04/03/2011 02:38:56
Les partisans de Ouattara veulent déloger l'ambassadeur de Côte d'Ivoire au Cameroun
Des tracts donnent un ultimatum à  Biti Allou Wanyou Eugène de libérer l’ambassade.
Le Messager
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“ Conformément à notre correspondance du 8 février 2011 vous demandant de libérer les locaux de l’ambassade de Côte d’Ivoire au Cameroun et compte tenu de l’indifférence que vous affichez, nous avons le regret de vous informer qu’une action de délogement sera menée très ultérieurement ”.  Telle est la substance d’une correspondance datée du 28 février 2011 envoyée par un certain “ Collectif des ivoiriens Rhdp résidant au Cameroun ” à “ Monsieur l’ex-ambassadeur de Côte d’Ivoire au Cameroun. ”

Sur ladite correspondance, dont Le Messager a reçu hier copie, l’objet en marge indique clairement qu’il s’agit d’un “ ultimatum ”. Ce document qui a été déchargé par le secrétariat particulier de l’ambassadeur Biti Allou Wanyou Eugène hier, 3 mars 2011, a fait l’objet d’une ampliation au ministère des Relations extérieures (Minrex) du Cameroun. Tout comme les représentations diplomatiques au Cameroun des pays tels que les Etats-Unis, la France , l’Union africaine et l’Union européenne ont reçu copie de ladite correspondance.

Fait marquant : si la correspondance porte sept signatures, les noms des personnes y ayant apposé leur signature ne figurent point. Juste un numéro de téléphone, et une adresse émail au nom de cotedivoiresauvez@yahoo.fr. Une fois le numéro de téléphone en question formé, l’individu que nous avons eu au téléphone a catégoriquement refusé de décliner son identité. “ Nous vous donnerons signe de vie très bientôt. Ne vous inquiétez pas. Si vous voyez l’ex-ambassadeur, dites lui, comme nous lui avons précédemment, qu’il ne perd rien à attendre. Nous viendrons bientôt le chasser de force des locaux de l’ambassadeur ”

Le 10 février dernier déjà, une première correspondance datée du 8 février 2011, et écrite par le “ Collectif des Ivoiriens résidant au Cameroun ”, avait déjà été reçue par les collaborateurs de l’ambassadeur Biti Allou Wanyou Eugène qui, à cette date, se trouvait en voyage en Côte d’Ivoire. La missive avait pour objet “ cessation d’activité et départ de l’ambassadeur de la Côte d’ivoire au Cameroun ”. Les signataires qui ne s’étaient pas également identifiés, avaient clairement indiqué leur exigence en s’adressant à celui qu’ils appellent “ ex-ambassadeur de Côte d’ivoire au Cameroun ”.

“ Monsieur, compte tenu des résultats des élections qui se sont bien déroulées en Côte d’Ivoire en présence des observateurs internationaux ; considérant que la Côte d’ivoire et ses dirigeants avaient mis en place une commission électorale indépendante ;  considérant que les Nations unies dont fait partie la Côte d’Ivoire ont demandé à la commission électorale de certifier les résultats tels que annoncés par le représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies ; nous, Ivoiriens résidant au Cameroun, demandons l’arrêt de vos activités dans un bref délai, ainsi que votre départ de la ladite représentation diplomatique en attendant la nomination prochaine du nouvel ambassadeur par le président démocratiquement élu par le peuple ivoirien, à savoir son Excellence Monsieur Alassane Dramane Ouattara. ” Des ampliations de ce courrier belliqueux ont été envoyées aux ambassadeurs au Cameroun des pays tels que les Etats-Unis, la France , l’Union africaine, l’Union européenne, le Nigeria, le Gabon et l’Afrique du Sud. Tout comme la Commission nationale des droits de l’homme et des libertés, et certains médias locaux avaient reçu une copie.

C’est peut-être suite au silence observé par les responsables de l’ambassade de Côte d’ivoire au Cameroun que ce collectif des Ivoiriens résidant au Cameroun a décidé d’envoyer son “ ultimatum ”. Pour l’instant, sollicités ; certains responsables du ministère des Relations extérieures du Cameroun que Le Messager a contactés hier n’ont pas voulu réagir à cette situation. Ce qui conforte la confusion volontairement entretenue par le gouvernement camerounais sur la question. On se souvient que l’ambassadeur de Côte d’Ivoire au Cameroun, sous la pression des Etats-Unis, n’avait pas été convié à la cérémonie de présentation des vœux du corps diplomatique accrédité à Yaoundé en janvier dernier. Ce qui n’avait pas empêché, quelques jours plus tard, le protocole d’Etat à l’inviter à la cérémonie solennelle d’ouverture du comice agropastoral par Paul Biya…

 
Biti Allou Wanyou Eugène

Hier au moment où nous arrivons à l’ambassade de Côte d’Ivoire, sis au quartier Bastos à Yaoundé, un calme plat y régnait. A la guérite, un policier camerounais veillait. L’ambassadeur Biti Allou à qui on a annoncé la visite du reporter du Messager n’a pas hésité à le recevoir. Ce militant du Front populaire ivoirien (Fpi) et très proche de Laurent Gbagbo a accepté de répondre à quelques questions.

