14/03/2011 10:28:39
Côte d'ivoire: le Conseil constitutionnel ne peut investir deux présidents pour la même élection
L'Union africaine renvoie Alasanne Ouattara devant le Conseil constitutionel.
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De son retour d'Addis Abeba, le réprésentant du président Gbagbo fait ses premières déclarations à notre rédaction. C'était dans le cadre de l'émission "Sans détour" du Dimanche 13 Mars 2011, émission animée par Christian Musampa.

Christian Musampa: Pascal Affi Nguessan vous êtes Président du Front populaire ivoirien (FPI) ancien Premier ministre de la Côte d'ivoire de 2000 à 2003 sous la présidence de Laurent Gbagbo à titre de chef de la délégation du Président Laurent Gbagbo vous venez tout juste de séjourner à Addis Abeba en compagnie d'Alicide Djé Djé, Ministre des affaires étrangères. Alors, Monsieur le Premier ministre bonjour,

Pascal Affi N'Guessan: Bonjour,

CM: Bienvenu sur les ondes de Cameroonvoice et merci bien entendu de nous accorder cette entrevue. Alors sans plus tarder je vais directement vous poser la première question. Monsieur Pascal Affi N'Guessan, pour résumer un petit peu et paraphraser Monsieur Lamamra qui est Commissaire chargé de la paix et de la sécurité de l'Union africaine enfin du Conseil de la  Sécurité et Paix. Dans le fond l'Union africaine demande au Président Gbagbo de se retirer et au Conseil constitutionnel d'investir Monsieur Alassane Ouattara Président de la Côte d'Ivoire. Quelle est la position du gouvernement du Président Gbagbo?

PAN: Je ne peux pas parler au nom du gouvernement. Je ne suis pas dans le gouvernement, je suis... j'ai été porte parole du candidat Laurent Gbagbo, donc je ne peux seulement parler qu'au nom du FPI et de la Majorité Présidentielle et notre position est que Monsieur Laurent Gbagbo a été le vainqueur de l'élection présidentielle dernière et il a été proclamé élu par le Conseil constitutionnel qui est la plus haute juridiction en Côte d'ivoire chargée de cette question. Il a prêté serment devant cette institution, il a été investi... ça veut dire qu'il est celui qui aujourd'hui est reconnu par les institutions de Côte d'ivoire comme Président de la République. C'est vrai qu'il y a cette polémique au niveau international liée au fait que le Haut représentant du Secrétaire général des Nations unies a dit autre chose et que sur la base de sa déclaration, il y a eu un ensemble de prises de position à l'international qui constitue des problèmes, qui crée donc une crise liée à cette élection, donc nous sommes en train de travailler à résoudre ce problème là et nous continuons de communiquer à l'international, de participer aux réunions à tous les niveaux, notamment au sein du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine. Et nous espérons qu'à un moment ou à un autre, cet ensemble de communications diplomatiques, d'initiatives diplomatiques, et tout cela aboutira et que nous pourrons faire reconnaître cette victoire du Président Laurent Gbagbo par toutes les instances internationales. Donc pour le moment, nous ne sommes pas d'accord avec la position qui est  prise par l'Union africaine, par la CDEAO, parce que nous considérons que cette position s'appuie sur une information qui est erronée et au message et la prise de position du Haut représentant du Secrétaire général des Nations unies. Nous nous employons à faire la démonstration chaque fois que nous en avons l'occasion, et nous continuerons de faire la démonstration.

CM: Ceci dit Monsieur le Premier ministre le Conseil de paix et de sécurité a rappelé que les conclusions groupe de hauts dirigeants du Panel, qui s'est d'ailleurs déplacé en Côte d'Ivoire seront contraignantes pour toutes les parties de la Côte d'Ivoire. Alors, de quelle façon envisagez-vous de sortir de cette impasse?

