07/03/2011 06:15:30
Ô Cameroun! L'importance de la liberté des peuples du Cameroun
Qui sommes-nous, pour revendiquer l’appartenance au « berceau de nos ancêtres » alors que depuis longtemps nous avons cessé d’aller « debout et jaloux » de notre liberté ? Le soleil a cessé de briller d’où la non fierté qui caractérise aujourd’hui le symbole autrefois « ardent de foi et d’unité »...
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Qui sommes-nous, pour revendiquer l’appartenance au « berceau de nos ancêtres » alors que depuis longtemps nous avons cessé d’aller « debout et jaloux » de notre liberté ? Le soleil a cessé de briller d’où la non fierté qui caractérise aujourd’hui le symbole autrefois « ardent de foi et d’unité ». Voila pourquoi il n’y a pas eu de conseil de ministre au Cameroun depuis deux ans convoqué par le chef de l’Etat. C’est pourtant l’unique lieu, les seuls instants dont dispose le premier administrateur du pays pour étudier les dossiers de la république, impulser une dynamique à son gouvernement, donner des orientations etc etc.. comme dit la chanson.

Les enfants camerounais du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest ne sont plus « tout amour pour remplir » et te servir n’est plus « leur seul but » voila pourquoi un homme, le directeur de la Sosucam fait entrer du sucre animal sur le territoire national depuis des mois à la grande indifférence de nos gouvernants, des médias et de ceux et celles qui ont l’usage de la plume et de la critique. Le silence de tous est coupable, de la paysanne du dernier village du Cameroun à celui de la prostituée la plus câblée de la plus huppée du monde occidental. Nous sommes tous et toutes complices. Pourquoi ?

Oui « chère patrie, terre chérie » parmi les symboles et les grandeurs dont le Président de la république est le gardien, nous ne saurons placer ton hymne fruit de l’imagination de tes enfants va-nu-pieds (1) !  Ils sont les seuls à y avoir cru voilà pourquoi tu te nourris aujourd’hui du déshonneur – Voilà qui justifie si besoin est, que depuis bientôt 10 ans, dans plusieurs métropoles camerounaises, dans de nombreux quartiers les populations à genoux n’aient pas accès à l’eau potable pendant des mois. Oui en confiant la gestion de l’eau à une société marocaine, pays du Sahara asséché par sa situation géographique, le royaume du Maroc se retrouve à gérer la distribution d’eau dans la deuxième réserve hydraulique mondiale.

Oui tu es vraiment « la tombe ou dorment innocemment nos pères, le jardin que nos aïeux ont cultivé ». Sois en certain que personne ici ne travaille plus pour te rendre prospère ; Un beau jour, nous croyons qu’une nouvelle génération se lève, elle sera un fidèle enfant de l’Afrique. Mais combien de temps faudra-t-il pour voir naître cette génération ? Les femmes sont de plus en plus stériles, l’espérance de vie se réduit au fil des mois. 45 ans pour les uns, 48 ans pour d’autres, 50 ans pour les plus vigoureux. L’inertie, la démission du collectif font les beaux jours de la minorité régnante ?

Comment expliquer que le diamant camerounais exploité depuis cinq ans déjà ne profite pas à ton territoire ? Comment expliquer la grande misère dans laquelle vivent tes enfants ? Comment expliquer le grand silence de ceux et celles à qui tu as toi-même confié ton destin ? Je n’ai pas la prétention d’apporter des réponses à ces questions qui obstruent la grande entreprise de reprise en mais de ta tombe. Je reste cependant persuadé que toute forme de lutte a un coût voire des complications. Mais qui payera ce coût ? Les porteurs de cravate et des danseuses du bikutsi pornographique ?

Pouvons nous collectivement prendre conscience que les appels isolés des uns et des autres ne le sont que parce que la majorité a manqué jusque là de courage ? Que les étoiles ne brillent que la nuit ? Que la force de ces étoiles invite à la naissance du jour ? Oui prenons conscience du caractère pathétique et outrageux du joug dictatorial dans lequel nous sommes plongés depuis 30 ans. Dans ce pays en lambeau aujourd’hui, sont nés pourtant hier des hommes et des femmes incroyablement courageux.

Certains d’entre-nous leur rendons encore hommage aujourd’hui. La dictature pour tomber n’a pas besoin d’un grand déploiement de force mais d’une élévation de l’esprit, le couronnement de l’humanisme. C’est l’humanisme qui est le carburant du service à l’Autre, du partage, parce que vivre n’a jamais demandé la possession d’autant de bien, la spoliation de tout un pays et de tout son peuple. C’est cela le régime du renouveau. Voila pourquoi il faut le déssoucher c’est-à-dire, l’extirper depuis la racine afin que demain ne ressemble point à aujourd’hui mais le trou laissé nous rappellera notre dur et héroïque combat pour la liberté et pour le développement et l’épanouissement de tous.

