24/02/2011 00:14:56
Tendance : L'immolation s'importe au Cameroun
Les cas d'immolation, en Tunisie puis en Egypte et qui ont donné lieu à des soulèvements populaires, inspirent aujourd'hui de nombreux Camerounais.
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Des cas de suicide par le feu se multiplient dans notre pays, au moment où la menace d'autodafé de Paul Eric Kinguè met le pouvoir en alerte. Nathalie Ambieme, 26 ans, a finalement succombé à ses brûlures au 3e degré le 1er février 2011. Les médecins de l'hôpital général de Douala, où elle avait été admise sous soins intensifs, présageaient déjà le pire. Les riverains, qui avaient assisté à son évacuation de l'auberge Le gîte du château, au lieu dit Château à Nyalla, la croyaient déjà morte bien avant son internement. C'est dans cette auberge que Nathalie s'est immolée par le feu. L'un des clients de l'établissement, qui l'avait conduite à l'hôpital, affirme avoir aperçu la jeune femme à son arrivée, dans la matinée, avec un sachet qui contenait vraisemblablement du pétrole lampant.

«J'ai par la suite entendu des bruits assourdissants, de grands coups sur le mur», explique-t-il. Assisté du propriétaire de l'auberge, ils l'ont extraite de sa chambre en brisant la vitre de la fenêtre. Sur le site du drame, le matelas, la table de chevet et le lit sont calcinés. D'après des sources policières, Nathalie se serait couverte d'un drap avant d'y mettre le feu. Sur le lit d'hôpital, avant sa mort, Nathalie Ambieme aurait révélé au secouriste que son conjoint l'avait trompé avec sa meilleure amie. «Déçue, elle s'est réfugiée à l'auberge et a voulu en finir avec la vie», relate Emmanuel, résidant de l'hôtel depuis 6 mois. Interrogée par les éléments du commissariat du 11e arrondissement, la cadette de Nathalie soutient que la disparue l'a appelée deux jours plus tôt: «Elle m'a dit que son mari la trompait, et qu'il lui a transmis le virus du sida.»

Pourquoi avoir choisi d'aller s'immoler dans une auberge? «Le suicide d'une personne s'incère se situe dans la dialectique de sa désespérance ou de sa rage, donc d'un mal être. Le cas le plus profond est celui de cette dame qui s'est immolée dans une auberge de la place dans laquelle son époux, après lui avoir transmis le vih, venait la cocufier avec sa propre camarade», explique le psychologue Blaise Christian Motsebo. A ce cas d'immolation vient s'ajouter celui d'Alioum, qui a mis le feu sur le domicile dans lequel il logeait à Maroua. La scène remonte au 02 février 2011. Il a arrosé toute la maison d'essence, avant d'y mettre le feu.

Dispute conjugale

Alioum était passé à l'acte après le décès de sa conjointe, à la suite d'une dispute conjugale qui avait dégénéré en bagarre et qui avait été fatale à la femme. Soureya ne supportait plus les multiples virées nocturnes de son conjoint, et menaçait de quitter son foyer. Les voisins, accourus, avaient vainement tenté de le sauver. Le brûlé au 3è degré rendit l'âme à l'hôpital régional de Maroua, où il avait été transporté. Les cas d'immolation, en Tunisie puis en Egypte et qui ont donné lieu à des soulèvements populaires, inspirent aujourd'hui de nombreux Camerounais.

Dans une lettre envoyée le 19 janvier dernier à l'ambassadeur des Etats-Unis au Cameroun et au premier président de la Cour suprême, Paul Eric Kinguè, ancien maire Rdpc de Penja, détenu à la prison centrale de New Bell à Douala, informait de sa décision de se donner la mort derrière les barreaux «avant les élections présidentielles de 2011 pour persécution judiciaire et jugement juridique non fondé». Cette menace a ému le sérail et l'opinion publique. Depuis lors, celui qui a été condamné à 10 ans de prison pour son action lors de émeutes de février 2008, et à 10 ans de privation de liberté pour le détournement de 1,4 million Fcfa à la commune de Penja, dont il était maire et qui a une troisième affaire relative au détournement de 4,5 millions Fcfa, n'a pas arrêté de recevoir des visiteurs.

Il a été, plusieurs fois, entendu par les services du renseignement. La Commission nationale des droits de l'homme, celle des Nations Unies et des leaders politiques, ont défilé au parloir. Paul Eric Kinguè reçoit aussi des lettres anonymes lui demandant de dépolitiser sa menace et d'avouer, même si ce n'est pas vrai, ce qui lui est reproché s'il veut recouvrer la liberté et avoir une justice équitable. Le projet mortifère de Paul Eric Kinguè suscite des frissons, surtout chez ceux qui se rappellent comment un acte de ce type a déclenché un mouvement de colère populaire en Tunisie. Le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid, une région déshéritée du centre-ouest du pays, Mohamed Bouazizi, jeune vendeur ambulant de fruits et légumes, s'était aspergé d'essence et s'était enflammé après la saisie de ses marchandises par des agents municipaux.

Onze personnes au total se sont immolées par le feu lors des troubles qui ont secoué la Tunisie pendant plus d'un mois et demi, dont 5 ont succombé à leurs blessures, indique le responsable du centre de traumatologie et des grands brûlés de Ben Arous, près de Tunis, Ridha Bouzid, indiquait Associated Press le 05 février dernier. En Egypte, le nombre de personnes immolées est certes moins élevé (deux cas), mais le soulèvement de la population a eu le même effet : la démission, le 14 janvier dernier, du président Ben Ali et celle de Hosni Moubarak, le raïs égyptien, le 11 février dernier après trois décennies passées au pouvoir.

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