PAN: Bon, d'abord pour commenter la décision de la dernière réunion du Conseil de Paix et de Sécurité, il faut dire qu'il y a eu une évolution dans la position du Conseil de Paix et de Sécurité. Puisque tout en rappelant la position antérieur, à savoir que l'Union africaine ne reconnaissait la victoire du Président Laurent Gbagbo, le Conseil de paix et de sécurité en même temps, je dirai...reconnaît qu'il y a des problèmes et qu'il faut que une négociation entre les parties ivoiriennes autour de la position que le Conseil a pris et donc renvoie encore en fait le dossier en Côte d'Ivoire entre les parties ivoiriennes et au niveau des institutions nationales, puisque le Conseil de paix et sécurité demande l'investiture de Monsieur Alassane Ouattara à la suite du Conseil constitutionnel ce qui signifie que le Conseil de Paix et Sécurité reconnaît que la seule autorité qui puisse régler le problème c'est le Conseil constitutionnel, or le Conseil constitutionnel est une juridiction qui a déjà pris une position, qui a déjà arrêté une décision. On a déjà reconnu la victoire du Président Gbagbo et le Conseil constitutionnel a déjà procédé à l'investiture du Président Laurent Gbagbo, or sur la même élection une institution ne peut pas investir deux présidents pour la même élection, donc ça veut dire que à l'heure actuelle, on peut considérer que le Conseil de paix et de sécurité reconnaît que Monsieur Alassane Ouattara n'est le président de la république de Côte d'Ivoire puisque le Conseil de paix et de sécurité demande qu'il soit investit par le Conseil constitutionnel, or il ne l'ai pas encore. S'il ne l'est pas, c'est qu'il n'est pas encore président de la République de la Côte d'Ivoire. Donc c'est une position relative. Ensuite le Conseil invite les parties ivoiriennes à la négociation pour trouver des modalités de mise en œuvre… or en ce qui nous concerne, nous avons fait comprendre à Addis Abeba aux représentants du Conseil que la position du Conseil de reconnaître Alassane Ouattara comme Président ne s'appuie sur aucun élément objectif. A Addis Abebas, ils n'ont pas réussi à nous convaincre que c'est effectivement Alassane Ouattara qui à gagné les élections. Ils n'ont pas réussi à nous convaincre, et nous leur avons fait comprendre que c'était important que toutes ces positions s'appuient sur des arguments objectifs, pour ne faire seulement une déclaration comme ça sans fondement alors que Monsieur Laurent Gbagbo, sa victoire a été reconnu avec des arguments à l'appui en ce qui concerne les réclamations qu'il a faites. Donc tout ceci signifie que le dossier revient en Côte d'Ivoire, que le dossier va être traité sous la supervision d'un haut représentant que l'UA va nommer bientôt comme mentionné dans le communiqué.
Donc cela signifie que les discussions restent ouvertes. Les négociations restent ouvertes et nous espérons que dans le cadre de cette nouvelle facilitation, toutes ces questions seront examinées et que nous arriverons à faire la démonstrations que celui qui a gagné les élections en Côte d'ivoire, c'est bien Monsieur Laurent Gbagbo et pas Monsieur Alassane Ouattara.

CM: Ça reste quand même que, Monsieur le Premier ministre qu'en s'alignant en quelque sorte sur la certification de Monsieur Choi, le Conseil pour la sécurité et la paix ne contribue-t-il pas à aggraver et à amplifier la crise dans le fond?

PAN : Oui mais évidemment, il faut dire que la situation en Côte d'Ivoire est rendu complexe par l'ingérence extérieur. C'est cela véritablement. Sinon, si véritablement on avait décidé à tous les niveaux de faire confiance aux institutions de la République et de les laisser fonctionner, et de s'abstenir de toute ingérence extérieure, je suis sûr que la crise n'aurai pas connue je dirai...le degré de dangerosité qu'elle connaît à l'heure actuelle et nous n'aurions pas observé tous les maux que nous observons aujourd'hui. Tous les dommages avec toutes ces sanctions économiques et financières, même des sanctions  sur les médicaments, puisque l'Union européenne dit qu'il ne faudrait pas...ce qui signifie que...il faut dire qu'il y a exagération, on n'a même pas le sentiment qu'il s'agit d'un conflit électoral, d'un conflit interne, conflit qu'on observe dans beaucoup de pays. Mais dans le cas de la Côte d'Ivoire, on utilise des grands moyens pour affamer le peuple de la Côte d'Ivoire, pour créer le chaos, comme si véritablement je ne sais pas...la Côte d'Ivoire avait déclaré la guerre au monde entier! Donc la communauté international à travers l'ONU, la CDEAO, à travers l'ingérence des puissances extérieures comme la France, joue un rôle négatif très, très fort dans la crise en Côte d'Ivoire.
Mais écoutez, nous devons nous battre pour que toute cette adversité là puisse être anéantie et que nous puissions sortir de l'impasse, notre attitude constitue une responsabilité pour nous en tant qu'africains de nous battre aussi pour notre indépendance, pour notre souveraineté. Nous battre pour écarter toutes les ingérences extérieures, pour restaurer notre dignité et les institutions de la République de la Côte d'Ivoire.

