07/03/2011 15:54:32
Libye: De la révolution la guerre... civile
En Libye, les choses ne se passent plus comme en Tunisie ou en Egypte. Kadhafi résiste, les insurgés persistent, la population étouffe, l’Europe éternue : c’est la guerre étendue. La paix n’est pas pour demain.
Le Messager
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Il a fallu dix jours pour chasser Ben Ali du pouvoir en Tunisie, dix-huit pour bouter Moubarak hors du palais du peuple égyptien. En Libye, on en est au vingt-unième. Et le bout du tunnel ne semble pas proche. Après avoir officiellement insulté les Libyens qui ont osé revendiquer le droit à plus de liberté et de dignité, le guide de la révolution libyenne a annoncé une offensive sanguinaire. Les déplacés, les réfugiés et les morts se comptent désormais par milliers. Malgré les condamnations de la communauté internationale, Kadhafi tient ferme. Il a la volonté et se dote progressivement de moyens pour écraser tous ces “ chiens ” qui ont accepté, selon lui, de se faire manipuler par l’Occident. Les assauts qu’il lance depuis deux jours portent des fruits.

Selon l’Agence France presse, des insurgés libyens de retour du front après des combats ont annoncé hier dimanche, 06 mars s'être retirés de Ben Jawad, bourgade située à une centaine de kilomètres à l'est de Syrte, où au moins 15 personnes ont été blessées dont un journaliste français. Les miliciens recrutés par Kadhafi se sont infiltrés dans les villes prises par les insurgés. En synergie avec les forces fidèles à Tripoli, ils attaquent à l’arme lourde. L'armée libyenne avait déjà tenté la semaine dernière de lancer une contre-offensive pour stopper la progression des insurgés, bombardant Ajdabiya et Brega, deux villes verrouillant l'accès à Benghazi. La télévision d'Etat a affirmé que les forces de Khadafi avaient repris le contrôle de Ras Lanouf, ville pétrolière, et de Tobrouk dans l'est ainsi que de Misrata, la 3e ville du pays, dans l'ouest. Mais les insurgés ont immédiatement contesté la reprise de ces trois villes.

En face, ces derniers persistent dans leur désir d’avancer jusqu’à Tripoli et de reprendre le pouvoir aux mains du “ guide ” qui exerce la magistrature suprême depuis plus de quarante ans. Dans leurs rangs, on compte des jeunes n’ayant aucune formation militaire à la base. Nombre d’entre eux ont d’ailleurs abandonné leurs études à l’étranger pour revenir prendre les armes contre le régime. Ils tiennent l’est du pays, notamment Benghazi, la deuxième grande ville de Libye. Ces “ révolutionnaires ” ont affronté le week-end l’armée de Kadhafi dans le port pétrolier de Brega, avant de continuer leur avancée jusqu'à Ras Lanouf, à 300 km au sud-ouest de Benghazi.

 
Guerre étendue

Contrairement à la Tunisie et à l’Egypte où les manifestations étaient sinon conventionnelles, du moins sans affrontement significatif à l’arme lourde, la Libye s’achemine vers une situation de guerre étendue. La partition du pays est pour le moment consommée, avec la création du Conseil national qui revendique la représentation exclusive de la Libye au plan international. La création de ce conseil a d’ailleurs été saluée par certains pays européens dont la France. Actuellement , des soupçons autant dans les villes contrôlées par Kadhafi que dans celles dirigées par les insurgés conduisent à des purges. La communauté internationale estime que les forces pro-Kadhafi sont en train de commettre un vrai massacre.

Contre l’Occident, le colonel Kadhafi agite la menace d’une immigration massive vers l’Europe à travers la Libye , de même qu’il promet de servir un lieu de refuge doré à l’organisation terroriste Al-Qaeda qui pourra opérer à partir de son territoire. Dans son interview à l'hebdomadaire français Journal du Dimanche, il a notamment affirmé que “ des milliers de gens iraient envahir l'Europe depuis la Libye  ”, et que “ vous aurez Ben Laden à vos portes ”. Selon l’Onu, plus de 191.000 personnes ont fui les violences et environ 10.000 déplacées se dirigent vers la frontière égyptienne.

Si l’évolution de la révolution libyenne vers la guerre civile semble réelle avec la partition du pays et beaucoup de morts en perspective, elle pourra créer un problème international supplémentaire. Kadhafi ne souhaite pas mourir seul, si c’était le cas. Il veut emporter après lui, éventuellement, une bonne partie d’Africains et d’Occidentaux.

Ibrahim Fall

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