10/03/2011 02:22:46
Chefs d'Etat en mouvement: Désunion africaine sur la Côte d'Ivoire
L’Union africaine joue sa dernière carte de médiation. Pendant qu’elle tente sans succès de mettre d’accord Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, on s’achemine réellement vers une guerre civile froide à Abidjan.
Le Messager
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Il n’est pas né de la dernière pluie, Laurent Gbagbo. Le président reconnu par le Conseil constitutionnel ivoirien a donné son accord pour participer à la réunion de l’Union africaine aujourd’hui. Mais il n’est pas présent à Addis-Abéba. Il s’est fait représenter par Alcide Djédjé, son ministre des Affaires étrangères, et l’un de ses hommes de confiance, Pascal Affi N’Guessan. Celui qui occupe en ce moment le palais présidentiel craint un coup d’Etat pendant qu’il est en voyage à l’étranger. Alassane Ouattara que la Commission électorale indépendante a proclamé vainqueur de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010 a, quant à lui, donné des assurances qu’il participera aux travaux.

Hier mercredi, le panel des cinq chefs d’Etat chargés de proposer des solutions de sortie de crise a tenu une réunion pour accorder les points de vue. L’organisation continentale leur avait en effet donné jusqu’à fin février pour tomber la copie. Mais, à cause des divergences entre les membres du panel où l’on recrute des pro-Gbagbo et des pro-Ouattara, le consensus sur les solutions n’est toujours pas trouvé.

Alors qu’il pèse sur Ouattara la menace de ne plus pouvoir intégrer sa résidence de l’hôtel du Golf s’il sortait du pays, on assiste à une guerre civile froide à Abidjan. L’actualité ces dernières semaines est en effet marquée par les violences au quartier Abobo dans le nord d’Abidjan. Les forces de défense et de sécurité, fidèles au président Gbagbo, y affrontent en effet des insurgés armés, considérés par le pouvoir en place comme étant des éléments de l’ex-rébellion des Forces nouvelles alliées à Ouattara.

Selon le gouvernement de Gbagbo, les ex-rebelles ont infiltré Abidjan et pris en otage certaines points de la ville. Puisqu’ils n’ont pas d’attributs militaires apparents, les choses se déroulent un peu comme à l’époque du maquis au Cameroun où la chasse aux “ rebelles ” confondus dans la population a fait de nombreux dégâts dans la population civile. Ainsi, on décrie les morts civils emmenés et/ou manipulés par des forces ex-rebelles contre qui les forces de défense et de sécurité luttent. Le camp d’Alassane Ouattara nie cependant toute implication dans les combats entre les forces de Gbagbo et ceux qui veulent que ce dernier quitte le pouvoir.

Désolation, sanctions, aides

Actuellement, c’est la désolation dans les familles de victimes innocentes. Les condamnations internationales ne cessent de pleuvoir. La France continue de préparer les décisions à prendre par le conseil de sécurité de l’Onu. “ Sur la Côte d’Ivoire, c’est la France qui présente les textes qui sont ensuite votés. Donc nous jouons en effet un rôle central [...] Nous attendons encore une dernière tentative de l’Union africaine qui devrait s’achever fin mars. Pour le moment hélas les violences se multiplient, hier six ou sept femmes ont été tuées, il y a des centaines de milliers de personnes déplacées, nous sommes vraiment au bord du gouffre ”, affirmait il y a deux jours le nouveau ministre français des Affaires étrangères et européennes, Alain Juppé.

Contrairement à la France qui affiche verbalement sa désolation, les Etats-Unis préfèrent l’action, même si c’est dans leur propre intérêt. Selon un communiqué de la Maison Blanche daté du 07 mars, le président Barack Obama a débloqué 12,6 millions de dollars d'aide humanitaire pour les personnes réfugiées et déplacées. Ces fonds doivent permettre de “ répondre à des besoins urgents liés aux migrations ou aux réfugiés ”, via des contributions à “ des organisations internationales, gouvernementales et non-gouvernementales ”. L’Onu estime que les violences postélectorales en Côte d’Ivoire depuis le 28 novembre 2010 ont déjà fait fuir plus de 200.000 personnes et plus de 370 tués.

Ibrahim FALL

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