CM : Vous avez bien raison effectivement de parler d'ingérence internationale, et c'est vrai qu'on a rarement vu un tel acharnement pour résoudre un conflit post-électoral finalement...ce qui m'amène à dire Monsieur le Premier ministre, le Panel justement qui est composé, entre autre, des présidents du Burkina Faso, du Tchad, tous deux alliés à la position de la France, si conjugué à tout ça on a la visite du Président sud-africain et tanzanien à l'Élysée un petit peu avant Addis Abeba, est ce que tout ceci ne confirme-t-il pas dans le fond que le Panel dans sa grande majorité a cédé aux pressions de la France, du Président Nicolas Sarkozy?

PAN : Sans citer qui que ce soit, il est évident que la position du Panel a été fortement influencée, et je dirai même qu'elle a été orientée par les pressions françaises, par l'ingérence française et qu'un certain nombre d'états à l'intérieur de ce Panel ne sont que des représentants de la France dans ce conflit pos-télectoral en Côte d'Ivoire. Ils ne portent que la voix de la France, ils n'agissent que pour faire plaisir à la France, pour servir les intérêts de la France, ça c'est tout à fait évident et c'est cela la difficulté aujourd'hui au niveau de l'Union africaine comme au niveau de l'Afrique.

L'indépendance de l'Afrique, la souveraineté de l'Afrique, est plombée par la trop grande faiblesse d'un certain nombre d'états qui ne sont qui des instruments entre les mains des grandes puissances et qui n'agissent pas dans l'intérêt de l'Afrique, mais qui agissent comme des prébendes pour faire plaisir à certaines puissances et c'est le plus grand problème a à résoudre aujourd'hui dans le cadre de sa renaissance.

Si nous n'arrivons pas à marginaliser cette catégorie d'états vassaux de l'impérialisme occidental, l'Afrique ne pourra pas véritablement assumer, je dirai, une identité propre sur la scène internationale, ne pourra s'élever au dessus d'un certain nombre de faiblesses pour jouer un rôle majeur sur la scène internationale. Et je crois que la crise en Côte d'Ivoire est une occasion, un moment aussi de cette lutte à travers les rencontres comme celle qui vient de se dérouler à Addis Abeba. Il appartient à tous les pays progressistes de se battre, de travailler d'abord à réduire ces ingérences extérieures, à contrecarrer ces ingérences extérieures, mais surtout aussi à faire prendre conscience à ceux qui souffrent tout bas parce qu'ils ne se sentent pas suffisamment forts pour élever la voix alors même qu'ils n'adhèrent pas à ces ingérences. De leur donner le courage, de les pousser pour que eux aussi progressivement, leurs voix en faveur de la dignité africaine soient nombreuses et que ceux qui veulent servir d'instrument à l'hégémonie occidentale soient minoritaires.

CM : Monsieur Affi N'Guessan, le Conseil de paix et de sécurité a donné deux semaines aux belligérants, plutôt aux protagonistes, pour régler les modalités de la décision. Qu'est ce que concrètement peut signifier pour le gouvernement de la Côte d'Ivoire? Vous vous êtes quand même présenté à Addis Abeba comme chef de la délégation, donc  représentant du Président Gbagbo, qu'est ce que concrètement ça peut vouloir dire les deux prochaines semaines?

