08/07/2009 14:25:16
Les grandes puissances en quête d'un mode de gouvernance mondiale
Elles vont finir par perdre leur ennemi favori. Les organisations non gouvernementales (ONG) sont déjà orphelines du G8. Ce club de riches, qui réunit les dirigeants des puissances du Nord (Etats-Unis, Canada, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie et Russie), leur permet chaque année de se frotter à leurs gouvernements et de faire entendre leur voix en faveur des pays du Sud.
Le Monde
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Ainsi, à la veille de la réunion de L'Aquila, en Italie, qui devait débuter mercredi 8 juillet, les associations Oxfam-France ou Care reconnaissent implicitement la pertinence des pays du G8, en exigeant qu'ils "tiennent leurs engagements" en matière d'aide au développement, avant de disparaître pour se transformer en un forum élargi aux puissances du Sud.

Depuis un an, le G8 a été supplanté par les réunions du G20, qui rassemble les vingt principales puissances de la planète. Plus représentatif que le G8, moins ingouvernable que l'ONU, le G20 s'est imposé comme l'instance décisive pour lutter contre la crise, à Washington en novembre 2008 et surtout à Londres en mars.

Le principal rendez-vous international prévu n'est donc ni ce sommet de L'Aquila, ni l'Assemblée générale des Nations unies de septembre, mais le sommet du G20 prévu à Pittsburgh (Pennsylvanie) les 24 et 25 septembre. Encore faudra-t-il que le G20 perdure lorsque la crise s'estompera.

"Le G8 doit annoncer sa disparition (...) si on veut que le G20 survive et soit fonctionnel", a assuré à l'Agence France-Presse Rajiv Kumar, spécialiste des relations internationales à NewDelhi, reprenant les propositions de la chancelière allemande, Angela Merkel, et du président français, Nicolas Sarkozy.

ON Y PARLE DE TOUT, MAIS ON NE DÉCIDE DE RIEN

Rien de tel ne devrait arriver rapidement, le G8 devant au contraire annoncer qu'il prolonge de deux ans son dialogue avec le G5 (Chine, Inde, Afrique du Sud, Brésil, Mexique). L'Italie veut conserver ce type de rencontre qui lui garantit un statut à part, tandis que le Japon ne veut pas que la Chine soit associée à toutes les réunions.

Le G8 peut forcer des dirigeants à se reparler, comme ce fut le cas entre George Bush et Jacques Chirac à Evian, en 2003, après la crise irakienne. Mais les causeries au coin du feu inventées à Rambouillet par Valéry Giscard d'Estaing en 1976 ne sont plus adaptées. Les grands de ce monde s'y rendent désormais en renâclant. Car on y parle de tout, mais on ne décide de rien.

"Aucun résultat substantiel n'a été obtenu aux G7-G8 ces dernières années", assure Richard Portes, chercheur à la London Business School. Signe du désarroi, le G8 va tâtonner pendant trois jours, en se réunissant sous des formats sans cesse différents.

Le G8 proprement dit sera expédié dès mercredi. Déjeuner de travail sur l'économie mondiale, dîner sur les grands dossiers diplomatiques, avec un après-midi consacré au climat, à l'Afrique et au développement. Sans les pays du Sud ! Il faudra attendre le lendemain pour aborder ces sujets avec eux.

Le format de jeudi est hésitant. Officiellement, le G8 se réunit avec le G5, pour former le G13. Mais les Européens ont invité le président égyptien, Hosni Moubarak, qui représente le monde arabe et la Méditerranée. On sera donc dans un G14. Seul problème, l'ordre du jour porte sur le climat et la lutte contre le protectionnisme. Or le forum pertinent sur ces sujets est celui des économies dites majeures, qui regroupe 16 pays. Qu'à cela ne tienne! On rajoutera des chaises pour la Corée du Sud, l'Australie et l'Indonésie, ainsi que le Danemark, hôte en décembre de la conférence sur le climat.

Vendredi, ce sera au tour des dirigeants africains (Ethiopie, Algérie, Sénégal, Nigeria, Libye) de débattre du sort de leur continent avec le G8. Visiblement sans la Chine, pourtant un acteur majeur sur ce continent.

Dans cette confusion, chacun va multiplier les rencontres bilatérales. Après la visite en Russie du président américain Barack Obama, M. Sarkozy a tenu à rencontrer le président russe, Dmitri Medevedev. Mme Merkel a prévu cinq entretiens individuels, en particulier avec le président chinois, Hu Jintao, auquel elle compte glisser deux mots sur la répression des émeutes ouïgoures. Il faut rentabiliser le déplacement. Le sommet dure trois jours. Une éternité.

Arnaud Leparmentier

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