07/11/2017 10:33:52
Présidentielles au Liberia : Entre suspension du processus et tensions, peur sur le pays !

Après que la Cour suprême du Libéria qui siégeait lundi après avoir été saisi par le Parti de la Liberté (opposition), a décidé de mettre une pause sur le processus électoral en cours, en renvoyant à une date non indiquée le second tour de l'élection présidentielle initialement prévue mardi,  le pays qui commençait à renaitre de ses cendres grâce à 10 ans de Ellen Johnson Sirleaf, est au bord de l'implosion.

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Après que la Cour suprême du Libéria qui siégeait lundi après avoir été saisi par le Parti de la Liberté (opposition), a décidé de mettre une pause sur le processus électoral en cours, en renvoyant à une date non indiquée le second tour de l'élection présidentielle initialement prévue mardi,  le pays qui commençait à renaitre de ses cendres grâce à 10 ans de Ellen Johnson Sirleaf, est au bord de l'implosion.

Les partisans de George Opong Weah, vainqueur du 1er tour (avec 39% de suffrages favorables contre 29% pour son suivant immédiat, le vice-président sortant, Joseph Boakai), considèrent cette mise en veilleuse comme un complot de l'establishment prétendument élitiste de ce pays, avec la caution de la plus haute institution judiciaire, pour empêcher la réalisation du rêve de la majorité des Libériens, qui souhaitaient, pour une fois, remettre  leur destin entre les mains d'un "fils du peuple", « qui a toujours été à [ses] côtés », « qui lui a beaucoup donné sans rien demander d'autre qu'à continuer de le servir », et qui plus est, devait être « le seul à n'avoir pas été imposé au peuple libérien par l'Occident ou les institutions financières internationales, ou la force des armes. ».

En effet, depuis la saisine de la Cour Suprême par Charles Brumskine, candidat arrivé en troisième position à l'issue du premier tour, pour fraudes éventuelles lors des dernières élections générales du 10 octobre, c'est une sorte de "coalition anti-Weah" qui s'est formée au sein des candidats largement devancés à l'issue du premier tour par l'ancien footballeur international, avec pour chefs de file, outre le plaignant Charles Brumskine, le candidat arrivé en deuxième position, Joseph Boakai, censé challenger George Weah, qui affirme aujourd'hui qu'il y eu de nombreuses irrégularités, et met en cause à la fois les électeurs de leur adversaire commun, la commission électorale… et la présidente sortante du pays.
 
Selon Boakai, Ellen Johnson Sirleaf dont le fils, Robert Sirleaf, ancien directeur de la compagnie nationale pétrolière faisait partie de l'équipe de campagne de George Weah s'est ingérée dans le processus électoral en faveur de l'ancien footballeur, donc à son détriment.

Celle-ci qui a réagi à ces accusations en affirmant être victime d'une campagne de dénigrement, a réuni à Monrovia le 31 octobre, les présidents Alpha Condé de Guinée, en sa qualité de président de l'Union Africaine, et Faure Gnassingbé du Togo (président de la CEDEAO) ainsi que les candidats devant disputer le second tour, George Weah et Joseph Boakai, pour aplanir les différends post-premier tour.

A la même période, Joseph Boakai et Charles Brumskine auxquels s'est joint un autre candidat malheureux,  Benoni Urey ont déposé une plainte auprès de la NEC pour dénoncer les "fraudes électorales du 10 octobre", et font valoir qu'ils sont en possession de nombreux «éléments de preuves» de leurs accusations, telles que des photographies de procès-verbaux comportant des chiffres incohérents. 

En attendant que la commission nationale électorale (NEC) qui a jusqu'au 22 novembre pour se prononcer sur les allégations de fraudes rende publique sa décision, le désormais "principal opposant" de George Weah qu'est le vice-président Joseph Boakai s'est lancé dans une vaste campagne de communication contre son adversaire dont il accuse le parti, la Coalition pour le changement démocratique (CDC) de menacer, voire d'agresser ses partisans.

Bien plus, monsieur Boakai qui affirme  savoir « que George Weah était un grand joueur de football qui a fait ses preuves comme tel » mais ignorer « sa capacité à gouverner », car « Diriger un pays, ce n'est pas du football, c'est même très différent... », est en train de surfer sur une corde particulièrement sensible qui pourrait pousser les puissances occidentales à s'ingérer dans l'élection libérienne en sa faveur. Aussi a-t-il évoqué la proximité de Weah avec l'ex-épouse de l'ancien dictateur sanguinaire Charles Taylor, ainsi que les propos de cette dernière faisant état de son opposition viscérale à l'homosexualité, celle-ci ayant déclaré il y a quelques années au journal britannique The Guardian que n'en déplaise à la presse internationale, l'homosexualité «ne vient pas d'Afrique (...) Nous considérons les comportements homosexuels comme criminels ».

Conscient que les manœuvres juridiques consécutifs au premier tour et les campagnes de désinformations auxquelles se livrent les adversaires de Weah visent à « voler une fois de plus la victoire de l'enfant chéri du peuple », ses partisans se mobilisent plus que jamais pour faire face, y compris par la violence, à cette éventualité, malgré les appels au calme réitérés de leur champion, que celui-ci a du reste réitérés après la réunion "au sommet" du 31 octobre en présence des présidents de l'UA et de la CEDEAO.

Toutes choses qui font craindre qu'après le 22 novembre, le pays renoue avec les vieux démons de la violence, et qu'ici se reproduise ce qui est en train de se passer au Kenya, un autre pays anglophone où l'annulation de l'élection par la Cour suprême n'avait pas permis d'organiser un scrutin apaisé.

Ndam Njoya Nzoméné

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