PAN : C'est pour dire que c'est dans les deux semaines qu'un haut représentant devrait être nommé, et je dirai les négociations qui sont prévues par la proposition du Panel disaient que c'est pour... Ce n'est pas le délai qu'il faut pour prolonger le problème mais c'est un délai pour entamer la mise en œuvre des propositions qui ont été faites. Donc en tout état de cause, nous avons dit clairement au Panel et par la suite au Conseil de paix et de sécurité que nous n'adhérions pas à cette proposition, que nous étions opposés, que nous étions contre et que cette proposition ne nous engageait pas. Donc étant donné que cette proposition existe, nous attendons, nous restons ouverts, et donc nous attendons. Il appartient au Conseil de sécurité et de paix de l'UA d'enclencher le processus, nous restons ouverts à rencontrer toute personnalité qui viendra dans le cadre de ce processus. Nous leur réitérerons nos positions, les positions que nous avons déjà exposées à Addis Abeba et que nous allons faire comprendre à l'opinion ivoirienne et nous verrons ce que ces différentes discussions vont donner. Il y a aussi le volet Conseil constitutionnel. Le  Conseil constitutionnel est une institution indépendante, donc nous ne sommes pas forcément mandatés pour parler en son nom. Au moment venu, sur les solutions, il dira ce qu'il pense de cette sollicitation. Il y a aussi finalement de voir si ce que l'UA demande est faisable, si le Conseil constitutionnel en a les compétences et si la sollicitation est recevable.

Si en la matière il s'agit de droit et non de spéculations politiciennes, il s'agit de textes de droit, il s'agit donc de choses bien précises qui sont régler par des lois, et donc le Conseil constitutionnel se prononcera en tant qu'institution par rapport à cela. Mais déjà sur la base de ce que nous savons, logiquement ce n'est pas recevable et il appartiendra de toutes les façons au Conseil constitutionnel de se prononcer, parce que ne nous ne voyons pas comment le Conseil constitutionnel peut déclarer un autre candidat élu pour la même élection.

S'agissant par exemple d'une autre proposition demandant à Monsieur Gbagbo de se retirer au nom de la paix, il y a deux remarques qu'il faut faire : d'abord que l'argument qui est avancé nous paraît irrecevable. Dire que Monsieur Gbagbo doit se retirer au nom de la paix..., parce qu'on ne se retire pas au nom de la paix! Monsieur Laurent Gbagbo a été élu, pourquoi devrait -il se retirer? Et aujourd'hui si on veut chercher un leader politique qui peut garantir la paix et la stabilité politique, il n' y a que Monsieur Laurent Gbagbo qui peut le faire. Parce qu'aujourd'hui on met la guerre, la violence perpétrée par un certain nombre de personnalités...celui qui a la vision réelle c'est Monsieur Laurent Gbagbo, il constitue véritablement le socle de la stabilité et de la cohésion nationale. Les dernières élections l'ont démontré. Il a été dans toutes les zones où il a gagné, dans la plus grande partie des régions de la Côte d'Ivoire, dans toutes les ethnies, depuis l'est à l'ouest. Et aujourd'hui si depuis dix ans il est à la barre malgré l'ampleur de l'hostilité française, c'est parce qu'il bénéficie du soutient des ivoiriens.

Même quand on pense que son départ peut être un signe de paix, nous pensons en bref que d'une façon ou d'une autre, et si par des voies non démocratiques on l'obligeait à s'effacer, nous avons de grandes inquiétudes que la Côte d'Ivoire ne bascule dans une véritable guerre civile. Voilà d'abord la première hypothèse qu'il faut faire.
Et deuxièmement, le retrait : qu'est ce que cela signifie que Monsieur Laurent Gbagbo doit se retirer? Est ce qu'il doit démissionner? Ou bien... parce qu'il faut que ce terme ait une signification en droit. Si parle de démission, dans ce cas on reconnaît que Monsieur Laurent Gbagbo est Président de la République de Côte d'Ivoire. Et s'il devait démissionner, la démission est organisée par les lois, par la constitution. En cas de démission d'un Président, ce n'est pas un candidat qui prend la place, c'est le Président de l'Assemblée nationale, et le Président de l'Assemblée a au maximum 90 jours pour organiser de nouvelles élections. Cela signifie que même le retrait sollicité par l'UA ne résout pas le problème d'Alassane Ouattara car en cas de retrait , qui serait une démission de Monsieur Laurent Gbagbo, c'est un autre intérim organisé par l'Assemblée nationale, du moins organisée par la loi qui sera mise en œuvre. Et donc voilà un certains nombre d'incohérences et d'incongruités qui ressortent des textes adoptés par l'UA qui nous amènent à dire qu'avec ce qui a été décidé, le pays n'est pas encore sorti de l'impasse.

