24/02/2011 16:31:08
Douala : des manifestants matés dans le sang
Les forces de l'ordre répondent par la violence aux manifestations organisées par les leaders de partis politiques et d'opinions. Entre blessés et confiscation des biens, plusieurs marcheurs ont été internés.
Le Messager
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Du sang des leaders de l'opposition sur le macadam.  Des vêtements déchirés après un affrontement entre manifestants et forces de l'ordre armées jusqu'aux dents.  Des camions anti émeutes de la police et de la gendarmerie qui arrosaient la foule sans distinction.  Des journalistes interpelés dont on ignore la destination. Du matériel des marcheurs confisqué, idem pour les journalistes. Tel est le triste spectacle qui a été observé hier mercredi 23 février 2011 à la Salle des fêtes d'akwa.

En application des instructions reçues du préfet du Wouri qui a interdit toute manifestation publique sur toute l'étendue de son territoire de commandement, les forces de l'ordre (police et gendarmerie) ont quadrillé les foyers déclarés de manifestation publique. Créant ipso facto un interminable bouchon sur ce site sensible de la capitale économique, tout en donnant raison à ceux qui pensent que le régime est aux abois. “Ekanè Anicet était seulement avec cinq ou six personnes au départ et ils étaient en train de causer au rond point central quand ils ont été bousculés par la police. Bastonnés, ils seront conduits dans le camion avec des habits déchirés. Est-ce qu'il faut deux cent gendarmes armés pour stopper une marche de six personnes?”, dit Adelaïde Bassogo, ingénieur de conception.

Les hauts gradés de la police (Joachim Mbida Nkili, délégué régional de la sûreté nationale pour le Littoral) et de la gendarmerie (Jules César  Essoh, commandant de la légion du Littoral), veillaient au grain et donnaient des instructions minute by minute à leurs éléments. C'est depuis le site de la Salle des fêtes d'Akwa que les opérations des autres quartiers étaient dirigées et un attroupement de dix personnes était suspect aux yeux des forces de l'ordre. Après la Salle des fêtes, le cap est mis vers le carrefour “ feu rouge ” Bessenguè où la marche organisée par “ Cameroun O'Bosso ” a été éteinte dans l'œuf, avec des violences au menu. Les violences des forces de l'ordre ne se sont pas arrêtées aux seuls manifestants, car des conducteurs de moto-taxis qui ont commis l'erreur d'admirer la scène ont été priés Par force de déguerpir, déclenchant un autre foyer de tension vite maîtrisé.

Démonstration de mobilisation de l'opposition quelque peu perturbée par les forces de l'ordre, cette manifestation interdite a eu des malheureux pas concernés dans ces activités. Notamment le conducteur de moto-taxi à qui un gendarme a broyé la mâchoire et arraché quatre dents au niveau du carrefour Dalip, ou encore celui à qui son engin à d'eux roues a été confisqué par les flics et remis par la suite devant la grogne de ses pairs.

Les leaders de l'opposition qui disent vouloir poursuivre le combat, entendent se mettre d'accord sur les modalités inhérentes à la nouvelle impulsion à donner à cette opération qui voudrait donner au peuple l'opportunité de prendre en mains son destin. Comme au Maghreb arabe. Au moment où nous allions sous presse, gendarmes et policiers n'avaient pas quitté le site de la Salle des fêtes d'Akwa. A bord de l'un des sept camions, ils scrutent l'horizon.

Coulines.

Nkongmondo: La “jeunesse” de Kah Walla aux arrêts

C'est lorsqu'ils s'apprêtaient à procéder au recrutement des marcheurs que douze “patriotes” dont on dit faire partie de Cameroun O'Bosso, ont été mis en minorité par la jeunesse de ce quartier et ont saisi la police. Violentés par les forces de l'ordre, ils seront piétinés et conduits à Bonanjo aux premières heures de la journée. Pierre Ndjock, un habitant de ce quartier raconte. “Ils sont venus ici en me proposant de l'argent et un tee shirt pour que je puisse défiler et sensibiliser mes amis. Il était question pour nous de les faire partir, mais un conseiller municipal a appelé la police qui les a arrêtés”. Même s'ils n'ont pas marché, ils ont subi d'importants sévices corporels.
 
