02/03/2011 01:26:25
Révolution et aspiration la démocratie:Sarkozy ignore l'Afrique noire
Intervenant récemment sur les révolutions populaires en cours dans les pays arabes,  le président français a soigneusement évité de parler de la situation des pays de l’Afrique subsaharienne pourtant étouffés par des régimes autoritaires.
Le Messager
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“ A peine la plus grave crise économique et financière depuis la deuxième guerre mondiale semble-t-elle s’estomper, à peine l’Europe a-t-elle dominé la crise de l’euro que, de l’autre côté de la Méditerranée, se produit un immense bouleversement. Certains peuples arabes prennent leur destin en main, renversant des régimes qui, après avoir été, au temps de la colonisation, les instruments de leur émancipation, avaient fini par devenir ceux de leur servitude. ”

Ainsi s’exprimait d’entrée de jeu, Nicolas Sarkozy, président de la République française, dans une allocution radiotélévisée le soir du dimanche 27 février 2011, sur la situation qui prévaut depuis le début de cette année dans les pays arabes. Commentant ainsi ces évènements historiques, le président français a voulu par la suite insister sur le fait que, “ ces régimes, tous les Etats occidentaux et tous les gouvernements français qui se sont succédés depuis la fin des colonies ont entretenu avec eux des relations économiques, diplomatiques et politiques, malgré leur caractère autoritaire parce qu’ils apparaissaient aux yeux de tous comme des remparts contre l’extrémisme religieux, le fondamentalisme et le terrorisme. ”

Nicolas Sarkozy se félicite ainsi “ qu’à l’initiative des peuples, s’esquisse une autre voie ”. Celle de la démocratie et la liberté, qui s’oppose à toutes les formes de dictature. “ Nous ne devons pas en avoir peur ”, a lancé le président français à ses compatriotes. Et de poursuivre de manière sentencière : “ Nous ne devons avoir qu’un seul but : accompagner, soutenir, aider les peuples qui ont choisi d’être libres. Entre l’ingérence qui ne serait pas acceptée et l’indifférence qui serait une faute morale et stratégique, il nous faut tout faire pour que l’espérance qui vient de naître ne meure pas, car le sort de ces mouvements est encore incertain ”.

En réalité, on retrouve là dans les propos de Nicolas Sarkozy, l’attitude quasi paternaliste, et devenue atavique chez les dirigeants de l’Hexagone lorsqu’il s’agit de donner une appréciation sur des évènements qui se déroule dans le tiers-monde en général, et en Afrique en particulier. Sauf que cette fois, n’ayant pas vu venir cette révolution du printemps arabe maghrébin, Nicolas Sarkozy, face aux multiples maladresses de Michèle Alliot-Marie, alors ministre français des Affaires étrangères, essaye aujourd’hui de se donner le beau rôle ; notamment en se présentant comme le président de la nation qui promeut et défend les valeurs des droits de l’Homme, de démocratie et de liberté. Alors que pendant longtemps, comme le reconnaît d’ailleurs le chef de l’Etat français, la France a toujours fermé les yeux sur les dictatures arabes et africaines, si elle ne les entretenait pas tout simplement. 

Quand “ L’Afrique d’en-bas ” lutte

Seulement voilà : si l’on peut apprécier à sa juste mesure que le président français ait pu ainsi enfin prendre position en faveur de nos frères maghrébins qui ont décidé de révolutionner leur société, en mettant en route des actions dynamiques consistant à chasser leurs dirigeants à la fois autoritaires et corrompus, on peut s’étonner qu’il ait omis d’évoquer la situation de certains peuples des pays d’Afrique subsaharienne qui luttent depuis toujours contre non seulement des dictatures féroces, mais aussi une longévité pathologique au pouvoir de certains de leurs dirigeants.

Nicolas Sarkozy ignore –t-il par exemple qu’au Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso est un tyran qui s’impose depuis près de trente ans par la force, ou qu’au Cameroun, Paul Biya au pouvoir depuis 28 ans est un autocrate qui surfe avec la paix de son pays, et manipule au gré de ses intérêts les valeurs éthiques de la démocratie, des droits de l’homme et des libertés ? Ou alors qu’au Tchad comme en Guinée-équatoriale, Idriss Deby  Itno et Théodoro Obiang Nguema Mbazogo sont des criminels d’Etat qui n’hésitent pas à faire disparaître leurs opposants ?  La liste des régimes autoritaires et corrompus d’Afrique noire est loin d’être exhaustive et est connue de manière bien édifiante par la France. Peut être attend-il un printemps subsaharien avant de se positionner de manière opportuniste comme c’est le cas à l’instant pour ce qui du Maghreb ?

On sait que, depuis 50 ans, entre la France officielle, c'est-à-dire celle de ses dirigeants, et les peuples africains vivant au sud du Sahara, ceux qui ne participent pas au pouvoir dans leurs pays respectifs, il a toujours existé une relation de mépris et de domination. Depuis 50 ans, tous les dirigeants de la Cinquième République  française ont pris l’habitude avec l’institution formelle du phénomène détestable de la Françafrique, de désigner les chefs d’Etat du pré-carré français en Afrique.

Cela s’est vu hier avec un Houphouët-Boigny en Côte d’Ivoire, un Ahmadou Ahidjo au Cameroun, un Léon Mba puis un Omar Bongo au Gabon. Cela continue de se voir encore aujourd’hui avec Joseph Kabila au Congo démocratique, Faure Gnassimbé au Togo et plus scandaleusement encore récemment avec la succession de Ali Bongo Ondimba, le fils de l’autre, à la tête du Gabon.

Une chose en tout cas est certaine : de plus en plus, les peuples africains, ceux pour qui la France officielle a toujours eu du mépris, ceux que le regretté sociologue Jean Marc Ela appelle “ l’Afrique d’en-bas ” a désormais pris conscience que son destin, dans sa commune humanité, se fera par elle même, à travers un processus dynamique d’appropriation du pouvoir. Tôt ou tard, on est certain, cela se fera. Et pour cela, tous ceux qui ne semble avoir rien compris à l’Afrique et de ses aspirations profondes, que ce soit les méprisants occidentaux ou leurs suppôts africains, n’y pourront absolument rien.

Jean Francois Channon

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