17/03/2011 03:28:39
Douala, capitale de la force africaine d'intervention
La capitale économique a été retenue pour abriter la base logistique continentale de l’Union africaine. Ce concept a été présenté hier à Douala.
Le Messager
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La capitale économique a été retenue pour abriter la base logistique continentale de l’Union africaine. Ce concept a été présenté hier à Douala.

Recevoir, stocker, entretenir, et déployer le matériel militaire partout où besoin s’impose pour le maintien de la paix en Afrique. Telles sont les missions et attributions de la base logistique continentale (Blc) de la force africaine d’attente. Ce concept a été présenté hier mercredi 16 mars 2011 à Douala par les hauts gradés de l’armée camerounaise, en présence de Jean Baptiste Bokam,  secrétaire d’Etat à la Défense , Francis Faï Yengo, gouverneur de la région du Littoral, des élus locaux et Hommes politiques, des forces vives et de la société civile. D’après le secrétaire d’Etat à la Défense , “ce n’est pas une nouvelle base militaire qu’on va construire au Cameroun. La ville de Douala a été retenue comme le gardien des équipements militaires de la force africaine. Dès qu’il y a une intervention à effectuer n’importe où en Afrique, les émissaires de l’Union africaine viendront  chercher les armes et munitions pour le maintien de la paix. Douala n’est rien d’autre qu’un grand magasin d’armes et munitions pour l’Union africaine”. Poursuivant, il donne le bien-fondé de cette base logistique. “Dans une Afrique en mouvement, il faut prévenir les conflits armés. C’est la raison d’être de cette base dont les résultats ne tarderont pas à être perçus”.

C’est sur la base de ses infrastructures aéroportuaires et portuaires, ferroviaires, routières et des télécommunications, et de la mobilité urbaine, que la ville de Douala aurait été choisie parmi tant d’autres dont les métropoles zambienne, tanzanienne, algérienne et ouest-africaines, d’après les informations glanées sur place. Le délégué du gouvernement parle des atouts de la ville et sa capacité à abriter cette base logistique.

“Douala n’a pas été choisie au hasard. Elle présente des atouts démographiques et spatiaux, urbains et qualité de vie, économique, sans compter les infrastructures. Avec une population de deux millions d’habitants soit 11% du pays pour 60% du Pib (produit intérieur brut, ndlr), un aéroport majeur, un port qui dessert 95% du trafic, une station terrienne avec fibre optique, des réserves foncières, une diversité culturelle...”. C’est le camp du Génie militaire qui servira de siège principal à cette base logistique. “Des études approfondies ont été effectuées pour une intervention rapide entre le siège de cette base et les deux voies de sortie que sont le port et l’aéroport. Mais il y aura quelques travaux au Génie militaire avant l’arrivée des premiers convois”.

En attendant la matérialisation de ce concept qui bénéficie du soutien du sommet de l’Etat, force est de constater que le Cameroun qui se présente à l’opinion publique internationale comme un havre de paix a été retenu comme caution sécuritaire à cette représentation. Pour autant, le choix du Cameroun et de la ville de Douala ne semble pas faire l’unanimité au Cameroun. Certes, comme dit plus haut, il bénéficie du soutien du président de la République , et cela devrait normalement suffire. Mais certains pensent qu’il s’agit là d’un haut fait de la diplomatie nationale qu’il faut saluer à sa juste mesure. D’autres, par contre estiment le fait d’abriter cette base logistique fait du coup perdre à notre pays sa neutralité et l’expose à d’éventuelles représailles. Mieux, que cette base, stratégiquement, fait perdre à notre pays une partie de sa souveraineté…

Dr Pierre Song, politologue, relativise. “Il n’y avait qu’au Cameroun que cette base pouvait être installée, car la Côte d’Ivoire est en guerre, le Sénégal a décliné l’offre, les autres pays ont une stabilité relative. Le Cameroun est présenté à la communauté internationale comme un pays de paix”. Mais des questions restent en suspens : y aura-t-il une sécurité renforcée autour du camp du Génie militaire s’il arrivait  que quelques individus décident de se servir de ce matériel militaire à d’autres fins que le maintien de la paix?  Quelles mesures sécuritaires ont été prises pour que le camp du génie militaire ne tombe entre les mains des braqueurs comme les commissariats et les brigades de gendarmerie?

Focal: "Bénéficiaire primaire"

Le délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine de Douala, le Dr Fritz Ntonè Ntonè semble si bien le dire. C’est au terme d’une “compétition âpre, liée à une remarquable campagne diplomatique de notre gouvernement” que le Cameroun et la ville de Douala en particulier, a été retenue pour accueillir la future base logistique de “la force africaine en attente.” Une force qui devrait avoir pour base la capitale économique du Cameroun, Douala. Selon cette même source, les retombées devraient se ressentir sur les activités de l’administration locale, les entrepreneurs économiques, les acteurs financiers, le commerce intérieur et extérieur et…les populations de la capitale économique. Partant, des citoyens camerounais et ceux de la sous-région Afrique centrale. Seule incongruité dans le projet, la mise en place de la base logistique de la force africaine ne dit pas son impact sur le quotidien des Camerounais et les populations de la sous-région.

Le fait même des conteneurs à problèmes des Nations-Unies interceptés à l’intérieur du territoire camerounais et stationnés dans la ville de Douala questionne sur la capacité de cette autre force à respecter la souveraineté territoriale de la République du Cameroun. Ceci dans un contexte marqué de suspicion à l’égard des forces internationales agissant à travers le territoire. Aussi, la mise en branle, “en attente” des forces africaines au Cameroun intervient dans un contexte marqué par la contre-attaque du Recamp V, une force française dont l’objectif prôné est de soutenir la sécurité des forces nationales et sous-régionales dans la préservation de la paix en Afrique centrale.

Dans la perspective d’une vraie instauration de la démocratie en Afrique, une acceptation qui suggère le respect de l’apport global dans la prise des décisions, faut-il s’émouvoir du mutisme entretenu sur les questions de sécurité au Cameroun et dans le reste des Etats de la sous-région Afrique centrale? Loin du nationalisme exacerbé,  peut-on assujettir les aspirations nationalistes et indépendantistes à l’autel de la diplomatie “axée” ?  Au moment où le Cameroun, autant que la sous-région Cemac  plaide pour la garantie de la postérité, que cache l’instauration d’une “ base militaire ” qui ne dit pas son nom dans le triangle national?

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