24/02/2011 15:26:51
Opinion: Le faux procès contre la Diaspora
Sans me faire le défenseur ou le porte-parole de la diaspora, sans nier les dérives et abus d’une certaine diaspora, j’aimerais tout de même attirer l’attention des uns et des autres sur ce qu’il convient d’appeler «Le faux procès contre la diaspora ».
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

Très souvent on entend dire à propos des membres de la diaspora camerounaise, « ils sont loin du pays, ils ne connaissent pas les réalités du pays », «ceux sont des vendeurs d'illusions ou des traitres », « ils n'ont rien à perdre », « ils conspirent contre le Cameroun et pourtant ils sont à l'abri du besoin », «ils sont maîtres dans l'art de la ratiocination dans le vide », «Ceux sont des lâches, le vrai combat c'est sur le terrain » bref toute une série de boutades et mensonges soigneusement entretenus par certains caciques du landernau politique camerounais afin de faire barrage à l'influence grandissante de la diaspora.
Sans me faire le défenseur ou le porte-parole de la diaspora, sans nier les dérives et abus d'une certaine diaspora, j'aimerais tout de même attirer l'attention des uns et des autres sur ce qu'il convient d'appeler «Le faux procès contre la diaspora ».
Gardons-nous de succomber aux sirènes de ces mensonges, qui tendent à laisser croire qu'il y a les Camerounais de la Diaspora et les Camerounais du pays. Nous sommes tous des Camerounais et nous sommes tous (à quelque exception près) préoccupés par le sort de notre pays. Chacun entend le défendre où il réside et avec les moyens pacifiques dont -il dispose.

Aujourd'hui certaines personnes malintentionnées donnent l'impression que les Camerounais du triangle national qui osent s'insurger contre les injustices sociales sont dupes, malléables et manipulés par la diaspora. Face à cette dénégation de la réalité, il convient de se demander si les évènements de 2008 étaient du fait de la diaspora? Les SMS et les tracts qui ont circulé le 23 février 2011 appelant au soulèvement contre le régime Biya, émanaient-ils de la diaspora ? Mboua Massock, est-ce la diaspora ? Anicet Ékani, Kah Wallah, Nitcheu sont-ils des membres de la diaspora ? Au lieu de reconnaître que le malaise part de l'intérieur, du dépérissement du tissu social et trouver de ce fait des solutions, le sérail donne le sentiment que la diaspora agite le spectre de guerre. Mieux il  profite de cette occasion pour ventiler in fine, "ils (diaspora) restent là-bas et vous demande d'aller vous faire tuer ". Faisons tous attention, car la manipulation est très souvent là où on s'y attend le moins.

Par ailleurs, c'est une absurdité de la part de certains Camerounais,  de croire que le fait d'être à l'étranger met ipso facto un membre de la diaspora engagé politiquement, à l'abri d'éventuels griefs ou attaques physiques des membres du régime. La plupart des membres de la diaspora qui se trouve être des critiques acerbes du régime, a sa famille proche au Cameroun. Félix Moumié n'a-t-il pas été empoisonné le 3 novembre 1960 alors qu'il était à Genève ? Comme pour dire que la diaspora n'est pas plus à l'abri des revers de fortune que les Camerounais engagés politiquement au pays.

Par ailleurs en écoutant très souvent une frange (négligeable heureusement) de la population camerounaise, on a comme l'impression que celle-ci tend à sous-estimer, à relativiser la vulnérabilité ou la souffrance auxquelles peut être soumis un critique de la diaspora.  Critique de l'intérieur ou de l'extérieur, la réalité est que les deux sont  soumis à la même vulnérabilité, à la même souffrance même si le contexte est différent. Qui peut quantifier ou jauger valablement le degré de souffrance d'un critique du régime qui ne peut manifestement pas revoir sa famille sans mettre sa vie en danger ? Ni retourner au Cameroun, sa terre d'attache ? Qui doute même de ses amis ? Qui reçoit les menaces de mort chaque jour etc.?