“ Je ne tolérerai aucune agression vis-à-vis de notre ambassade ”
 

Avez-vous reçu les correspondances du “ collectif des Ivoiriens vivants au Cameroun ” qui vous demande de quitter vos fonctions ?

J’étais en Côte d’Ivoire où je suis allé assister aux funérailles d’un proche parent qui a été sauvagement assassiné par les militants du Rhdp, partisans de monsieur Alassane Dramane Ouattara sous le prétexte que le défunt avait arraché une effigie d’Alassane Ouattara. Je dois dire que ce grave incident s’est déroulé en ma présence pendant que j’étais en Côte d’Ivoire dans ma région. Je suis intervenu en demandant aux parents de se calmer. J’avais alors fait appel à la gendarmerie et la situation s’est calmée. Je me sentais donc concerné aux côtés de la famille du défunt, et au niveau du village, après les obsèques, nous avons décidé de pardonner à ces assassins.

Ainsi, au moment où je me trouvais en Côte d’Ivoire, j’ai reçu un courrier de mes collaborateurs me transmettant cette lettre de ce soit disant collectif des Ivoiriens résidant au Cameroun. Je suis rentré au Cameroun hier (mercredi 2 mars 2011 ndlr) pratiquement un mois après. Et ce matin (hier jeudi 3 mars 2011 ndlr), je vois que ce même groupe m’envoie un autre courrier qui me donne un ultimatum. Sur ces deux courriers que j’ai reçus il y a un premier constat : ils sont rédigés par des gens qui ne sont pas courageux. Leurs courriers portent des signatures, mais pas de noms. Si ce sont des Ivoiriens, qu’est-ce qu’ils font au Cameroun et qui sont-ils ? Je constate qu’il s’agit donc des gens incapables d’exprimer leur pensée en s’identifiant. La deuxième remarque est que ces courriers ont été distribués partout.

Au regard des ampliations, les autorités camerounaises sont donc au courant. Je pense notamment au ministère des Relations extérieures. Ce qui, à mon sens, nous facilite la tâche. Parce que les autorités camerounaises prendront toutes les dispositions pour identifier ces bandits. Pour ma part, je suis convaincu que ceux qui jouent à ce jeu maudit sont des Ivoiriens qui ne sont pas recensés au niveau de l’ambassade. Je connais plusieurs Ivoiriens qui vivent au Cameroun et qui sont suffisamment responsables, et qui travaillent dans des firmes internationales, et ne sont forcément pas pro-Gbagbo. Mais ceux-là ne sont pas capables de menacer l’ambassadeur de Côte d’Ivoire. Ce sont des gens bien éduqués, et qui ne confondent pas leur mission au Cameroun et la politique qui se déroule en Côte d’Ivoire. Ils ont du respect de ce qu’est une représentation diplomatique.

Combien y a-t-il d’ivoiriens au Cameroun et que font-ils dans ce pays ?

Ceux qui sont recensés au niveau de l’ambassade sont autour de 250 à 300 personnes. Et ce sont des Ivoiriens dont nous sommes fiers, parce que la majorité de ceux-là sont des responsables dans les firmes internationales au Cameroun. D’autres sont dans le système des Nations-unies ici au Cameroun. Une quinzaine y sont employés et ce sont des gens dont nous sommes également très fiers. Nous avons une dizaine d’étudiants en démographie à l’Iford ici à Yaoundé.

Et enfin on a quelques artisans, principalement de jeunes qui sont couturiers. Tous ces compatriotes sont repartis sur tout le territoire du Cameroun, et principalement dans les grandes villes que sont Yaoundé et Douala. Il y a par contre, une autre catégorie d’Ivoiriens que nous ne maîtrisons pas, et qui disent êtres des réfugiés et qui sont hébergés par le Haut commissariat aux réfugiés (Hcr). Nous ne les connaissons pas. Nous n’avons pas d’éléments pour savoir si effectivement ils sont Ivoiriens. Mais nous avons la preuve que certains qui se disent Ivoiriens sont en fait des Maliens et des Burkinabé.

 
Que comptez-vous donc faire face à ces menaces ?

Comme les autorités camerounaises sont informées, puisqu’elles ont été ampliatrices des courriers de menaces qui nous ont été adressés, la sécurité de l’ambassade incombe donc premièrement aux autorités camerounaises. Quant à nous autres, je ne vais tolérer aucune agression de l’ambassade par qui que ce soit. Je ne pourrais pas tolérer que des gens qui se disent Ivoiriens puissent agresser l’ambassade de Côte d’Ivoire.

Je réagirai avec toute la détermination pour faire face à ces individus. Il faut savoir une chose : que ce soit la résidence ou la chancellerie, nous sommes en territoire ivoirien. Je ferai donc face à cette agression venant des individus inconnus. Je les attends de pieds fermes. En tout état de cause, nous faisons confiance aux autorités camerounaises.

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