Bonanjo: Mboua Massok arrêté, déporté et relâché

Deux heures plus tard, c'est Mboua Massok Ma Batalong qui est inquiété à Bonanjo (il en a l'habitude) en compagnie de six de ses lieutenants non loin de la place du gouvernement. Après les formalités d'usage et sans brutalité, le président de la Nouvelle dynamique africaine (Nodyna) qui rêve d'une révolution qui vienne de la rue au Cameroun comme au Maghreb sera arrêté et déporté au marché de Pk 12. Un remake, car lors du programme “Le pas décisif”, celui dont on attribue la paternité des “Villes mortes” avait été arrêté à Bonabéri et déporté à Yingui dans le Nkam. Approché, il se veut serein. “Je n'ai pas été violenté par la police mais le combat continue”. Quelques heures plus tard, Mboua Massok reprendra le chemin de Bonanjo. Après une courte échauffourée avec les gendarmes, il va trouver refuge à la cathédrale Saints Pierre Pierre et Paul de Bonadibong. Pendant que ses compagnons seront copieusement tabassés.

Salle des fêtes d'Akwa: Nintcheu blessé, poursuivi et arrosé

Il a fallu à Jean Michel Nintcheu, le principal organisateur de ces marches, les jambes de ses vingt ans pour se sauver de l'enfer. Car poursuivi par les bidasses et arrosé par le camion anti émeutes du Gmi, après avoir reçu des coups de crosse d'un lieutenant de gendarmerie, le président provincial du Sdf-Littoral qui était pourtant ceint de son écharpe tricolore de député de la nation n'aura la vie sauve que grâce à une astuce : s'inviter dans un domicile privé pour trouver asile. Il y restera des heures durant jusqu'à ce que la police lève l'ancre. Pour entrer dans le chaudron de la Salle des fêtes, l'Honorable député qui était à la tête de nombreux manifestants a attendu le relâchement des forces de l'ordre, mais il sera trahi par la flicaille en civil qui a alerté par talkie walkie les pandores postés dans l'enceinte et à l'esplanade de ce lieu chargé d'histoire. “J'ai perdu mes lunettes alors que je suis myope. Jai des blessures partout. Tous mes habits sont déchirés”. Ce qui a fait dire à Mbida Nkili, d'après un policier, que “Je ne savais pas que Nintcheu était un si grand athlète ”. Le député Nintcheu n'aura rien inauguré. L'on se souvient qu'en 1990, au plus fort de la contestation populaire, Samuel Eboua (feu), alors président de l'Undp, reçut une fessée nationale souveraine restée dans la légende.

Feu rouge Bessengue:  Kah Walla en pièces détachées

De tous ces leaders, Kah Walla s'est gardée d'annoncer le lieu des manifestations organisées par Cameroun O'Bosso. Dans une ville de Douala quadrillée par les forces de l'ordre, elle a été repérée au carrefour feu rouge Bessengue. La scène se passe de tout commentaire. Jets d'eau de “Mamy Water”, bousculades et arrestations en série. C'est une Kah Walla toute retournée et évanouie mais qui a repris ses esprits quelques minutes plus tard, qui a été internée à la clinique Muna à Bonanjo, avec certains de ses partisans. L'un de ces derniers est encore dans le coma à l'hôpital Laquintinie.

Kah Walla, (Présidente Cameroon O'bosso): “Les Camerounais adhèrent à cette revendication légitime.”

