28/02/2011 02:19:40
David Youguet: Comment les émeutes du 28 février 2008 ont transformé ma vie !
C’est l’histoire pathétique et triste du jeune David Youguet, trente neuf ans, technicien supérieur de télécommunications. Victime d’une balle perdue et aujourd’hui estropié d’une jambe. Abandonné à lui-même sans aucune indemnisation des pouvoirs publics.
Le Messager
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C’est l’histoire pathétique et triste du jeune David Youguet, trente neuf ans, technicien supérieur de télécommunications. Victime d’une balle perdue et aujourd’hui estropié d’une jambe. Abandonné à lui-même sans aucune indemnisation des pouvoirs publics.

Tout commence le 28 février 2008, dernier jour des émeutes. C’était une après-midi calme et tranquille au quartier Bépanda axe lourd au lieu dit Maison blanche. Les émeutes tiraient à leur fin. David Youguet, est installé au niveau du balcon de son appartement où il devise en toute insouciante avec son copain. Quand subitement, un bruit assourdissant  déstabilise les deux amis qui trinquaient paisiblement.  Et ban ! “ Nous avons suivi une détonation, raconte-il trois ans après avec émotion, c’était une balle qui a frappé sur le goudron et a terminé sa course dans ma jambe”. Silence. Après quelques secondes, ce sont les cris de son ami, de son épouse et de ses enfants qui alertent le quartier. “ Mon pied avait perdu toute sensibilité, il était lourd et la douleur progressivement atteignait son paroxysme ”. Il est transporté avec l’aide des riverains d’abord dans un centre de santé du coin. Constatant leur incompétence, les agents dudit centre de santé vont suggérer l’évacuation du blessé par balle vers un hôpital décent. Le choix sera porté sur l’hôpital Laquintinie de Douala.

Et là, confie-t-il avec des yeux larmoyants, “ c’est le début d’une longue agonie qui se termine par mon état actuel: handicapé ”. Après trois mois d’hospitalisation, sanctionné par une opération chirurgicale qui ne va pas le soulager complètement même si elle a le mérite d’avoir extrait la balle de sa jambe. Depuis cet événement, la vie de ce technicien supérieur en télécommunications réduit à un épicier, n’est plus la même. Plus de sport chaque matin avec Carine son épouse ; ne possédant plus toutes ses capacités physiques, il tient un modeste commerce (la seule source de revenus de la famille) au lieu dit carrefour Nkongmondo rails. Ici, il est incapable de porter une table et après une journée remplie qui commence à 7h et se termine à minuit, David affectueusement appelé “ Dave ”, retrouve les siens à Bépanda, extenué, la jambe endolorie. “ Ecoutez, je n’y peux rien, il faut bien que la maisonnée vive. Avec quatre enfants et une épouse, on ne saurait s’apitoyer sur son sort. Il faut bien faire quelque chose ”. Malgré son handicap, celui qu’on a appelé abusivement “ émeutier ”, fait contre mauvaise fortune bon cœur. C’est avec  sourire qu’il vit sa nouvelle vie.

Humanisme

 En grande partie par les soins de son épouse pour laquelle il ne tarit pas d’éloges. “ Elle ne cesse de m’apporter son soutien indéfectible même si elle me chambre parfois quand elle m’appelle Eboa (Eboa Lottin, célèbre estropié de la jambe, de regrettée mémoire), l’ambiance est bon enfant ”. Sa progéniture n’est pas en reste. “ Mes quatre enfants sont des anges, il existe entre nous des liens forts quasi fusionnels. Tout ce que mon  épouse et moi entreprenons, c’est pour leur accorder à notre niveau un certain confort. Même si je suis devenu handicapé, ils doivent être fiers de leur père ”.

Avec le soutien des siens Dave garde de l’espoir. Selon “ mon médecin, explique-t-il, il faut que je subisse une seconde intervention chirurgicale pour installer une prothèse du col du fémur pour qu’un jour je recommence à marcher convenablement ”. Seul hic, il doit “ réunir la rondelette somme de 1.500.000 Fcfa pour cette deuxième opération ”. Ce qui n’est pas une sinécure quand on sait qu’il a pris sur lui tous les frais inhérents à ses premiers soins qui s’élèvent à près de 2 millions Fcfa.  

Et lorsqu’on aborde la question des indemnisations dues aux victimes collatérales des émeutes de la faim de février 2008, une nervosité se diffuse sur son visage.  Si “ le ministre Mama Fouda nous a rendu visite alors que nous étions encore à l’hôpital en nous promettent la prise en charge totale de nos soins par le gouvernement, déplore-t-il, force est de relever qu’au jour d’aujourd’hui, nous n’avons reçu aucun kopeck des pouvoirs publics ”. Dave en appelle au sens de l’humanisme et d’altruisme de l’Etat pour que ceux comme lui qui ont subi des préjudices collatéraux, suite à ces émeutes dites de la faim, puissent être indemnisés.

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