03/03/2011 02:52:56
Abus: Un député accusé d'escroquerie
C’est sa camarade du parti, présidente d’une cellule à Yaoundé, qui a saisi le président de la République.
Le Messager
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C’est au président de la République , et non à celui du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), que madame veuve Messina Ngono s’est tournée pour se plaindre. La correspondance adressée à Paul Biya est une plainte contre l’honorable Libock Jean Calvin, député à l’Assemblée nationale pour le compte du Rdpc. La veuve accuse le député du Nyong et Kellé d’ “ escroquerie, abus de confiance, faux et usage de faux, rétention de titres fonciers devant entraîner la vente des maisons de la famille ”.

Les faits naissent en 2008 avec une histoire d’hypothèque des titres fonciers appartenant à la famille de veuve Messina Ngono. Au courant du mois de juillet de cette année-là, Jean Calvin Libock sollicite les titres fonciers pour une durée de trois mois en vue d’obtenir un crédit bancaire auprès du Crédit communautaire d’Afrique (Cca). Il est question de financer le marché n°1784/Cuy/Dst de la Communauté urbaine de Yaoundé (Cuy).

Un marché relatif à l’aménagement de l’espace vert au carrefour Warda, en face du très célèbre Bois Ste Anastasie, et acquis par l’élu du peuple sous le couvert (sic !) des Ets La Calypso. Un crédit de 40 millions fcfa est accordé le 31 septembre 2008 au député contre hypothèque desdits titres fonciers, avec en plus celui d’un certain Martin Nzégang. “ Depuis lors, il [le député, ndlr] joue les dilatoires ”, soutient la présidente de la cellule Rdpc de Ngousso Ebama.

Enquêtes menées, l’infortunée apprend plus tard que le fameux marché a été résilié par Gilbert Tsimi Evouna, délégué du gouvernement auprès de la Cuy. Raison : non respect des clauses techniques du marché. Pourtant, au moment de cette résiliation, Jean Calvin Libock aurait perçu plus de 80% du montant total du marché. Les propriétaires des titres fonciers ne comprennent donc pas pourquoi l’honorable Jean Calvin Libock n’aurait pas comblé le déficit bancaire qui met à mal aujourd’hui la restitution des titres fonciers. Dans tous les cas, cette attitude pour le moins soupçonneuse fait en sorte que ce déficit bancaire est aujourd’hui à plus de 80 millions fcfa, soit le double du prêt accordé par la Cca. “ A ce jour, les nouvelles graves et alarmantes qui nous parviennent de cette institution bancaire nous font état de la vente imminente de nos maisons pour non remboursement du crédit contracté... ”, écrit veuve Messina Ngono au président de la République. 

En tout cas, pour la plaignante, ce n’est qu’une escroquerie orchestrée par le député Rdpc du Nyong et Kellé. Des informations qui sont parvenues à veuve Messina Ngono depuis le cabinet du président Rdpc à l’Assemblée nationale font état de ce que depuis le début de législature en cours, plus de 4 plaintes pour escroquerie et filouterie ont été enregistrées contre cet élu du peuple. Elle n’a donc plus, de ce fait, confiance au député. Lors de leur dernière rencontre en septembre 2009 à l’hôtel des Députés à Yaoundé, Jean Calvin Libock l’avait informée de l’achat d’un terrain dans la capitale camerounaise, promettant de l’hypothéquer de manière à libérer ceux de la famille de veuve Messina Ngono. “ Vaine promesse, car à ce jour, son duplex en construction au quartier Odza est en cours d’achèvement ”, se plaint la présidente de la cellule Rdpc de Ngousso Ebama.

Mea culpa

Approché par Le Messager, l’honorable Jean Calvin Libock explique : “ Je dois vous dire en toute sincérité que c’est une affaire bien complexe et qui, à mon sens, est véritablement regrettable, compte tenu de l’ampleur qu’elle a prise. Ce marché à peine ai-je commencé à l’exécuter que j’ai eu des problèmes avec un responsable technique de la communauté urbaine de Yaoundé. Ce monsieur dont j’oublie le nom, qui est chargé de contrôler les travaux et qui a d’ailleurs été licencié de la communauté urbaine, me faisait du chantage. Il exigeait que je lui paye un pourcentage avant même le début des travaux. Il a ainsi longuement bloqué les travaux jusqu’à ce que le délégué en vienne à résilier le contrat. Voilà ce qui s’est passé pour le marché avec tout ce qu’il y a eu comme difficultés après ”.