CM :  Justement Monsieur le Premier ministre, vous avez commencé à l'évoquer, parlons un peu des conséquences malheureuses de la crise, c'est à dire donc la violence et l'insécurité. Vous avez déjà averti à Addis Abeba qu'imposer Alassane Ouattara aggraverai la violence dans le pays. Que voulez vous dire par là? Doit-on craindre la reprise de la guerre civile?

PAN : Évidemment! La Côte d'Ivoire n'est pas à l'abri d'une guerre civile. Si par la force, par les pressions, par les menaces on cherche à imposer à la Côte d'Ivoire un président dont elle en veut pas, il est tout à fait évident qu'il y aura de graves menaces, de gros risques que le pays ne bascule dans la guerre civile. Nous n'en sommes pas très loin et c'est pourquoi à Addis Abeba nous avons fortement interpellé les chefs d'états qu'ils prennent conscience de la menace qui plane sur le pays, et qu'ils ne fassent pas de «forcing» pour essayer d'imposer des solutions qui ne seraient pas des solutions acceptables pour la grande majorité des populations ivoiriennes. Parce qu'on ne peut jamais être sûr de la réaction des gens qui n'ont pas envie d'être gouverné par quelqu'un qui n'a pas reçu leur onction.

Or aujourd'hui, en dehors même de ce que les uns et les autres pensent de Monsieur Alassane Ouattara, même les actes qui sont à l'heure actuelle posés, sont des actes qui ne vont mêmes pas en direction de la légitimation de ce Monsieur, au contraire, d'un plus grand effritement du peu de considération que les uns et les autres ont.

CM : A quoi faites vous allusion Monsieur le Premier ministre?

PAN : On impose des sanctions contre la vente du cacao, mais le cacao c'est des millions de planteurs! Les peuples sont en train de souffrir...il n'y a pas que les partisans de Monsieur Gbagbo qui en souffrent. Monsieur Alassane Ouattara a actionné ses soutiens à l'extérieur pour que le cacao ivoirien ne soit pas acheté. Cela ne constitue pas forcement une publicité pour lui. Il a imposé l'embargo sur les médicaments, donc ça veut dire qu'aujourd'hui la Côte d'Ivoire ne peut pas recevoir les médicaments de l'UE. Mais tous ces malades qui meurent chaque jour, tous ceux-là, vous pensez que leurs parents, leurs familles vont après apprécier l'initiative de Monsieur Alassane Ouatarra?

Il a fait fermer les banques françaises en Côte d'Ivoire, donc tous ces clients dont les comptes sont bloqués, sont gelés à la BICICI, à la SGBC, ne sont pas tous forcément des militants du FPI ou des partisans de Monsieur Laurent Gbagbo. Donc même ceux qui ont voté pour lui pendant ces élections là, il y a une bonne fraction de ceux-là qui commencent à regretter. Ce sont des préjudices qui les font souffrir. Donc tout ça mis ensemble, sans oublié les nombreux morts, des policiers, des gendarmes qui sont tués quotidiennement par les combattants de Monsieur Alassane Ouattara. Alors un Monsieur comme celui là qui depuis 2002, a tenté un coup d'état militaire qui a échoué, qu'il a transformé en rébellion, qui a soumis à la loi d'ex combattants, des hommes sans foi ni loi pendant près de 10 ans, puis donc l'histoire avec lui et la Côte d'Ivoire depuis son introduction dans ce pays depuis 1990..., je ne vois pas comment une telle personne peut accéder à la magistrature suprême en Côte d'Ivoire et constituer un gage de paix et de stabilité.