Sur le plan personnel je suis très satisfaite. Nous avons sacrifié à nos manifestations malgré le fort déploiement des forces de l'ordre. Je suis autant ravie de constater que les Camerounais adhèrent à cette revendication légitime. Des Camerounais qui pensent qu'il faut se battre pour le pays jusqu'au bout. Ce matin, nous étions des centaines, la police a réussi à bloquer le début de la manifestation. Des gens qui étaient prêts à dire ça suffit avec le pouvoir en place, nous voulons des élections libres et transparentes. En outre, je ne crois pas qu'il y ait eu un problème d'incohérence entre les différents acteurs. Il se trouve seulement que cette marche a été prévue pour se dérouler dans différents points de la ville. Vous remarquerez que les forces de l'ordre ont pris d'assaut tous les recoins de la ville. Heureusement nous n'étions pas au même endroit. Sinon ont aurait rien pu faire. Ce qui s'est passé avec nous c'est qu'on a bloqué le boulevard de la liberté au niveau du feu rouge Bessengue. La police est arrivée. Nous nous sommes assis pour leur montrer que nous faisions une marche pacifique. Malgré cela ils se sont mis à taper sur nous. Ils m'ont particulièrement prise pour cible. Ils m'ont placé au milieu de la route et m'ont arrosé avec des eaux chimiques à l'aide de leurs canons à eau. Nous avons eu des sévices, mais nous sommes heureux d'avoir posé cet acte.

 
Anicet Ekanet (leader d'opinion):  “La répression n'arrête ni la liberté, ni la révolution.”

C'est tout simplement  ridicule ce que vient de faire le gouvernement camerounais. L'acte qu'il vient de poser ne sert à rien et ne servira à rien. L'histoire de l'humanité a montré à toutes les fois que la répression n'arrête ni la liberté, ni la révolution. Nous sommes dans un processus, la seule manière de sauver les meubles c'est d'ouvrir les fenêtres et de laisser l'air libre y entrer. C'est aussi vrai que dans une convergence naissante comme la nôtre, il est inévitable de ne pas faire face à certaines incohérences. C'est des choses que nous allons ajuster. Nous allons procéder à des réglages et, la prochaine fois, ce sera mieux. Pour la suite, on décidera ensemble. Ce n'est pas à moi tout seul de prendre des résolutions.
 
Abanda Kpama (Président du Manidem): “La peur a changé de camp”

Autant on peut dire, pour être honnête, qu'il n y a pas eu une forte mobilisation populaire, autant on doit reconnaître que sur le plan symbolique et politique, nous avons marqué un avantage par rapport au régime. Il est clair désormais que la peur a changé de camp. Et que, par rapport à une manifestation qui a été déclarée, qui est légale et qui par avance était reconnue pacifique, le déploiement des forces de répression et la sauvagerie avec laquelle ils se sont exprimés montre que ce régime est véritablement en difficulté. Nous devons reconnaître aussi qu'au niveau de ces forces il y a de plus en plus une certaine propension à brutaliser les citoyens et les leaders des partis d'opposition. Il apparaît clairement que le régime de Monsieur Biya connaît véritablement une crise et c'est cette crise qui va l'emporter. C'est la raison pour laquelle nous avons convenu de poursuivre notre action et porter le débat sur le terrain qui est celui de l'abolition de la dictature. Il faut aussi préciser que seul ceux qui n'agissent pas ne connaissent pas de fautes. Nous sommes d'accords sur l'objectif et nous sommes d'accords sur la dynamique qui doit conduire à cet objectif. C'est le plus important. Nous allons profiter du temps qui nous reste avant la déchéance de Monsieur Biya pour mettre en place une dynamique conséquente.

Hameni Mbieuleu (Président Ufdc): “Il y a des sacrifices à faire ”

Notre première victoire c'est que nous sommes allés à la fête sans défaite comme cela était prévu dans notre plan d'action. Nous avons aussi compris que le pouvoir Rdpc n'a pas changé vingt ans après les premières brutalités des années de braise. La répression de l'expression populaire est toujours la même. Seulement, il faut dire aux Camerounais et notamment aux jeunes qu'ils doivent prendre leur destin en main. Nous le faisons à notre âge pour leur montrer qu'il y a des sacrifices à faire. Qu'on nous bastonne, qu'on nous enferme, c'est pas cela le plus important. L'essentiel c'est qu'on arrive à nos fins. A propos d'incohérences, nous avons pris rendez-vous à Dekage et lorsque je suis arrivé, nous avons tout simplement commencé la marche avec Anicet, Ekanet alors que de l'autre côté le combattant Nintcheu se préparait à venir. Le résultat c'est que nous sommes allés à la Salle des fêtes où nous avons été arrêtés.

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