01/03/2011 04:45:36
Spéculations sur l'agenda politique de Biya
Congrès ordinaire ou extraordinaire du Rdpc, réaménagement de l’équipe gouvernementale, relance de l’opération Epervier, et surtout inquiétudes sur une possible révolution populaire au Cameroun. Tout y passe...
Le Messager
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C’est en principe hier lundi 28 février 2011 que le chef de l’Etat devait regagner Yaoundé. Parti depuis le 10 février dernier pour son village Mvomeka’a, où il devait célébrer son 78è anniversaire, Paul Biya n’était toujours pas venu dans la capitale. C’est depuis son village qu’il a géré le récent processus de libération des otages de la péninsule de Bakassi. Tout comme il a suivi à partir de Mvomeka’a, la chute de l’ex-président égyptien, Hosni Moubarak.

Les remous des tentatives de commémoration, le 23 février 2011, des émeutes de fin février 2008, avec toute la répression sanglante qui a suivi et les contours des manifestations contre le guide de la Jamahiriya  libyenne, l’ont aussi trouvés dans son cher Mvomeka’a natal. S’étant certainement assuré que “ le calme règne sur l’étendue du territoire national ”, Paul Biya a donc décidé de regagner Yaoundé. Son retour effectif dans la capitale camerounaise coïncide ainsi avec une actualité politique liée à la visite au Cameroun du sous secrétaire des Nations-unies chargée des élections. Lynn Pascoe qui est arrivée au Cameroun dimanche dernier, a eu une série de rencontres avec les autorités camerounaises en charge des questions électorales, notamment le directeur général de Elections Cameroun (Elecam), et des leaders des partis politiques.              

Paul Biya pour sa part reprend le service au palais de l’Unité avec des préoccupations liées à ses fonctions. Des sources bien introduites évoquent le dossier du congrès ordinaire du Rdpc. Depuis deux ans déjà, ce congrès ordinaire du “ Parti des flammes ” est annoncé. Un serpent de mer, comme l’explique un hiérarque du parti au pouvoir approché par Le Messager : “ C’est vrai qu’on attend la tenue de ce congrès. Les dossiers de cet évènement majeur de notre parti ont même déjà été structurés et soumis à l’appréciation de la très haute hiérarchie. Mais seul le président national peut dire quand est-ce que le congrès aura lieu. C’est lui qui a la clé de la décision. Au niveau du secrétariat général du comité central, l’ambiance est, au-delà des apparences, celle de l’alerte. Mais il faut se rappeler que le président national du Rdpc est aussi président de la République. Il a d’autres dossiers plus urgents à gérer, et n’a peut-être pas jugé opportun de faire convoquer ce congrès ordinaire du Rdpc pour l’instant. Ce congrès devrait renouveler le mandat des membres du bureau politique et du comité central. Il faudra donc que nos militants soient patients. ”

Vers un congrès extraordinaire

Au sein du Rdpc, de plus en plus, les jeunes cadres et militants entendent intégrer ou se voir intégrer dans “ le cercle des notables du parti ” comme beaucoup appellent le comité central du Rdpc. Et depuis, ils le font savoir d’une manière ou d’une autre à la haute hiérarchie de leur parti. “ Il s’agit d’une nécessité vitale pour notre parti ”, lance ce militant du Rdpc, la quarantaine sonnée. “ Il est temps, que le président national organise l’entrée des jeunes au sein du comité central et même du bureau politique. Jusque-là les membres du comité central et du bureau politique sont âgés presque tous de 60 ans et plus. Il est difficile de trouver des militants de moins de 50 ans dans ce cercle. Il est temps de rajeunir. Le Rdpc n’est pas un parti de vieillards ”.