CM : Justement Monsieur le Premier ministre, pour rester un peu dans le secteur de l'insécurité, le quartier d'Abobo est d'ailleurs rebaptisé «Bagdad City»...il s'y passe de sérieuses violences...il y a des combats entre des partisans qui se réclament d'alassane Ouattara qu'on appelle «commandos invisibles» avec les forces de l'ordre de la Côte d'Ivoire. Comment interpréter vous cette situation? Est ce que Ouattara d'après vous...voudrait déjà amener la guerre en plein Côte d'Ivoire? En plein Abidjan je veux dire?

PAN : Oui en fait c'est un certain terrorisme auquel nous assistons.  Au fond ces éléments ne sont pas capables de gagner une guerre qu'ils mènent ici grâce à des armes qu'ils ont introduites dans la ville, une forme de guérilla urbaine, des actes terroristes qu'ils posent. Donc des individus en voiture qui circulent là sur des...[coupure de la communication]

CM : Monsieur le Premier ministre, on a repris le contact car on a été malheureusement coupé. Vous étiez en train de vous exprimer sur la situation à Abobo.

PAN : La situation à Abobo relève purement et simplement d'actes de terroristes qui sont posés chaque jour par les hommes de Ouattara à travers des embuscades des gens armés qui autour d'un carrefour tirent sur un policier, un gendarme et qui disparaissent dans les ruelles. C'est vraiment des actes de terrorisme. Les forces de l'ordre essayent de faire face à cette nouvelle forme de terrorisme qui est né en Côte d'Ivoire...c'est une forme de guérilla urbaine. Ce ne sont pas des gens qui veulent promouvoir la démocratie. Ce sont des gens qui ce sont toujours inscrits dans des actes de violences, des actes de terrorisme et c'est vraiment dommage pour la démocratie ivoirienne.

CM : Pourtant on reproche aux forces de l'ordre de commettre des actes de violence contre des civils, voire des exactions... est ce que vous avez des informations là dessus?

PAN: Nous savons que certains essayent de faire croire à la communauté internationale, parce qu'ils savent que cette communauté internationale est très sensible à la question des droits de l'homme, et faire croire que les Forces de défenses et de sécurité (FDS) se livrent à des actes contre les civils. Mais je voudrais vous rappeler, depuis le début, 50 policiers et gendarmes ont été tués. S'ils ont été tués, ça veut dire que ceux qui les ont tué étaient armés de «kalach», on ne peut pas parler de civils. Même si vous n'êtes pas en tenue militaire et que vous êtes en possession d'une kalachnikov avec laquelle vous tirez sur des policiers, vous n'êtes plus un civil, vous êtes un terroriste. Et si dans les échanges on réussi à vous abattre, on ne peut pas donc parler de civil, donc c'est une guerre, c'est la guerre que des combattants mènent contre les FDS. Donc ceux qui meurent ne sont pas des civils innocents, mais des hommes armés même s'ils ne sont pas en tenue militaire, ils ont perdu la vie dans les combats qu'ils ont engagés contre les FDS.

CM : Le gouvernement justement a entrepris une opération militaire pour tenter de reprendre le quartier d'Abobo depuis quelques heures je pense. Premièrement avez vous des informations pour savoir comment ça s'est passé? Ensuite avez-vous bon espoir que l'ordre revienne rapidement?

PAN : Oui en tout cas c'est l'objectif que le gouvernement s'est fixé pour que le quartier d'Abobo soit pacifié. Comme je vous l'ai indiqué, il n'y a pas en face deux armés qui se battent, mais il y a donc les FDS qui essayent de faire leur travail et des brigands, des hommes armés disséminés au sein des quartiers qui tendent des embuscades et qui tirent sur des gens parce qu'ils ont réussi à infiltrer les quartiers et disposent d'armes. Donc c'est une forme de grande criminalité qui certainement exigera beaucoup de temps pour être totalement éradiquée. Ce qu'il faut c'est que dans les meilleurs délais, les quartiers soient pacifiés et que les populations puissent y vivre dans une relative sécurité.
C'est vraiment un travail de longue haleine compte tenu du fait que depuis presque 10 ans que le pays est en crise, il y a donc beaucoup d'armes qui circulent et la frontière nord n'est pas maîtrisée. Donc depuis le Burkina, le Mali, le Niger, on entre on sort comme on veut du pays...les gens sont sous le contrôle des combattants de Monsieur Alassane Ouattara, ils peuvent donc violer impunément l'embargo sur les armes et peuvent se doter de toute sorte de moyens militaires... et cela constitue donc un grand défi pour la sécurité même à Abidjan