Aucune dictature n’est éternel, aucune dictature ne meurt cependant sans un coup de pouce du peuple – la dictature n’est pas une manière d’être, c’est une maladie et comme toute maladie, on a besoin d’un médicament et après l’avoir éradiquée on a besoin de vaccin pour pouvoir dire : « plus jamais ça ». Les exemples lointains des peuples résistant à Noriega au Panama, le peuple résistant de Vilnius en Lituanie sous occupation soviétique.

Que dire de cette étoile de la liberté place Tienanmen durant l’explosion festive de la liberté. Ces exemples montrent que nous pouvons résister à la dictature et surtout prendre le dessus sur elle. Les manifestations des jeunes gens de tous sexes en Afrique du nord, chronologiquement en Tunisie, en Egypte, en Algérie, au Maroc et aujourd’hui en Lybie expriment non pas comme certains ont pu le penser une volonté de démocratie mais une volonté de survie face à la grande chape de la mort qui étouffe et asphyxie ces peuples depuis des décennies.

C’est une erreur pour l’Afrique centrale, pour ses hommes politiques, du Cameroun, du Tchad, du Gabon, du Congo, de Centrafrique d’ignorer l’agonie de leurs peuples respectifs. L’agonie d’un homme va plus loin que le mugissement d’un tigre, la putréfaction d’un homme affecte la santé de tous parce qu’elle affecte ce que l’être humain a de plus noble à savoir son humanité. Au Cameroun, particulièrement, nous avons beau ignorer et masquer la réalité, elle est là exhibant son obscénité béante. Elle défie toutes nos connaissances intellectuelles et se moque de nos cravates et de nos résidences loin des champs de misère.
 
Aujourd’hui au Cameroun ce n’est plus une marmite qui est au feu, elle bout, le couvercle ne tient plus – 29 ans de règne et impossible de dire le nombre d’emplois créés, pas parce que les statistiques n’existent pas mais parce qu’ils sont insignifiants par rapport à la demande voire à l’offre. Des milliers de diplômés sortent du système éducatif camerounais chaque année et ne trouve pas employeurs. L’Etat autrefois premier employeurs ne peut plus absorber cette main d’œuvre bien que qualifiée. L’Etat se montre aussi incapable d’encourager sa jeunesse à être créatrice d’emploi, le système est infecté par le virus de la corruption qui se manifeste par la privatisation de tous les services publics. « Il faut payer pour être servi. »

A l’hôpital il faut payer pour être consulté par un médecin, il faut payer pour se faire délivrer le moindre document, pour les filles à peine sorties de l’enfance et les femmes, il faut coucher pour espérer prendre l’ascenseur de la pauvreté, pour sortir de celui de la misère. Ces adolescents sont plus matures que les adultes dans les champs de la misère et du crime, c’est la crasse, ils la portent sur eux et en eux comme un vêtement.

Les retraités marchent allégrement vers la tombe avec pour seul bien leur baluchon sur la tête, sans couronne et sans cercueil pour leur enterrement puisque les enfants sur lesquels ils ont investi sont sans emploi.

Les juges suprêmes de l’intelligence camerounaise nous reprocheront le manque de proposition, la vacuité de l’analyse mais n’enterreront point la réalité des faits. En une semaine, la ruelle axe-lourd Douala-Yaoundé a emporté une cinquantaine de vies humaines, le dernier accident en date le 22 février 2011 a fait a lui seul 30 morts. Notre mérite est certainement de dire ce qui, hier était caché et qui aujourd’hui, est vu par tous. Le temps du silence est révolu, le moment de la participation de tous y compris sans présence (Internet, SMS, Facebook, Hi5 etc...) a sonné.
Oui, aux donneurs de leçons, dressons ensemble l’acte d’accusation, car des peuples qui s’avèrent incapables de poser leurs problèmes, de revendiquer leurs droits, de respecter leur devoir sont des peuples décadents. Des peuples ; oui les nôtres qui choisissent de fermer les yeux à leurs problèmes les plus cruciaux sont des peuples atteints de la pire des maladies qui puissent exister. Des dirigeants qui rusent avec les principes et les droits de leurs peuples sont moribonds et leur fin tragique. Voila l’unique couronne du renouveau ! Et ce n’est pas faute d’avoir voulu placer notre pays sur un piédestal que nous arrivons à cette unique conclusion.


[1] Patrice Nganang, www.cameroon-info.net, « Biya n’a pas le monopole de l’hymne national », mis en ligne le 21-02-2011

 
Dr Vincent-Sosthène FOUDA

Dr Vincent-Sosthène FOUDA

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