11/03/2011 00:53:05
Edking , Soro, Ouattara et l'os de Mor Lam
Ceux qui veulent rester au pouvoir par tous les moyens préfèrent pratiquer la politique de la terre brûlée...
Le Messager
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Où est l’os ?

-Awa où est l’os ?
-L’os est là.
-S’amollit-il ?
-Il s’amollit.
-Où est Moussa
-Il est toujours là
-Que l’on m’enterre ! Je ne partagerai pas avec lui...

L’os de Mor Lam est une pièce de théâtre qui fut écrite dans les années 1960 par Birago Diop. Elle fut éditée pour la première fois à Dakar en 1966 par les Nouvelles Editions africaines. Dans cette oeuvre célèbre, pleins de dialogues savoureux, on s’aperçoit que les habitudes de la vie imposées par la tradition se révèlent mal adaptées aux besoins de Mor Lam, le héros de la pièce. Où plutôt Mor Lam s’adapte mal à ses obligations.
Son désir de se retrouver seul, pour savourer son os, dénote un égotisme bien humain. Mais préférer mourir que de partager son os avec Moussa Mbaye, son ‘plus-que-frère’, est terrifiant. Il est donc prisonnier de lui- même, de son avarice...
Autour de nous, beaucoup de Mor Lam peuplent le village, le Cameroun, l’Afrique.

A la Caplame par exemple, cette coopérative des planteurs de la Menoua , un directeur général atteint par la limite d’age refuse de passer la main et engage le bras de fer contre les administrateurs.

-Awa où est mon poste?
-Il est là.
-Ne suis-je pas Dg ?
-Vous êtes Dg
-Où est le jeune qui veut me remplacer ?
-Il est aussi là
-On a qu’à fermer la boîte, je ne quitte pas mon poste !

En Côte d’Ivoire, deux crocodiles se battent pour le même fauteuil. Pourtant la solution est simple. Par un geste citoyen, l’un des alligators peut se retirer de la bataille, s’avouer vaincu et sauver la Côte d’Ivoire du désastre économique, social et humain. C’est là que réside le vrai courage. Savoir lâcher la rampe, entrer dans le silence pour sauver son pays. Mettre ses ambitions au vestiaire et savoir donner...

-Sorro où est ma victoire
-La victoire est au bout du fusil
-Où est Gbagbo
-Gbagbo est à la présidence
-Brûlez tout !

Ainsi va le monde. Gaddafi est arrivé au pouvoir à 27 ans. Plus d’une génération après, il continue ses frasques légendaires et aujourd’hui mortelles. Il bombarde son propre peuple avec les moyens qu’on utiliserait dans une guerre dite conventionnelle. Il a poussé le roi Idris 1er vers la sortie pour instaurer sa... royauté. Il a juste changé les dénominations. La Jamahiriya est dirigée par le guide  de la révolution et a pour doctrine le livre vert.
Et le peuple se taisait. Nourrissait ses frustrations par le silence. Laissait grandir la colère. Gaddafi croyait qu’en lui donnant du pain, il pouvait piller la Libye en paix. Mais l’homme ne vit pas seulement de pain. Il veut aussi s’exprimer. Il régnait sur des chèvres dont le métier est de brouter. Mais la chèvre bêle aussi. Et souvent, personne ne comprend son langage de détresse, jusqu’au jour où la chèvre coupe la corde pour choisir elle-même son pâturage.

-Qui est le guide de la révolution?
-C’est vous
-Où est Bengazi
-Bengazi est là
-Où sont les mécréants?
-ils sont à Bengazi
-Nettoyez ces rats jusqu’au dernier os !

Ceux qui veulent rester au pouvoir par tous les moyens préfèrent pratiquer la politique de la terre brûlée. “ Que sont vos biens, sinon des choses que vous gardez et défendez, par crainte du besoin du lendemain ? Et demain, qu'apportera demain au chien si prudent qu'en suivant les pèlerins vers la cité sacrée, il enterre des os sans repères dans le sable du désert ? ” S’interrogeait le poète libanais Khalil Gibran.  N’est ce pas la peur du manque qui conduit les hommes à ne jamais se rassasier ? A s’accrocher au pouvoir ?
Donnez donc maintenant, conseille Khalil Gibran, “  afin que la moisson de votre don soit la vôtre, et non pas celle de vos héritiers ”.

Mais l’égoïste est-il le seul responsable de son avarice ? N’est il pas responsable d’un régime créé par lui ou  victime d’un système qui l’a engendré ? Prenons Awa, l’épouse de Mor Lam, qui n’ose protester contre l’avarice de son mari : elle n’existe, dit-on, que dans l’obéissance à laquelle elle se soumet tout naturellement.
Attachée à Mor Lam par les liens implicitement contenus dans le simple fait d’épouse, elle accepte d’entrer dans le jeu, ou plutôt dans l’anti-jeu de son mari au risque de le perdre.

Est-ce par respect de la liberté de Mor Lam ? Mor Lam est-il seulement libre ?

Est-ce de l’indifférence ? Est-ce par calcul afin d’en profiter plus ? Ne pouvait-elle pas dire à Moussa Mbaye qui convoitait l’os et l’épouse de son ‘plus que frère’ de partir ? De laisser Mor Lam manger son jarret en paix ? Et Moussa Mbaye est-il un véritable frère ? Lui qui, jouant le jeu, involontairement, pousse son ‘plus que frère’ dans la tombe ?
Autour de nous, beaucoup de Mor Lam, d’Awa et de Moussa Mbaye peuplent le village, le Cameroun, l’Afrique.
La France fabrique des armes. Il faut bien les vendre. De temps à autre, elle réveille quelques opposants  en villégiature dans les pays voisins du Tchad, pour ‘attaquer’ Idriss Deby. Celui-ci puise sans vergogne dans les fonds du pétrole réservés aux générations futures et s’achète des armes pour défendre son régime.

Il y en a qui redoutent que la rue arabe s’étende au sud du Sahara. Au Sénégal par exemple, le mot d’ordre de “ y en a marre ” de jeunes rappeurs fait son chemin contre Abdoulaye Wade, 86 ans, qui veut se représenter en ...2012.  Le pouvoir tremble et mobilise ses chiens de garde contre des... chanteurs.

Dans les salles de rédactions du Cameroun, la dernière histoire en date c’est celle de quelques activistes qui auraient pris langue avec les services de sécurité pour dire que ça va chauffer pour Etoudi. Certains médias  sont approchés pour faire monter la mayonnaise. Le régime panique. Un ministre demande d’intensifier la recherche de renseignements. Il est conseillé à madame la présidente de ne pas défiler avec les femmes le 08 mars, comme elle le fait souvent. Pour sa sécurité et sa survie politique,  Biya sort son chèque. Les indics, les activistes, la presse et la flicaille récupèrent, chacun en ce qui le concerne,  l’argent et festoie : “ Pô Mbia oyé ! ”

-Awa où est mon pouvoir?
-Il est en danger
-Où est Ekanè Anicet
-Il est dans la rue avec son armée et des mercenaires bamiléké
–S’ils n’ont pas de cartes de séjour qu’on les tue tous et qu’on m’enterre avec mon pouvoir...dans 20 ans.


Bon vendredi et à vendredi

Edking

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