09/11/2017 10:20:58
Brandissant la «menace» russe, l'OTAN veut préparer les infrastructures civiles à la guerre

Le secrétaire général de l'OTAN a appelé de ses vœux une intégration militaire plus poussée de l'Europe. Pour faciliter les opérations militaires, il est question d'associer le secteur privé et l'UE à un programme ambitieux... de travaux publics.

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Livraison de matériel américain à l'OTAN en Pologne en septembre 2017, photo ©Agencja Gazeta/Reuters

Le secrétaire général de l'OTAN a appelé de ses vœux une intégration militaire plus poussée de l'Europe. Pour faciliter les opérations militaires, il est question d'associer le secteur privé et l'UE à un programme ambitieux... de travaux publics.

A en croire l'organisation militaire de l'Alliance atlantique, le continent européen serait en quasi-état de guerre, ce qui nécessiterait la création d'un nouveau commandement spécialement dédié à la protection des routes. «L'Alliance souhaite que les axes routiers européens soit prêts à supporter la mobilisation rapide de chars d'assaut de pièces d'artillerie et autres», a déclaré le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg le 7 novembre lors d'une conférence de presse. Il s'exprimait à la veille d'un important sommet ayant pour but de réorganiser le commandement de l'alliance militaire inspirée par les Etats-Unis et que la France a réintégrée sous le mandat de Nicolas Sarkozy.

L'OTAN compte aujourd'hui sept commandements pour un total de 7 000 militaires : lors de la guerre froide, elle en comptait 33 pour un total de 22 000 soldats. Si la guerre froide est terminée, l'organisation n'a pas pour autant renoncé à monter en puissance, et envisage la création de deux nouveaux centres de commandement. «La structure de commandement est la colonne vertébrale de l'Alliance et c'est ce qui fait que l'OTAN est unique. C'est ce qui permet à 29 nations de travailler ensemble comme une seule», justifie Jens Stoltenberg face aux journalistes. Et d'ajouter : «[La structure] inclura un nouveau commandement pour aider à protéger les routes de communication maritimes entre l'Amérique du Nord et l'Europe et un autre commandement pour améliorer le mouvement de troupes et d'équipements au sein de l'Europe».

Collaboration étroite de l'UE et de l'OTAN

Autre élément clairement exprimé par Jens Stoltenberg ce même 7 novembre : la coopération entre Union européenne (intégration politique) et OTAN (intégration militaire). «L'OTAN a des exigences en matière d'infrastructures civiles, et nous devons les adapter afin de prendre en compte les standards militaires actuels», a affirmé le dirigeant.

«Mais ce n'est pas un job pour l'OTAN toute seule», a-t-il observé, ajoutant : «Cela nécessite une étroite collaboration des gouvernements nationaux ainsi que du secteur privé. L'union européenne a aussi un rôle important à jouer. Donc l'OTAN et l'Union européenne doivent continuer à coopérer très étroitement sur ce dossier vital.» Le chef de la diplomatie de l'Union européenne et vice-présidente de la Commission européenne Federica Mogherini a d'ailleurs été conviée à la réunion de ce 8 novembre.

En s'exprimant aussi clairement, l'OTAN semble franchir un nouveau pas, semble considérer que l'espace de la péninsule européenne représente une région militaire intégrée, au-delà des frontières et des nations. Et c'est ainsi qu'on apprend que les routes atlantiques entre l'Europe et le continent américain seraient menacées, comme au temps de la Deuxième Guerre mondiale. Mais par qui ?

La Russie dans le collimateur de l'OTAN

De fait, depuis le rattachement de la Crimée à la Russie par référendum, à la suite de la révolution du Maïdan en février 2014, le renversement du président ukrainien Viktor Yanoukovitch en février 2014, et l'accession au pouvoir du pro-Occidental Petro Porochenko, l'OTAN semble avoir fait de Moscou la menace principale contre laquelle elle se pose.

Se contentant par le passé d'allusions plus ou moins explicites, que les médias se chargeaient de préciser, l'OTAN évoque désormais nommément la Russie, et ce de plus en plus fréquemment. Cette fois-ci, c'est l'ambassadrice des Etats-Unis auprès de l'OTAN, Kay Bailey Hutchison, qui a levé l'ambiguïté sur la nature de la menace qui pousse l'Alliance à remilitariser l'Europe à un niveau sans précédent depuis la fin de la guerre froide.

«Nous avons vu que nous avions besoin de plus de dissuasion contre l'empiétement russe à l'Est après la Crimée», a ainsi argumenté la diplomate, citée par l'AFP. «C'est pour cette raison que nous avons commencé à regarder [...] ce que nous devions faire pour être plus efficaces» en termes de commandement, a-t-elle ajouté. La réforme du commandement intégré de l'OTAN, que le général de Gaulle avait quitté dans les années 1960, s'inscrit donc dans le cadre on ne peut plus clair d'une réponse à la prétendue menace russe.

Une guerre en Europe ?

Interrogé par RT, le général Leonid Ivachov, ancien haut-fonctionnaire du ministère de la Défense russe, a fait part de son inquiétude après ces annonces. «C'est un mauvais signal», a-t-il déploré, estimant que Washington travaillait à un affrontement entre la Russie et les pays européens. «Cela témoigne de ce que les Américains se préparent à déclencher une guerre en Europe. Et une guerre en Europe ne peut se faire que contre la Russie», a-t-il encore jugé, relevant le déploiement constant de l'OTAN en Europe depuis 2014, jusque dans les Pays baltes, la Suède (qui n'est pourtant pas membre de l'Alliance), la Roumanie ou encore la Pologne.

«[L'Alliance] pourrait tirer prétexte d'une réponse légitime de la Russie , par exemple un incident frontalier impliquant un avion ou un bâtiment naval pour pousser la situation jusqu'au bord d'un conflit armé», a-t-il encore analysé. Et de conclure : «La Russie doit continuer à en tirer les conclusions.»

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