CM : Très rapidement pour parler un petit peu de ce que certains appellent l'isolement de la Côte d'Ivoire et du Président Gbagbo. Monsieur Pascal Affi N'Guessan, avec la décision de l'UA de confirmer Monsieur Ouattara comme président; les tentatives de déstabilisation au sein même d'Abidjan; avec ce qui se passe à Abobo; les sanctions économiques; les sanctions financières; l'offensive militaire, voire même des Forces nouvelles dans le reste de la Côte d'Ivoire... comment le gouvernement de la Côte d'Ivoire, seul contre la communauté internationale compte-t-il briser son isolement? Comment compte-t-il desserrer l'étau militaire?

PAN: Évidemment c'est une situation très difficile que le pays connaît mais c'est en même temps un défi pour tout le peuple de la Côte d'Ivoire qui doit savoir et qui sait que ce n'ai pas la première fois au monde qu'un pays a été dans une telle situation. Et que c'est un moment, une épreuve, et que le peuple fasse preuve de courage et d'abnégation et de détermination pour ne pas céder et pour éviter, pour se battre et pour assumer parce que la liberté se trouve aussi dans les épreuves qui permettent d'avancer. Donc les ivoiriens sont conscients de cela et le gouvernement travaille en sorte que chaque épreuve soit cimentée.
Quand il y a eu l'épreuve de la banque et du système bancaire, le gouvernement a pris des décisions. La décision de nationalisation de certaines banques et Il a pris la décision de la déconnexion de la banque centrale de la direction de la banque centrale de Dakar, il essaye de faire en sorte que le système financier ne s'écroule pas. Il travaille aussi sur une hypothèse d'une monnaie nationale. Si les circonstances rendent inéluctable,    incontournable, je pense, la Côte d'Ivoire battra monnaie.

CM : Est ce que c'est réaliste et réalisable cela, Monsieur le Premier ministre?

PAN : Bien sûr, tout est réalisable. C'est volontairement que la Côte d'ivoire a décider d'appartenir à l'Union économique et monétaire de l'ouest africaine. Mais si cette union apparaît en définitive comme un obstacle au développement et à la sécurité du pays, alors la Côte d'Ivoire battra monnaie comme certains pays d'Afrique occidentale ont leur monnaie. Le Mali était dans l'UEMOA il en était sorti, il est revenu. La Mauritanie a fait de même, le Ghana a sa monnaie, la Gambie a sa monnaie. Donc les cadres ivoiriens ont appris a gérer une monnaie à travers la banque centrale communautaire. Donc la Côte d'Ivoire dispose aussi de ressources financières suffisantes pour soutenir une économie prospère, pour soutenir une monnaie. Nous sommes la première économie de l'ouest au niveau francophone, au sein de l'UEMOA nous représentons presque 40% du poids économique de cette région, de la masse monétaire et nous représentons presque 60% de cette région. Donc nous sommes l'épine dorsale de l'UEMOA. Donc si on n'a pas besoin de nous, si on veut utiliser l'Union, «c'est un instrument de solidarité», contre nous et contre la dignité et la souveraineté mais nous n'avons d'autre choix que de sortir et de nous détacher et de prendre nos responsabilités et de voir comment à partir de là on pourra construire au de là des limites économiques et monétaires ouest africains et de construire la communauté des états de l'Afrique de l'ouest et de l'Union africaine elle même. Donc tout ça nous travaillons, le gouvernement travaille...nous disons même que cette situation de crise est une opportunité pour nous de nous réengager, de reprendre en main notre destin, notre économie, notre développement et de faire preuve d'imagination et d'innovation pour aller de l'avant. De sortir du train train quotidien, de la routine...je dirai que nous étions installés avec toutes ces institutions qui apparaissent aujourd'hui comme finalement comme des instruments au service de la France, qui continuent d'embrigader les anciennes colonies françaises d'Afrique occidentale. Donc c'est pour nous aussi une occasion de promouvoir la liberté, de sortir du système et de ses vieux concepts français qui deviennent en définitive une camisole de force qui bloquent l'émancipation des peuples de l'Afrique occidentale.

