09/11/2017 07:50:56
Egypte : Al Sissi (dit qu'il) ne fera pas un troisième mandat

Loin des records de longévité au pouvoir ou des contestations populaires sur la volonté d'un président de sécuriser un troisième mandat, Abdel Fattah Al Sissi a réglé la question par une promesse. Candidat à sa succession à la présidentielle de mars 2018, le général-président qui a pris le pouvoir par la force, n'envisage pas de se représenter en 2022. Simple populisme ou vraie élan démocratique ?

afrique.latribune.fr
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Loin des records de longévité au pouvoir ou des contestations populaires sur la volonté d'un président de sécuriser un troisième mandat, Abdel Fattah Al Sissi a réglé la question par une promesse. Candidat à sa succession à la présidentielle de mars 2018, le général-président qui a pris le pouvoir par la force, n'envisage pas de se représenter en 2022. Simple populisme ou vraie élan démocratique ?

A 62 ans, Abdel Fattah Al Sissi achève début 2018, son premier mandat à la tête de l'Egypte. Quatre ans après avoir arraché le pouvoir en 2013 par un coup d'Etat avant de se faire légitimer par les urnes, le général-président est candidat à sa propre succession pour la présidentielle de 2018. Va-t-il prolonger son bail au palais El Orouba au Caire au-delà de son second quadriennat ?

Redondance présidentielle

Au milieu des records de longévité au pouvoir, des contestations de rue et des litiges électoraux ou des réformes de constitution pour une prolongation des mandats présidentiels en Afrique, le président égyptien en a écarté la perspective. Même si Abdel Fattah Al Sissi se présente pour la présidentielle de mars 2018, il se prononce en faveur de deux mandats non renouvelables.

« Je suis pour conserver deux mandats de quatre ans », a déclaré lors d'une interview sur la chaîne américaine CNBC, Abdel Fattah Al Sissi qui a insisté sur son désir de ne pas modifier la Constitution pour s'assurer un troisième mandat.

   

« Cela ne me convient pas (...) de rester un jour de plus président contre la volonté des Egyptiens », a résumé le président sortant lors de l'entretien.



Et pourtant, la déclaration du président egyptien sonne comme une affirmation rhétorique. Abdel Fattah Al Sissi est arrivé au pouvoir en 2013 après avoir déposé Mohamed Morsi, démocratiquement élu, destitué puis emprisonné. Ministre de la Défense à l'époque, il profite de l'impopularité de la réforme constitutionnelle introduite par Morsi, il s'empare du pouvoir.

Arrivé au pouvoir dans un contexte dominé par le parti d'inspiration islamiste, Abdel Fattah Al Sissi réussit à contenir la colère dans les casernes et déclenche une « purge » contre les « Frères musulmans ». D'une poigne de titan, le président égyptien tient le pays et se heurte aux laïcs et aux associations de défense des droits de l'Homme qui remettent en cause les avancées démocratiques.

Les vraies raisons de l'annonce ...

Avec son annonce, Al Sissi a-t-il enfilé les habits du démocratique ? A l'analyse, cette annonce présidentielle sonne plus comme une volonté de ratisser large dans l'électorat à l'approche d'élections où sa popularité grandissante au début de son mandat, est en berne.

L'annonce-spectacle est donc destinée à donner des gages à une communauté internationale qui s'inquiète d'une dérive autoritaire du régime militarisé d'Al Sissi, et à l'endroit de la population égyptienne, pour la rassurer. Dans l'un ou l'autre des cas, on est en droit de s'interroger sur l'utilité d'une annonce qui n'obtiendrait pas le blanc-seing de la constitution.

Dans un pays où les militaires sont considérés comme les « gardiens de la Révolution », se risquerait-il à provoquer les casernes ? Rien n'est moins sûr. Depuis la « Révolution de la Place Tahrir » qui a emporté le régime de Hosni Moubarack, le pays a acquis la tradition d'une contestation de tout tripatouillage de la constitution qui mettrait leurs droits en péril. Voilà peut-être les vraies pressions qui poussent ce militaire à se conformer à une fidélité spartiate à un acquis déjà gravé dans la constitution.

Ibrahima Bayo Jr.

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