23/02/2011 00:36:52
Le CODE sème le trouble au château de Paul Biya à Genève
"Biya c'est à ton tour de dégager". L'opération a commencé ce 19 Février devant le chateau de Biya à Genève.
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Ils ont fait un voyage de 2000 kilomètres par la route, et traversé quatre pays d'Europe pour aller faire ce qu'ils savent faire le plus : Démystifier le Président Paul Biya et porter un coup dur à image. Brice Nitcheu, leader du CODE, empêcheur de dormir en paix  et quatre de ses plus fidèles lieutenants du CODE (Collectif des Organisations Démocratiques et Patriotiques des Camerounais de la Diaspora) ont fait le long voyage a travers les falaises de la France et de la Suisse pour aller montrer la preuve que Paul Biya possède des biens à l'extérieur du Cameroun. Et ils l'ont fait avec le cran et la détermination  qu'on leur connaît. Nous étions sur leurs traces

C'est vers 8h du matin ce 19 février que les activistes arrivent à Genève. La ville est plongée dans une épaisse couche de brouillard et la température affiche moins 2. C'est dans un domicile non loin de l'aéroport de Genève que Nitcheu et ses amis mettent la dernière main sur ce qu'il appelle « Opération Paul Biya dégage ». Pendant trois heures d'horloge, ils font le point de la situation, élaborent les stratégies, et surtout, abordent la question de la réaction de la police, d'autant plus que la manifestation n'a pas été déclarée. « Paul Biya ne demande pas l'autorisation aux Camerounais pour venir planquer leur argent en Suisse, et la Suisse de demande pas d'autorisation au peuple Camerounais pour permettre à Biya de cacher cet argent chez eux » tranche Nitcheu pour rassurer ses camarades

Il est 11h. Le temps est radieux. Les activistes s'engouffrent dans une voiture et se dirigent vers le lac Léman, non loin de l'hôtel Intercontinental. Ils prennent la direction de la Rue de Lausanne, qui longe le célèbre Lac. Cette partie de Genève est particulièrement prisée par les milliardaires et les riches artistes et sportifs, qui aiment son calme et la fraîcheur du Lac. De grandes barrières cachent des villas cossues tout au long de la rue. Devant une résidence qui semble être celle de l'ambassadeur de la Chine, l'un des activistes descends et va inspecter  les lieux et fait quelques tours.


Brice Nitcheu sort du véhicule, avec un mégaphone. Il est suivi immédiatement par ses camarades qui déballent les posters et les pancartes. « C'est notre arsenal de guerre » affirme l'un d'entre eux. Il y a une certaine tension sur leurs visages. Ils sont maintenant en face d'un château, qui est protégé par de grandes barrières métalliques, peintes en noir et or. L'énorme portail porte les numéros 232 et 234. C'est une propriété qui s'étend sur plusieurs hectares, jusqu'au bord du Lac Léman. Un jardin, soigneusement taillée, entoure le château et la villa. A l'extérieur du portail, sont couchés deux statues de lions, symbole du pouvoir de Paul Biya. Ils sont taillés dans la cire noire et surveillent l'entrée avec leurs regards de feu. Les activistes du CODE sont devant la propriété, avec pour  certains, une chaîne au cou pour symboliser ceux qui, comme Lapiro de Mbanga et Paul Eric Kingue, croupissent dans les geôles camerounaises. Le décor est planté. Place à l'action

Nitcheu se rapproche de l'interphone et appui dessus. Personne ne  se signale. Après plusieurs tentatives, il saisit son mégaphone, et  lance « Chantal Biya, nous savons que vous êtes la dedans avec vos enfants. Cette propriété ne vous appartient pas. Paul Biya a dit qu'il n'avait aucun patrimoine à l'extérieur du Cameroun. Que faites-vous donc là-bas ? » Pour répondre à cette impertinence, de gros chiens, type Berger Allemand sont lâchés, et le portail s'ouvre. Les activistes du CODE se saisissent de tout ce qui est a leur portée pour confronter les chiens, qui fuient et retournent à l'intérieur. Les activistes installent les pancartes et les posters. On peut y lire « Paul Biya dégage » « Le 23 février, c'est fini pour toi » « Voici les preuves des biens mal acquis » « Paul Biya rembourses » « La peur a change de camp » etc.
 