Face à cette jeune génération de militants du Rdpc qui piaffe d’impatience les vieux caciques qui n’entendent pas, se retirer pour l’instant. Le débat et même le conflit, qui ont pris de l’ampleur dans les coulisses du parti au pouvoir depuis près de deux ans, se sont intensifiés depuis que le congrès ordinaire est annoncé, et pourraient alors devenir meurtriers au moment de la tenue effective dudit congrès. Alors, Paul Biya qui comme on le sent de plus en plus en plus, a comme obsession immédiate, sa réélection comme président de la République du Cameroun en octobre prochain. Va-t-il ouvrir cette boite à pandores qu’est le congrès ordinaire, et courir le risque, au regard des reformes attendues au cours de ces travaux, de voir son parti arriver divisé aux prochaines élections présidentielles ?

Au sein du landerneau politique camerounais, beaucoup planchent pour une tenue du congrès ordinaire du Rdpc après l’élection présidentielle. Et nos sources avancent que c’est vers cette option que Paul Biya serait en train de se diriger. Par contre, l’idée d’un congrès extraordinaire est fortement envisagée. Pour régler la question du mandat du président national du Rdpc arrive à échéance le 22 juillet 2011. Ainsi, le seul point à l’ordre du jour serait la réélection de Paul Biya comme président national du Rdpc, et avec dans les divers, la confirmation de sa candidature à la prochaine élection présidentielle d’octobre 2011. “ Le parti sortira ainsi uni autour de son président, avec comme unique ambition sa réélection ”, commente un politologue militant du Rdpc.

Focal: Quid remaniement ministériel ?

L’autre dossier que des sources bien introduites entrevoient dans l’agenda politique de Paul Biya concerne le réaménagement de l’équipe gouvernementale. Longtemps annoncé aussi, il devrait effectivement avoir lieu. Ces derniers temps, certains membres de l’équipe actuelle, pour n’avoir pas atteint les résultats escomptés, au regard des différentes feuilles de route,  semblent avoir donné bien des soucis au chef de l’Etat. Mais la raison la plus immédiate qui pourrait rendre effectif le remaniement ministériel est liée à la fameuse opération d’inscriptions sur les listes électorales à laquelle tient absolument Paul Biya.

L’opinion publique nationale le sait désormais : après plus de 28 ans de pouvoir absolu, “ L’homme du 6 novembre 1982 ” tient pour une fois, à se faire réélire à la magistrature suprême “ de manière incontestable ”, pour reprendre une expression d’un cacique du régime en place. C’est pour cela qu’il a instruit le secrétaire général du comité central de son parti, de tout faire pour qu’il y ait la plus grande participation populaire possible à cette élection présidentielle. Il se trouve que depuis que le comité central a lancé le processus d’intensification des inscriptions sur les listes électorales, les citoyens, et surtout les militants du Rdpc ne se bousculent pas devant les postes de travail d’Elecam et de ses démembrements.

Pourtant, à la tête des différentes commissions départementales et locales, ce sont les membres du gouvernement en fonction et assimilés (ministres d’Etat, secrétaires d’Etat, et autres directeurs généraux) qui y ont été placés. Est-ce à dire que ces ministres sont si impopulaires que les militants et par là, les simples citoyens, ne sont pas convaincus du langage qu’ils tiennent, nonobstant les mesures prises par le chef de l’Etat (baisse du prix de l’acquisition de la carte nationale d’identité) pour les inciter à aller s’inscrire ? Au sein du sérail politique, on n’est pas loin de le penser. “ Le président doit absolument mettre en place une équipe gouvernementale crédible, sur laquelle il va s’appuyer en allant aux élections. Celle qui est en place en ce moment créé de la fébrilité au sein des populations ”, clame un autre cacique du Rdpc.

Pour l’instant, le pouvoir de Yaoundé qui semble avoir été ébranlé par l’écho des révolutions populaires dans les pays arabes, et qui redoute fortement l’effet de contagion au Cameroun, s’échine à mettre en place, et à consolider le dispositif répressif contre les opposants vindicatifs. En tout cas, le chef de l’Etat ne va pas chômer dans les prochains jours. Surtout si l’on ajoute aux dossiers qui se trouvent sur sa table la relance effective de l’opération Epervier, s’attend donc logiquement à ce que dans les prochains jours, Paul Biya “ sévisse ”.

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