31/12/2017 18:31:35
Marche des catholiques laïcs en RDC- Plus de 10 morts : "Pol Pot" Kabila a encore tué ce dimanche

Plus d'une dizaine de personnes assassinées dont deux devant une église ce matin à Kinshasa, une autre tuée aussi à Kanaga dans le Kasaï, des blessés et des interpellations aussi par dizaines, tel est le bilan provisoire des manifestations pacifiques de ce dimanche 31 décembre 2017 contre la confiscation du pouvoir d'Etat par le général Joseph Kabila Kambangue. Un bilan auquel s'est ajouté il y a quelques instants le décès d'un policier. Le gouvernement sanguinaire du Pol Pot d'Afrique Centrale parle, lui, de 5 morts, comme si c'était peu !

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Plus d'une dizaine de personnes assassinées dont deux devant une église ce matin à Kinshasa, une autre tuée aussi à Kanaga dans le Kasaï, des blessés et des interpellations aussi par dizaines, tel est le bilan provisoire des manifestations pacifiques de ce dimanche 31 décembre 2017 contre la confiscation du pouvoir d'Etat par le général Joseph Kabila Kambangue. Un bilan auquel s'est ajouté il y a quelques instants le décès d'un policier. Le gouvernement sanguinaire du Pol Pot d'Afrique Centrale parle, lui, de 5 morts, comme si c'était peu !


Dès le début des manifestations, deux hommes ont été tués par balle devant l'église Sainte Alphonse à Matete à Kinshasa pendant que forces de sécurité dispersaient les manifestants pacifiques, exigeant départ de Kabila a expliqué à nos confrères de VOA-Afrique, Ida Sawyer, directrice de Human Rights Watch Afrique centrale, qui révèle également que douze enfants de cœur vêtus de leur tenue liturgique, et dont l'un portait un grand crucifix, ont été embarqués dans un véhicule de police. 

Ils étaient à la tête d'un groupe de manifestants réclamant le départ du président illégitime dont le mandat réputé non renouvelable, a expiré le 19 décembre 2016, et dont le régime, avec la complicité d'une commission électorale aux ordres, est très peu disposé à fixer les congolais sur le calendrier électoral devant mener à une élection présidentielle

On parle aussi de blessés graves, à l'instar du père Jean Kongolo, vicaire de la paroisse saint-Dominique de Limete (centre),  blessé au visage ou d'une femme d'environ soixante ans, blessée à la tête et présentant une entaille sur le front. Ainsi que des dizaines d'interpellations dont des prêtres.

Kinshasa est quadrillée depuis samedi

Des opérations de police se sont poursuivies dans de nombreuses paroisses de Kinshasa pour étouffer  toute tentative de manifestation, et des militaires de la garde républicaine ont  procédé à un contrôle systématique des chrétiens à la paroisse Saint Luc, où des fidèles ont été obligés de se ranger en file indienne, les mains en l'air, et fouillés avant de sortir de l'enceinte de la paroisse par cette unité dont la mission au sein des forces est pourtant assurer la protection du président de la République démocratique. "Une fois dans la rue, ils sont soumis à un deuxième contrôle fait par la police", a affirmé à ce sujet un témoin.

Selon nos confrères de la Voix de l'Amérique,  Kinshasa  a affirmé avoir été informé d'une "distribution d'armes" destinée à déstabiliser le régime et "créer une situation insurrectionnelle". Ces « armes de guerre ont été distribuées pour s'en prendre à la paisible population et à diverses personnalités publiques, vandaliser les édifices publics », a ainsi déclaré à la télévision publique le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende.

 
Bukavu, des hommes en armes devant la cathédrale! #marche31dec #RDC



C'est fort de ce prétexte qui tranche nettement avec la réalité qu'est le caractère pacifique  de la manifestation de dimanche, le "comité laïc de coordination" de l'église catholique congolaise ayant invité les fidèles à marcher, bibles, chapelets et crucifix à la main, après la messe de dimanche matin qu'un officier congolais  a menacé de faire abattre des journalistes de l'AFP une équipe de l'Agence France Presse en reportage devant  l'église Saint-Michel dans le quartier populaire de Bandalungwa, « Si vous ne videz pas les lieux, j'ordonne qu'on tire sur vous", a lancé cet officier.  « Moi je ne suis pas de la police, c'est l'armée. Presse ou pas, personne n'entrera. En plus vous êtes avec un Blanc, une race qui nous crée des problèmes. Si vous résistez, on va tirer », a ignoblement proféré le malabar.