Les caméras qui surveillent le château sont tous braquées sur les activistes. Ils n'en ont cure. Le ton monte. Les bruits s'intensifient. Les voisins sortent. Les passants s'arrêtent et les véhicules qui passent par la klaxonnent en signe de soutien. Une limousine qui clignotait pour entrer dans la propriété se retrouvent nez a nez avec les activistes, redémarre en trombe et disparaît. Le siège dure depuis 40 minutes. Personne n'entre et personne ne sort. On aperçoit derrière les grandes fenêtres des têtes qui observent. Derrière les grands sapins du jardin, certaines personnes se concertent au téléphone. Ils sont sans doute des agents de la sécurité. Subitement la porte du château s'ouvre. Une dame, type arabe sort avec un parapluie en main. Il fait pourtant soleil. Elle se dirige vers le portail où se trouvent les activistes du Code. De l'intérieur, elle déclare que « la villa n'appartient plus à Paul Biya » qui aurait déménagé selon elle depuis des mois, et « se trouve maintenant avec sa famille à Paris ». « Foutaise ! » lui répond Brice Nitcheu. « Allez demander à Chantal Biya de venir nous dire ici ce qu'elle fait là-dedans avant de venir nous raconter des sornettes » L'autre renchérit : « Vous confirmez qu'il vivait là-bas » Face à ce barrage de questions, elle retourne sur ses pas rentre dans le château, confuse.

Il est 14h environ. La gendarmerie, vraisemblablement appelée à la rescousse  par les occupants du château, débarque, suivie quelques minutes après par la police. La dame du château revient lorsqu'elle aperçoit la police, et menace de faire embarquer les activistes, qui l'ignorent et continuent les bruits avec plus de ferveur. Le policier qui arrive le premier va écouter les explications de la dame. Avant de venir à Brice Nitcheu. Les échanges sont courtois et Nitcheu lui explique que « le château a été acquis avec l'argent volé aux Camerounais, et Monsieur Biya y planque sa famille, et massacrent les enfants des autres » « Paul Biya avait déclaré à Tripoli qu'il ne possédait aucun patrimoine à l'extérieur du Cameroun. Il avait menti comme toujours. Nous sommes ici  pour montrer aux Camerounais où va l'argent qu'on leur vole. Compte tenu de l'état de délabrement du Cameroun, nous ne pouvons pas accepter qu'ils viennent  ici au bord du lac acheter un château comme celui-là. » « Nous demandons aux occidentaux qui ferment les yeux sur ses dérives et acceptent qu'il vienne cacher chez eux l'argent des Camerounais, de demander à Biya de quitter le pouvoir maintenant avant qu'il ne soit tard pour lui. Vous les Occidentaux, ouvrez les yeux sur ce qui se passe autour de vous. Anticiper. N'attendez pas que son régime s'écroule avant de geler ses avoirs. La Suisse doit geler tous les avoirs de Biya maintenant »

Avec beaucoup de convivialité, les activistes et les policiers échangent, dans la bonne humeur. Après près de trois heures de manifestation, Nitcheu et ses camarades lèvent le siège du château. Avant de monter dans la voiture, il a lancé un appel à tous les Camerounais de sortir massivement des le 23 février « pour faire tomber le régime de Paul Biya »

Après le coup audacieux de l'Intercontinental il y a quelques mois, le CODE fait monter la pression sur le président Biya.


Correspondance particulière de Janvier Kingue/ le Messager du 23 fevrier 2011 

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