déjouer les enterprises de subversion. Les Forces Armées en tant que telles ne peuvent, et donc ne devraient pas, prendre part à la lutte offensive contre les activités subversives, si ce n'est dans des cas bien particuliers lorsqu'elles sont requises d'apporter leur aide aux forces de police soit en cas d'urgence, soit lorsque les moyens de ces dernières sont estimés insuffisants pour que force reste à la loi et pour le maintien de l'ordre.


Il en est tout autrement dès qu'il s'agit non plus de subversion mais d'insurrection, si l'on veut bien admettre que le domaine de la subversion finit, et celui de l'insurrection commence, avec le recours aux armes. Cette délinéation est essentielle pour définir le rôle et fixer les missions de l'Armée dans la lutte contre l'insurrection. La constitution de dépôts d'armes clandestins, c'est encore de la subversion. La recherche et la saisie de tels dépôts, c'est toujours l'affaire de la police et des services spécialisés. Mais si, en dépit des activités policières, les éléments subversifs ayant réussi à s'armer passent à l'action, il ne peut y avoir de doute: c'est aux Forces Armées qu'il appartient de les réduire ou de les détruire. A l'appui de cette affirmation les arguments ne manquent pas, à commencer par la parole même du Christ à saint Pierre: "Celui qui a tiré l'épée périra par l'épée".
Les opérations anti-insurrectionnelles devront donc comporter simultanément des opérations militaires et des opérations spécialisées. Dans ces conditions la question peut se poser de savoir qui du Militaire ou du Civil doit assumer la responsabilité de l'ensemble des opérations.
Une telle décision se rapportant à la conduite de la guerre et non pas seulement à la conduite des opérations est de ce fait affaire de gouvernement. C'est-à-dire que selon les circonstances, en particulier selon le climat psychologique du moment et suivant l'importance des forces insurrectionnelles à réduire, la responsabilité de l'ensemble pourra soit demeurer civile soit passer aux mains des militaires. Toutefois, quelle que soit la décision prise, il ne doit pas être perdu de vue que si les autorités civiles sont compétentes pour utiliser l'aide des Forces Armées dans une action de police, seules les autorités militaires demeurent qualifiées pour diriger des opérations essentiellement militaires.
En conclusion:
La lutte contre la menace de subversion est une affaire de "défense de la nation" à laquelle l'Armée se doit de prendre la part qui lui revient en tant que principal dépositaire de la Force Armée et dans la limite de ses responsabilités, en matière d'éducation civique. Mais si l'Armée peut et doit lutter contre les effets de la subversion, elle n'est par contre ni organisée, ni equipée pour s'attaquer aux causes. En temps normal les militaires ne peuvent, et donc ne devraient pas être chargés de la détection et de la répression des activités nécessitant la mise en œuvre de moyens et de méthodes incompatibles avec l'esprit, l'organisation et la mission traditionnelle de l'Armée.
La lutte contre l'insurrection, enterprise de subversion armée "ouverte" est une affaire de "Défense Nationale" nécessitant aussi bien des opérations militaires proprement dites visant à la destruction des bandes insurgés, que des opérations de police menées par des forces spécialisées visant à la destruction de l'infrastructure clandestine du mouvement insurrectionnel. Dans le cas particulier de cette guerre, comme d'ailleurs dans tous les autres cas d'un conflit moderne, l'Armée ne peut plus régler seule la question.

Mais si les Forces Armées ne sont plus le facteur unique de la décision, elles en restent l'élément déterminant. C'est une des raisons pour lesquelles toute insurrection à venir est d'avance militairement vouée à l'échec, à moins qu'elle ne réussisse à rallier dès le début une fraction importante des forces armées, ou bien qu'elle ne reçoive dans les moindres délais une aide extérieure dont les "volontaires" des guerres d'Espagne ou de Corée sont des exemples désormais classiques.
Il est important de rappeler ici que les manifestations pacifiques qui ont récemment eu lieu en Tunisie et en Egypte ne sauraient être qualifiées d'insurrection, puisque les manifestants n'étaient pas armés. Ces manifestations peuvent être classées dans la même catégorie que les manifestations pour les droits civiques des noirs aux Etats-Unis au début des années soixante, sous la direction du Révérend Dr. Martin Luther King Jr.


Par Ntche, Tissah Georges
Enseignant et Chargé de Recherches
Washington, DC / USA

Ntche, Tissah Georges

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