Parlant des titres fonciers bloqués à la banque Cca, l’honorable Libock veut rassurer dame Messina qui l’accuse d’escroquerie et d’abus de confiance : “Il n’y a jamais eu volonté de ma part d’escroquer qui que ce soit dans cette affaire. Il s’agit d’une affaire qui a foiré. Dame Messina m’a dénoncé un peu partout, jusqu’au comité central du parti. J’ai même été entendu au niveau du comité central et je me suis expliqué. Mais, ce que je peux dire est que, j’ai pris mon titre foncier personnel que je suis allé déposer à la banque Cca, afin de libérer le titre foncier de madame Messina. En principe la banque devrait avoir remis à cette dame son titre foncier ”.


Genèse d’une a affaire...

Nous sommes en fin février 2008. Les émeutes de la faim viennent de s’achever. Avec son cortège de violences et de répressions. Paul Biya, apparemment à la fois très marqué et très irrité, a fait une adresse radiotélévisée à la nation pour fustiger les “ apprentis sourciers ” qui se trouvent derrière les jeunes manifestants, sortis en masse à travers la quasi-totalité des villes du Cameroun pour dire leur ras-le-bol contre son régime.

Les partisans du régime réfléchissent alors sur la meilleure façon pour lui manifester leur soutien. Les élites proches du pouvoir de la région du Centre, tous militants et sympathisants du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), décident de prendre les devants. Un grand meeting de soutien au président Biya qui va rassembler les militants de toutes les sections de la région du Centre est alors organisé le 3 mars 2008 à l’esplanade de l’Hôtel de ville de Yaoundé. Ledit meeting sera personnellement présidé par le secrétaire général du comité central du Rdpc, René Emmanuel Sadi, lui-même élite et notable politique du Centre.  Parmi les intervenants qui précèdent le Sg du parti au pouvoir sur l’estrade, il y a  l’honorable Jean Calvin Libock, député Rdpc du Nyong et Kellé. Ce dernier, qui parle au nom des jeunes militants du parti au pouvoir de la région du Centre est surtout connu comme étant l’un des tombeurs de l’Upc de Augustin Frédéric Kodock dans le Nyong et Kellé, la seule poche de l’opposition existante dans la région du Centre. L’honorable Jean Calvin Libock se montre alors très engagé vis-à-vis de Paul Biya dans son propos au point de soulever de nombreux applaudissements.

Récompense en termes de marché

Quelques jours après ce retentissant meeting de soutien au président Paul Biya, à l’heure du bilan, tous les caciques du régime se souviennent alors de Jean Calvin Libock, et surtout de son action politique qui permit au Rdpc de faire le plein des députés dans la région du Centre, et surtout de faire reculer l’influence de l’Upc d’Augustin Frédéric Kodock. Comme le veut une certaine habitude au sein du sérail politique, il faut bien penser à lui renvoyer l’ascenseur. Mais comment ?

Tout de suite la haute hiérarchie du parti pense à Gilbert Tsimi Evouna (photo), délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine de Yaoundé (Cuy) qui, à cette époque, est “ plein aux as ” comme on dit, avec de nombreux marchés issus des fonds du C2d (Contrat désendettement et développement de la coopération française). Le maire central d’Ongola qui est aussi trésorier national du Rdpc est invité à recevoir l’honorable Jean Calvin Libock et de lui témoigner la générosité du régime pour son engagement politique en faveur de Paul Biya.

C’est ainsi que Tsimi Evouna va octroyer de manière spéciale le marché n°1784/Cuy/Dst de la Communauté urbaine de Yaoundé (Cuy) pour l’aménagement d’un espace vert juste en face du bois saint Anastasie au centre ville de Yaoundé. Valeur du marché : 250 millions fcfa.

Les problèmes commencent pour l’honorable Jean Calvin Libock qui, depuis quelques années, est pourtant un homme d’affaires bien aguerri, au moment de faire exécuter le dit marché. Il n’a pas d’argent. Du moins pas suffisamment. Il sollicite alors des amis dont Mme veuve Messina Ngono, née Komia Ngoumé Nathalie, un de ses frères gérants de la société les établissements La Calypso et le journaliste Martin Nzégang pour obtenir leurs différents titres fonciers pour une période de trois mois, en vue d’obtenir un crédit bancaire auprès du Crédit communautaire d’Afrique (Cca), une banque de la place. La banque Cca lui prête ainsi à travers un compte bancaire dont la société les établissements La Calypso  est titulaire de 40 millions de fcfa, en hypothéquant les deux titres fonciers. Mais l’exécution du marché ne va pas se dérouler de manière sereine au point où après plusieurs mois, le marché sera résilié par la Cuy et les titres fonciers de madame veuve Messina et de M. Nzégang seront bloqués au Cca.

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