Si la diaspora peut profiter de la position qui est la sienne pour braquer les projecteurs sur un certain nombre de dérives, pourquoi s'en plaindre ? Est-ce vraiment l'enjeu du débat que de dire qu'il est plus facile pour la diaspora, parce qu'étant par essence à l'extérieur, de protester que le citoyen lambda qui est au Cameroun ? Admettons qu'il soit plus facile, y a-t-il un problème à profiter de cette possibilité offerte pour défendre des causes justes ? À défaut de pouvoir le faire, laissons donc ceux qui ne sont pas sous l'empire d'un ensemble de contraintes le faire. Et même, il convient d'atténuer notre propos. Mathias Éric Nguini Owona (Photo), - très critique du gouvernement -, n'est-il pas le fils de l'autre ?

N'oublions pas qu'avant d'être de la diaspora les Camerounais ont grandi au Cameroun et beaucoup se sont expatriés à contrecœur et pour de nombreuses raisons que nous tous savons. Si ces membres sont plus audibles aujourd'hui, cela ne veut aucunement dire qu'ils ne s'insurgeaient pas au Cameroun. La différence est qu'ils ont aujourd'hui plus facilement accès aux moyens de communication.

Même à l'étranger les membres de la diaspora demeurent des Camerounais. Non des Camerounais à part, mais des Camerounais à part entière. Qui peut nier aujourd'hui l'apport de la Diaspora au «développement » du Cameroun ? Pour ne citer qu'un exemple, signalons les données relayées par le journal Les Afriques :
« Quelque 40 milliards de dollars ont été transférés en Afrique en 2008, contre 4 milliards de dollars en 2003. À elle seule, la diaspora camerounaise a transféré 280 millions de dollars en 2006. Selon le Ministère camerounais des finances, le transfert d'argent de la diaspora est la seconde source de financement externe des pays en développement, derrière les investissements directs et devant l'aide publique au développement des partenaires bilatéraux et multilatéraux.»

Chaque pays s'est toujours trouvé renforcé grâce (AUSSI) à sa diaspora.

Critique de l'intérieur ou de l'extérieur, ils sont logés à la même enseigne avec des réalités différentes et non forcément plus difficiles ou plus faciles que d'autres. Ici, place est plutôt - ce de part et d'autre - à la puissance même du mot SACERDOCE. Que chacun joue son rôle. Si quelqu'un dit, « moi Amadou Mbarga Fotso John Stephen, ces choses ne regardent pas ». Tant mieux. Mais qu'il soit tout autant respectueux de Kouma Fontcha fatimatou Ndi Aurelie qui, elle, s'engage à son risque et péril. 

Fondamentalement, il est question de sortir de ces dissensions puériles et stériles entre les Camerounais des deux bords et savamment entretenues par les hiérarques du régime Biya, pour revenir au vrai débat à savoir : les conditions sociales et économiques des Camerounais et précisément des jeunes Camerounais.

La paix ne veut aucunement dire absence de guerre. Quelqu'un qui ne peut pas se nourrir, se vêtir, se divertir, se marier, se loger, etc., est-il vraiment en paix ? Les jeunes camerounais ont manifestement arrêté de rêver, d'espérer. Et un jeune qui ne crois plus en l'avenir, qui ne rêve plus est un rebelle potentiel.

Que ceux qui président aux destinées de ce pays riche de ses ressources touchent du bout des doigts les problèmes réels des Camerounais au lieu d'invectiver, de diaboliser la diaspora ou de monter certains Camerounais contre leurs compatriotes. Méritocratie, emplois, transparence électorale, pouvoir d'achat voilà quelques points qui mériteraient l'attention de ces thuriféraires du régime.

Terminons par cette belle pensée du Roi Ghezo d'Abomey qui disait un jour : «Si tous les fils du royaume venaient par leurs mains assemblées boucher tous les trous de la jarre percée, le pays serait sauvé ».

Christian Alain

Christian Alain

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE