25/02/2011 14:27:34
L'opportunisme de la "communauté internationale" mise nu
C’était au cours de la première de « la grande palabre » hier à Yaoundé. Politologues, philosophes, journalistes, etc. s’interrogeaient sur les agissements de cette « entité » au regard de l’actualité africaine.
Le Messager
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D’après Dr Alain Fogué Tédom, enseignant de Relations internationales et stratégiques à l’université de Yaoundé II-Soa, c’est lorsqu’on n’a pas compris ce que c’est que la scène internationale, qu’ « on est ému de constater que dans ce champ des acteurs agissent en fonction de leurs intérêts. Lorsque vous avez compris ça, vous mettez de côté l’émotion et vous rejetez la thèse du complot que ressassent les Africains quand ils parlent de la communauté internationale ». Pour cet intervenant, il n’existe pas de complot de l’Occident contre l’Afrique. Les crises au sein du continent sont créées par les africains eux-mêmes du fait de « notre cécité stratégique ». Par conséquent, les africains devraient « regarder la réalité en face » et ne s’en prendre qu’à eux-mêmes. Pas d’accord sur les développements de ce politologue invité à parler du rôle de l’Onu, de la crédibilité de cette organisation du Système des Nations Unies dans un contexte de crises quasiment généralisé sur le continent africain, son confrère, Mathias Owona Nguini, secoue la tête en signe de négation en attendant de reprendre la parole pour préciser le fond de sa pensée. Dans le public, des murmures s’élèvent. Certains pour d’autres contre ! Le nombre de doigts levés pour demander la parole dès qu’on arrive à la phase consacrée aux échanges montre bien que chacun à son avis sur le sujet en débat hier jeudi 24 février 2011 à l’hôtel Djeuga Palace de Yaoundé.

Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître peut-on dire du Groupe Samory, éditeur de Germinal et Harmattan Cameroun, organisateur de cette rencontre qui se veut mensuelle. Pour cette première de « La Grande palabre », l’organisateur a choisi de s’intéresser au regard de l’actualité justifie Jean Bosco Talla, directeur de publication de l’Hebdomadaire Germinal, à « La Communauté internationale » et les crises politiques en Afrique . L’objectif visé par cette réflexion étant de «  faire la lumière sur les jeux et les enjeux qui semblent se dérouler en ce moment sur le continent africain et qui opposent les puissances occidentales aux puissances asiatiques montantes et aux forces islamiques ». Du coup, les orateurs s’appuyant sur les crises en Côte d’Ivoire en République démocratique du Congo, Gabon,   Grands lacs, Maghreb, Niger, la fin de l’apartheid en Afrique du Sud… analysent sous divers axes, l’action de la « communauté internationale » en Afrique. A Mathias Eric Owona Nguini, incombe la tâche de dessiner les contours de cette notion « pas aussi transparente, aussi clair qu’il n’y paraît ». Ce qui impose un travail d’identification. Lequel révèle que ladite communauté internationale « n’est pas aussi neutre, aussi universelle qu’elle le prétend ». Ses contours institutionnels et organisationnels, déplore le politologue, ne sont pas précis.

La part des médias

Au bout d’un argumentaire long d’une vingtaine de minutes qui englobe les agissements de la « communauté internationale » en Côte d’ivoire ou son désintérêt de la situation de crise en République centrafricaine, le rattrapage observé aussi bien en Tunisie qu’en Egypte pour ne citer que ces cas, il arrive à la conclusion selon laquelle cette « communauté internationale agit d’une manière opportuniste ». Mieux, elle « reste minée par la logique du deux poids deux mesures ». Les médias seraient mis à contribution pour permettre à la communauté internationale de faire adhérer l’opinion publique à ces prises de positions. Lesquelles sont fonction des intérêts des entités qui la constituent. Notamment, les Etats membres du Conseil de sécurité. C’est du moins l’avis du doctorant Georges Noula Nangué. Conscient du préjugé « d’homme libre » dont bénéficient les journalistes auprès du public, cette communauté appuie sur la corde de la contrainte financière pour faire dire par les médias ce qui l’arrange. Les propriétaires ou actionnaires des médias, notamment occidentaux qui attendent des retours sur investissement ne veulent pas courir le risque de tout perdre. Faute de moyens pour envoyer des reporters sur place, les médias africains se contentent souvent de relayer l’information telle que « perçue » par leurs confrères de l’Occident.

L’opinion véhiculée par Georges Noula Nanguè ne rencontre pas l’agrément du Dr Alain Fogué qui croit mordicus que la crédibilité de l’Onu ne « souffre d’aucune contestation ». Pour lui, parler de l’Onu revient à parler de nos Etats qui ont accepté d’adhérer à la Charte de cette organisation, en sachant bien que « chaque Etat représente ses intérêts ». Pour sa part, le Pr. Sindjoum Pokam, professeur de philosophie, observe pour le saluer que l’ordre mondial tel que perçu actuellement, est en train d’être interrompu par un acteur qu’on appelle le peuple. Lequel armé est invincible. C’est une entité, prévient-il, dont il faudra désormais tenir compte. Ces observations lui valent une salve d’applaudissements. Il fallait tout simplement y être. Mais pour ceux qui ont manqué cette ouverture, ce n’est que partie remise. Car « La grande palabre » qui se veut « un espace de discussion citoyenne, un cadre où on voudrait que les camerounais de bonne compagnie puissent échanger tout en se respectant », se tiendra, d’après Jean Bosco Talla, l’un des promoteurs, chaque dernier jeudi du mois. Les sujets des prochains mois déjà calés portent sur la France-Afrique ; la liberté de la presse à l’approche du 3 mai. « Et de temps à autre, nous allons aussi inviter les hommes politiques, qu’ils soient de l’opposition ou du parti au pouvoir, pour débattre ». Ça promet !

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