14/03/2011 00:49:50
Pour qui nous prend-il ?
Le pronom “il ”, dans notre titre est mis pour Paul Biya, président de la République du Cameroun, et le “ nous ” désigne naturellement les Camerounais dont je suis...
Le Messager
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Le pronom “il ”, dans notre titre est mis pour Paul Biya, président de la République du Cameroun, et le “ nous ” désigne naturellement les Camerounais dont je suis. Et la question n’a rien à voir avec ce défi permanent,  et souvent inutile, que M. Biya affiche à l’égard de son peuple dans les situations où il devrait dialoguer, seulement pour montrer qu’il est plus fort que ce peuple. Il s’agit plutôt de son silence assourdissant devant tous les outrages à la Républiques auxquels  se livrent désormais “ les siens ” (au sens villagiste  et partisan du terme), et de façon particulière en cette année électorale.

J’ai parlé d’outrages au pluriel parce que je songe à ces dénis de justice que commettent les magistrats en envoyant  des gens en prison sans les avoir convaincus de leur culpabilité, ou en les y maintenant à force de dilatoires sur commande des commis de l’Etat. Lesquels commis veulent masquer leurs capacités de nuisance, ou mettre leurs adversaires à l’ombre, sous le faux prétexte que “ l’Etat ne perd jamais la face ”.

 Je songe également à ces ministres des Finances successifs qui,  comme s’ils étaient autorisés à privatiser l’Etat, et à traiter les affaires de la République dans des réseaux sectaires, passent trop souvent à la poubelle les instructions du chef de l’Etat, toujours heureux que le pays avance à leur rythme. C’est-à-dire à reculons. Pour bien se faire, ils se plaisent à retarder la mise en œuvre des projets auxquels l’Etat doit apporter un quota de financement, tout comme ils jouissent à détruire des entreprises privées quand ils ne les bradent pas aux étrangers, surtout quand ces entreprises sont l’œuvre de certains Camerounais qui ont mal choisi leur lieu de naissance.

Je songe à tant d’autres outrages plus graves les uns que les autres, mais sur lesquels nous ne pouvons nous attarder aujourd’hui.

L’histoire politique montre, même en ne nous en tenant que là, qu’Il faut bien moins que de telles forfaitures pour  agacer un démocrate qui veut gouverner dans la justice, et pour le pousser à mettre fin à la permissivité et à l’impunité. Mais, M. Biya, comme par une sorte d’envoûtement  ou de possession diabolique, semble avoir décidé une fois pour toutes, de prendre toujours les mêmes et de recommencer, quitte à justifier la misère de son peuple en se plaignant  de l’inertie ou de l’immobilisme d’un entourage qu’il choisit librement.

En vérité, lorsqu’on a de l’exercice du pouvoir  une autre vision que celle de la simple jouissance des privilèges y attachés, la tentation est grande de penser que M. Biya n’assume pas l’effectivité des pouvoirs de son mandat et la  souveraineté  de l’Etat républicain.

Prenant entre autres sur la liste des outrages dont nous parlons , la question de  la candidature à l’élection présidentielle 2011 en rapport avec les droits civiques des populations. Lorsque les associations  estudiantines manifestent pour réclamer des droits quelconques violés par une mauvaise gouvernance, le gouvernement Rdpc brandit le slogan : “ l’école aux écoliers, la politique aux politiciens ”. Or, les plus jeunes des manifestations estudiantines ont 18 ans, l’âge où dans les pays démocratiques, on est électeur et éligible. Certes, ce n’est pas encore le cas au Cameroun. Mais, d’où vient-il que le même Rdpc a le droit de sortir des milliers d’enfants de leurs écoles pour les faire défiler dans des manifestations privées invitant le chef de l’Etat “ à briguer un nouveau mandat ” et jamais d’ailleurs à fournir le bilan des mandats précédents ?

La question est d’autant plus grave que ces “ marches (privées) de soutien à la candidature du président Biya ” sont cautionnées ou organisées et pilotées par des cadres de l’administration préfectorale  dont la vertu cardinale en régime démocratique est la neutralité partisane. C’est quasi surréaliste de voir qu’un préfet par-ci, un gouverneur par-là, abusent de leurs pouvoirs et fonctions pour transformer, par la coercition, les élèves des établissements primaires et secondaires en “ militants de fait ” du parti au pouvoir, sans prendre en compte ni le temps perdu de leurs études, ni encore moins la violation flagrante de leurs  libertés et droits, y compris le droit de ne pas être militant  d’un parti. On en a vu certains le faire sur la demande insistante d’une institution sous-marine et amphibie du Rdpc, de création récente, appelée Conseil national de la Jeunesse.

Le Conseil national de la Jeunesse est supposé être une plateforme d’organisations  de la société civile dont les statuts disent qu’elles sont “ apolitiques ”. Ce Conseil ne serait-il donc qu’une langue de salamandre déployée pour capturer et enrôler à dessein les organisations des jeunes ? Cette question peut paraître idiote pour ceux qui sont déjà convaincus de la volonté hégémoniste du parti au pouvoir,  et du vœu monolithique de certains de ses cadres qui ne sont que “ des créatures du président Biya ”, et dont la démocratisation réelle du pays pourrait démontrer la nullité des compétences au service de l’Etat.

Par contre, ceux qui s’interrogent encore sur l’énigme d’un président qui souhaite rester dans l’Histoire comme ayant apporté la démocratie à son peuple, se demandent  toujours s’il en est encore capable d’aller au-delà des mots, alors qu’il apparaît  incapable dans un contexte pluraliste sans réel danger pour son pouvoir, de montrer à son entourage et ses adeptes la différence entre l’Etat et leur parti. Et de leur dire qu’ils sont encore en action dans le monolithisme condamné par le Renouveau.

Depuis le retour des élections pluralistes dans notre pays, aucun scrutin n’a jamais réuni plus de trois millions d’électeurs ayant réellement voté En 2011, avec l’aide d’Elécam, on pourra atteindre quatre millions d’inscrits sans plus de chance d’obtenir plus de 30% de votants. Et la raison, c’est que les Camerounais sont convaincus de l’inutilité d’un scrutin qui ne traduit pas dans la réalité politique leur volonté générale, en même temps que l’organisateur redoute d’être balayé par un raz-de-marée électoral que provoquerait un processus électoral libre, transparent et accessible.

M. Biya voudrait-il donc léguer aux Camerounais  une “démocratie ” où une minorité de 30% d’un électorat représentant tout au plus 40% de la population officielle, gouvernerait à perpétuité une majorité du pays prostrée dans la peur qu’inspire désormais une menace trop souvent agitée d’une guerre civile ? Jacques Chirac ne serait ainsi plus seul au monde à nous prendre pour des nains en démocratie.

Jean Baptiste Sipa

 

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