Pour contrer l'appel à la marche pacifique contre les violations des accords du 31 janvier 2016 qui stipulaient que l'élection présidentielle –entre autres- devait avoir été organisée avant la fin 2017, le gouverneur de Kinshasa a interdit samedi toute manifestation dans [sa] ville, et menacé de pires représailles ceux qui s'y risqueraient. Pour donner la pleine mesure de la détermination des autorités congolaises à empêcher les manifestations, Intenet a été coupé, les SMS suspendus et d'importants dispositifs sécuritaires déployés avec des centaines de barrages policiers. 

Peine perdue, car l'église catholique  jouit dans ce pays d'une crédibilité sur les questions politiques qui dépasse les frontières du cercle de ses fidèles (environ 40% des quelque 70 millions de Congolais), en raison de sa contribution importante qu'elle a apportée dans l'ouverture démocratique au début des années 1990, puis au cours des dernières années du dictateur  Mobutu, chassé du pouvoir en 1997 par Laurent-Désiré Kabila, père de Joseph Kabila.


La preuve du peu de succès des manœuvres d'intimidation, "Des gens sont tombés, les secouristes étaient en train de réanimer des vielles dames, mais le prêtre n'a pas arrêté de dire la messe, elle s'est poursuivie avec les chrétiens qui n'ont pas fui", a témoigné, une paroissienne.

Ambiance identique à la cathédrale Notre-Dame du Congo, à Lingwala, un quartier populaire au nord de Kinshasa, où malgré le fait que les forces de répression ont tiré des tubes de gaz lacrymogènes à l'arrivée du leader de l'opposition Félix Tshisekedi,  et sont entrés dans l'enceinte de la principale église de la capitale, pour en évacuer les fidèles, et malgré le fait que le curé ait demandé aux chrétiens de «  regagner leurs  domiciles dans la paix parce que il y a un dispositif impressionnant des militaires et policiers prêts à tirer »  lesdits fidèles se sont montrés très peu réceptifs à l'idée de à quitter les lieux.



L'émouvant témoignage de  Vital Kamerhe
« À la paroisse Saint Michel où j'assistais à la messe, cela est arrivé juste au moment où venait de se terminer la lecture du texte qui parlait d'Abraham et de son fils. Personne n'avait provoqué personne. Les forces de l'ordre sont intervenues tout simplement parce que nous étions là, au regard de l'engouement à l'extérieur. Il y avait des gens de part et d'autre jusqu'à quelque 300 mètres de la paroisse. Une foule nombreuse. La Monusco est venue mais les militaires l'ont empêchée de venir sécuriser l'église » a témoigné pour sa part l'opposant Vital Kamerhe, pour qui ce qui s'est passé aujourd'hui « C'est une barbarie d'un autre genre ! ». Interrogé par Jeune Afrique, l'opposant affirme « Nous n'avons jamais vu ça depuis 1960. Même à l'époque de Mobutu, jamais l'armée ni la police n'avaient tiré ainsi à bout portant dans une église… C'est inacceptable ! ».

« Il fallait tirer sur tout ce qui bouge dans l'église. Ce que les policiers et militaires ont fait. Tout est devenu noir dans l'église, des fidèles couchés par terre. On a dû soigner le prêtre qui officiait la messe en pleine messe dans le noir. » a-t-il souligné.


L'UE réagit, la Conférence épiscopale aussi
Quelle que soit l'issue des échauffourées de dimanche, il est certain que les lendemains seront difficiles pour le régime de Kabila dont certaines figures de proue font déjà l'objet de sanctions internationales, notamment de la part de l'Union Européenne qui a décidé de les interdire de visa d'entrée sur le sol européen et du gel de leurs comptes dans des banques des pays membres de l'UE.

 
Kinshasa : des fidèles catholiques « empêchés » d'accéder à leur église à Mitendi. Source radiookapi.net

"L'UE, les Etats membres, la Monusco et les collègues de la communauté internationale observeront attentivement les événements (de dimanche) en RDC", a indiqué le délégué de l'Union européenne à Kinshasa, Bart Ouvry, dans un twitt, tandis que la Conférence épiscopale du Congo (Cenco) qui n'a pas soutenu officiellement les manifestations affirmait ne pas les condamner non plus :  "Aucun évêque ne condamne cette marche", a fait savoir le clergé congolais à en croire le site d'informations Diacenco.

Ndam Njoya Nzoméné

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