04/03/2011 04:02:44
Zuma déjoue les calculs de Sarkozy
Le président français a voulu aligner l’Afrique du Sud sur ses positions au sujet des crises ivoiriennes et libyennes. Mais le chef d’État sud-africain qui n’a pas accepté de distraction a poursuivi son programme de visite officielle en France avec, comme point culminant, la recherche de partenaires pour booster l’économie de son pays par la création d’emplois. Commentaire.
Le Messager
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Le président français a voulu aligner l’Afrique du Sud sur ses positions au sujet des crises ivoiriennes et libyennes. Mais le chef d’État sud-africain qui n’a pas accepté de distraction a poursuivi son programme de visite officielle en France avec, comme point culminant, la recherche de partenaires pour booster l’économie de son pays par la création d’emplois. Commentaire.

“ Quand on a du caractère, on l’affiche! ” Ce slogan du Messager pourrait bien s’appliquer aux rapports du président sud-africain Jacob Zuma avec le locataire de l’élysée, Nicolas Sarkozy. En visite officielle en France pour la première fois depuis mardi 02 mars à l’invitation du chef de l’État français, le chef de la nation arc-en-ciel n’a pas fait profil bas comme certains présidents des républiques africaines francophones, habitués à s’aligner sur les positions françaises au sujet des crises politiques dans le monde. Deux situations le démontrent : le dossier de la Côte d’Ivoire et le brûlot libyen.

Alors que Nicolas Sarkozy pense qu’il faut chasser Laurent Gbagbo et Mouammar Khadafi du pouvoir en utilisant au besoin la force, Jacob Zuma a fait valoir des points de vue contraires. Sur le cas libyen, il suggère une résolution pacifique du problème. Au sujet du cas ivoirien, il affirme qu’il n’a pas de position particulière, jusqu’à ce que la commission des cinq chefs d’État commis par l’Union africaine pour trouver des solutions de sortie de crise délibèrent à travers leurs conclusions. Une manière très diplomatique de dire au chef d’Etat français que les positions de la France officielle ne rencontrent pas son assentiment.

La France comptait en effet sur la voix du président de la première puissance économique et militaire de l’Afrique pour lancer une nouvelle offensive médiatique avec pour objectif la permanence de son point de vue au sein de l’opinion. Elle espérait qu’une déclaration de Zuma engagerait mieux l’Afrique du Sud dans la chasse à Gbagbo et à Khadafi. Mais la démonstration vient d’être faite qu’à côté d’une certaine Afrique, il y a l’Afrique du Sud : la Françafrique a des limites! Élu dans un pays démocratique, Zuma sait autant que Sarkozy que la dictature est la pire chose que des citoyens peuvent subir. Toutefois, il n’est pas prêt à engager son pays dont il défend les intérêts dans des opérations aux desseins inavoués.
 
Pas de distraction

La seule question de politique internationale sur laquelle Zuma et Sarkozy se sont finalement entendus, c’est la place de l’Afrique au conseil de sécurité de l’Onu. Tous sont d’accord que le continent doit être mieux représenté. Une possibilité dont le plaidoyer peut être davantage affiné dans le cadre des travaux du G – 8 et du G – 20 que préside la France cette année.

L’important ce n’est pas tant que Jacob Zuma ait tenu tête sur des questions africaines à son homologue français, mais c’est d’avoir, en toute froideur, exprimé son point de vue. La place que son pays occupe en effet sur l’échiquier politique et économique de l’Afrique ne l’autorise pas à jouer les laquais. Il n’a pas accepté d’être distrait par des questions qui n’entraient pas dans son agenda profond, même s’il était entendu qu’ils en discuteraient.

Accompagné de son ministre de la Coopération et des Relations internationales, du Commerce et de l’Industrie, des Finances, de la Police et de l’Energie, le président sud-africain cherche à renforcer sa coopération avec la France sur les cinq priorités nationales : l’éducation, la santé, le développement rural, la lutte contre la criminalité et la création d’emplois décents. L’Afrique du Sud et la France entretiennent en effet des relations bilatérales dans les domaines social, économique et politique.

L’Afrique du Sud d’abord!

Selon le porte parole du ministère sud-africain des Affaires étrangères, Zizi Kodwa, “ la création d’emplois décents est la première de ces priorités ”. C’est pourquoi  le président Zuma était accompagné d’une délégation de chefs d’entreprises dont certaines sont spécialisées dans les six domaines mentionnés dans le cadre de la “ nouvelle voie de croissance ”. Il s’agit des infrastructures, de l’agriculture, de l’exploitation et de l’enrichissement des produits miniers, de l’industrie, de l’économie verte et du tourisme.

On comprend ce programme, au regard des attentes que le peuple sud-africain a formulés à l’élection de Jacob Zuma. Avec ses 45 millions d’habitants répartis sur 1 221 037 Km2, la première puissance africaine cache toujours une pauvreté inquiétante, avec 41% de la population qui vit avec moins de 2 dollars par jour. Cette population pauvre, est essentiellement noire et compte sur Zuma pour avoir de quoi manger, où dormir, une formation, des soins de santé, etc. Dans sa marche vers la présidence de la République , Zuma avait affirmé qu’il poursuivra la politique sociale, très décriée sous Mbéki.

Pour y arriver, il doit chercher des investissements étrangers. Il est venu en France d’abord pour résoudre avec des partenaires français les problèmes dont les Sud-Africains attendent des solutions. Les questions diplomatiques aériennes peuvent attendre.

Ibrahim FALL

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