CM : Une dernière question Monsieur Pascal Affi N'Guessan : il semblerait que le Président de la république, Monsieur Laurent Gbagbo devrait s'adresser à la nation. Que devrait-il dire aux ivoiriens face à cette situation?

PAN : Je crois qu'il est mieux placé que moi pour cerner les contours des attentes des ivoiriens. Je pense qu'il va le faire...Nous même nous allons commencer, nous allons parler, nous allons faire le point avec la presse sur cette rencontre du Conseil de paix et de sécurité de manière à ce que les ivoiriens soient informés de la manière dont la rencontre s'est déroulée et des résultats qui en sont ressortis et des perspectives pour que l'opinion ivoirienne soit suffisamment informée et que les ivoiriens ne désespèrent pas d'y arriver, qu'il sachent que la bataille qu'ils mènent produit des résultats, et que même s'il y a des difficultés, il y a des fenêtres d'opportunité et nous considérons que l'espoir est permis.
Après le Président de la république pourra donc répondre de l'impact de cette communication, des questions qui resteront en suspens, des interrogations que les uns et les autres continueront d'avoir. Il prendra la parole pour compléter, et ouvrir les perspectives par rapport à l'avenir, ouvrir les  perspectives par rapport à la paix, ouvrir les perspectives par rapport à l'initiative de l'UA, ouvrir les perspectives aussi par rapport à la sécurité, par rapport au pouvoir lui même. Donc je crois que c'est sur ces questions là que les ivoiriens attendent le Président : quel avenir pour la paix et la démocratie en Côte d'Ivoire? Et quel avenir pour le développement économique et social? Je pense que quand il va prendre la parole, il pourra rassurer les ivoiriens sur ces différents axes de développement, l'avenir économique et social du pays.

CM : Très bien, alors nous écouterons avec beaucoup d'attention, même en dehors de la Côte d'Ivoire. C'est sur ce dernier mot...

PAN : Je voudrais vous remercier de l'opportunité et nous restons à votre disposition. Nous vous remercions de nous donner l'occasion de parler à tous vos auditeurs et à toutes les personnes de bonnes volonté à travers le monde, vous faire connaître la réalité de la situation en Côte d'Ivoire, pour leur dire que le Président Gbagbo et tous ceux qui travaillent avec lui ne sont pas des dictateurs que certains veulent faire croire...je dirai le sanguinaire que les uns et les autres veulent faire croire, mais des hommes de bonne volonté qui ont passé plusieurs années dans l'opposition, qui sont la base de l'instauration du multipartisme en Côte d'Ivoire, qui veulent le changement, qui veulent la liberté pour la Côte d'ivoire et l'Afrique, qui veulent que l'indépendance ait un contenu réel. Et comme les uns et les autres savent, toutes les personnes aussi bien en Afrique qu'à travers le monde qui ont inscrit dans leur démarche la liberté et l'indépendance, ont toujours eu à affronter les hégémonies, les impérialismes de toute nature. Ces impérialistes ont tous les moyens intellectuels, les moyens moraux, les moyens matériels, les moyens financiers de diaboliser leurs adversaires, de les faire passer pour ce qu'ils ne sont pas.

Rappelons nous ce qui s'est passé en Afrique du Sud avec l'apartheid. Mais il a fallu dans chaque cas, du temps, de la persévérance, de l'endurance et parfois même le sacrifice de la vie. Ce qui fait qu'aujourd'hui, c'est eux qui ont eu raison et nous pensons que c'est ce que nous vivons aujourd'hui en Côte d'Ivoire. Nous avons bon espoir qu'avec les hommes de bonne volonté à travers le monde, la Côte d'Ivoire triomphera et retrouvera sa liberté et donnera un sens à son développement.

CM : Voilà, Pascal Affi N'Guessan Président du Front Populaire Ivoirien, Premier ministre de 2000 à 2003 du Président Laurent Gbagbo, merci infiniment d'avoir pris le temps de répondre à nos questions alors que vous venez récemment d'Addis Abeba.

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